Nouvelles du 05-02- 2010
Texte Pris sur le site Zénit

Message de Carême 2010 de Benoît XVI (17 février 2010)


La justice de Dieu


ROME, Jeudi 4 février 2010 (ZENIT.org) - « Le chrétien est invité à s'engager dans la construction de sociétés justes où tous reçoivent le nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine et où la justice est vivifiée par l'amour », explique Benoît XVI dans son message de carême 2010 intitulé, d'après un verset de l'Epître aux Romains : « La justice de Dieu s'est manifestée moyennant la foi au Christ » (Rm 3, 21-22).

Chers frères et sœurs,

Chaque année, à l'occasion du carême, l'Église nous invite à une révision de vie sincère à la lumière des enseignements évangéliques. Cette année j'aimerais vous proposer quelques réflexions sur un vaste sujet, celui de la justice, à partir de l'affirmation de saint Paul : «La justice de Dieu s'est manifestée moyennant la foi au Christ. » (Rm 3, 21-22)

Justice : « dare cuique suum »

En un premier temps, je souhaite m'arrêter sur le sens du mot « justice » qui dans le langage commun revient à « donner à chacun ce qui lui est dû - dare cuique suum » selon la célèbre expression d'Ulpianus, juriste romain du III siècle. Toutefois cette définition courante ne précise pas en quoi consiste ce « suum » qu'il faut assurer à chacun. Or ce qui est essentiel pour l'homme ne peut être garanti par la loi. Pour qu'il puisse jouir d'une vie en plénitude il lui faut quelque chose de plus intime, de plus personnel et qui ne peut être accordé que gratuitement : nous pourrions dire qu'il s'agit pour l'homme de vivre de cet amour que Dieu seul peut lui communiquer, l'ayant créé à son image et à sa ressemblance. Certes les biens matériels sont utiles et nécessaires. D'ailleurs, Jésus lui-même a pris soin des malades, il a nourri les foules qui le suivaient et, sans aucun doute, il réprouve cette indifférence qui, aujourd'hui encore, condamne à mort des centaines de millions d'êtres humains faute de nourriture suffisante, d'eau et de soins. Cependant, la justice distributive ne rend pas à l'être humain tout ce qui lui est dû. L'homme a, en fait, essentiellement besoin de vivre de Dieu parce que ce qui lui est dû dépasse infiniment le pain. Saint Augustin observe à ce propos que « si la justice est la vertu qui rend à chacun ce qu'il lui est dû... alors il n'y a pas de justice humaine qui ôte l'homme au vrai Dieu» (De Civitate Dei XIX, 21)

D'où vient l'injustice ?

L'évangéliste Marc nous transmet ces paroles de Jésus prononcées à son époque lors d'un débat sur ce qui est pur et ce qui est impur : « Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller... ce qui sort de l'homme voilà ce qui souille l'homme. Car c'est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers. » (Mc 7, 14-15 ; 20-21) Au-delà du problème immédiat de la nourriture, nous pouvons déceler dans la réaction des pharisiens une tentation permanente chez l'homme : celle de pointer l'origine du mal dans une cause extérieure. En y regardant de plus près, on constate que de nombreuses idéologies modernes véhiculent ce présupposé : puisque l'injustice vient du dehors, il suffit d'éliminer les causes extérieures qui empêchent l'accomplissement de la justice. Cette façon de penser, nous avertit Jésus, est naïve et aveugle. L'injustice, conséquence du mal, ne vient pas exclusivement de causes extérieures ; elle trouve son origine dans le cœur humain où l'on y découvre les fondements d'une mystérieuse complicité avec le mal. Le psalmiste le reconnaît douloureusement : « Vois dans la faute je suis né, dans le péché ma mère m'a conçu. » (Ps 51,7). Oui, l'homme est fragilisé par une blessure profonde qui diminue sa capacité à entrer en communion avec l'autre. Naturellement ouvert à la réciprocité libre de la communion, il découvre en lui une force de gravité étonnante qui l'amène à se replier sur lui-même, à s'affirmer au-dessus et en opposition aux autres : il s'agit de l'égoïsme, conséquence du péché originel. Adam et Eve ont été séduits par le mensonge du Satan. En s'emparant du fruit mystérieux, ils ont désobéi au commandement divin. Ils ont substitué une logique du soupçon et de la compétition à celle de la confiance en l'Amour, celle de l'accaparement anxieux et de l'autosuffisance à celle du recevoir et de l'attente confiante vis-à-vis de l'autre (cf. Gn 3, 1-6) de sorte qu'il en est résulté un sentiment d'inquiétude et d'insécurité. Comment l'homme peut-il se libérer de cette tendance égoïste et s'ouvrir à l'amour ?

Justice et Sedaqah

Au sein de la sagesse d'Israël, nous découvrons un lien profond entre la foi en ce Dieu qui « de la poussière relève le faible » (Ps 113,7) et la justice envers le prochain. Le mot sedaqah, qui désigne en hébreux la vertu de justice, exprime admirablement cette relation. Sedaqah signifie en effet l'acceptation totale de la volonté du Dieu d'Israël et la justice envers le prochain (cf. Ex 20,12-17), plus spécialement envers le pauvre, l'étranger, l'orphelin et la veuve (cf. Dt 10, 18-19). Ces deux propositions sont liées entre elles car, pour l'Israélite, donner au pauvre n'est que la réciprocité de ce que Dieu a fait pour lui : il s'est ému de la misère de son peuple. Ce n'est pas un hasard si le don de la Loi à Moïse, au Sinaï, a eu lieu après le passage de la Mer Rouge. En effet, l'écoute de la Loi suppose la foi en Dieu qui, le premier, a écouté les cris de son peuple et est descendu pour le libérer du pouvoir de l'Egypte ( cf. Ex 3,8). Dieu est attentif au cri de celui qui est dans la misère mais en retour demande à être écouté : il demande justice pour le pauvre (cf. Sir 4,4-5. 8-9), l'étranger (cf. Ex 22,20), l'esclave (cf. Dt 15, 12-18). Pour vivre de la justice, il est nécessaire de sortir de ce rêve qu'est l'autosuffisance, de ce profond repliement sur-soi qui génère l'injustice. En d'autres termes, il faut accepter un exode plus profond que celui que Dieu a réalisé avec Moïse, il faut une libération du cœur que la lettre de la Loi est impuissante à accomplir. Y a-t-il donc pour l'homme une espérance de justice ?

Le Christ, Justice de Dieu

L'annonce de la bonne nouvelle répond pleinement à la soif de justice de l'homme. L'apôtre saint Paul le souligne dans son Épître aux Romains : « Mais maintenant sans la Loi, la justice de Dieu s'est manifestée...par la foi en Jésus Christ à l'adresse de tous ceux qui croient. Car il n'y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie par le Christ Jésus. Dieu l'a exposé instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi. » (3, 21-25)

Quelle est donc la justice du Christ ? C'est avant tout une justice née de la grâce où l'homme n'est pas sauveur et ne guérit ni lui-même ni les autres. Le fait que l'expiation s'accomplisse dans « le sang » du Christ signifie que l'homme n'est pas délivré du poids de ses fautes par ses sacrifices, mais par le geste d'amour de Dieu qui a une dimension infinie, jusqu'à faire passer en lui la malédiction qui était réservée à l'homme pour lui rendre la bénédiction réservée à Dieu (cf. Gal 3, 13-14). Mais immédiatement pourrait-on objecter : de quel type de justice s'agit-il si le juste meurt pour le coupable et le coupable reçoit en retour la bénédiction qui revient au juste ? Est-ce que chacun ne reçoit-il pas le contraire de ce qu'il lui est dû ? En réalité, ici, la justice divine se montre profondément différente de la justice humaine. Dieu a payé pour nous, en son Fils, le prix du rachat, un prix vraiment exorbitant. Face à la justice de la Croix, l'homme peut se révolter car elle manifeste la dépendance de l'homme, sa dépendance vis-à-vis d'un autre pour être pleinement lui-même. Se convertir au Christ, croire à l'Évangile, implique d'abandonner vraiment l'illusion d'être autosuffisant, de découvrir et accepter sa propre indigence ainsi que celle des autres et de Dieu, enfin de découvrir la nécessité de son pardon et de son amitié.

On comprend alors que la foi ne soit pas du tout quelque chose de naturel, de facile et d'évident : il faut être humble pour accepter que quelqu'un d'autre me libère de mon moi et me donne gratuitement en échange son soi. Cela s'accomplit spécifiquement dans les sacrement de la réconciliation et de l'eucharistie. Grâce à l'action du Christ, nous pouvons entrer dans une justice « plus grande », celle de l'amour (cf. Rm 13, 8-10), la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s'estime davantage débiteur que créancier parce qu'il a reçu plus que ce qu'il ne pouvait espérer.

Fort de cette expérience, le chrétien est invité à s'engager dans la construction de sociétés justes où tous reçoivent le nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine et où la justice est vivifiée par l'amour.

Chers frères et sœurs, le temps du carême culmine dans le triduum pascal, au cours duquel cette année encore, nous célébrerons la justice divine, qui est plénitude de charité, de don et de salut. Que ce temps de pénitence soit pour chaque chrétien un temps de vraie conversion et d'intime connaissance du mystère du Christ venu accomplir toute justice. Formulant ces vœux, j'accorde à tous et de tout cœur ma bénédiction apostolique.

Cité du Vatican, le 30 octobre 2009

BENEDICTUS PP. XVI


site Zenit

Pope's Lenten Message for 2010


"The Justice of God Has Been Manifested Through Faith in Jesus Christ"

VATICAN CITY, FEB. 4, 2010 (Zenit.org).- Here is Benedict XVI's message for Lent, which was published today by the Vatican press office. The message has as its theme: "The Justice of God Has Been Manifested Through Faith in Jesus Christ."

Lent begins Feb. 17.

* * *

Dear Brothers and Sisters!

Each year, on the occasion of Lent, the Church invites us to a sincere review of our life in light of the teachings of the Gospel. This year, I would like to offer you some reflections on the great theme of justice, beginning from the Pauline affirmation: "The justice of God has been manifested through faith in Jesus Christ" (cf. Rm 3, 21-22).

Justice: "dare cuique suum"

First of all, I want to consider the meaning of the term "justice," which in common usage implies "to render to every man his due," according to the famous expression of Ulpian, a Roman jurist of the third century. In reality, however, this classical definition does not specify what "due" is to be rendered to each person. What man needs most cannot be guaranteed to him by law. In order to live life to the full, something more intimate is necessary that can be granted only as a gift: we could say that man lives by that love which only God can communicate since He created the human person in His image and likeness. Material goods are certainly useful and required – indeed Jesus Himself was concerned to heal the sick, feed the crowds that followed Him and surely condemns the indifference that even today forces hundreds of millions into death through lack of food, water and medicine – yet "distributive" justice does not render to the human being the totality of his "due." Just as man needs bread, so does man have even more need of God. Saint Augustine notes: if "justice is that virtue which gives every one his due ... where, then, is the justice of man, when he deserts the true God?" (De civitate Dei, XIX, 21).

What is the Cause of Injustice?

The Evangelist Mark reports the following words of Jesus, which are inserted within the debate at that time regarding what is pure and impure: "There is nothing outside a man which by going into him can defile him; but the things which come out of a man are what defile him … What comes out of a man is what defiles a man. For from within, out of the heart of man, come evil thoughts" (Mk 7, 14-15, 20-21). Beyond the immediate question concerning food, we can detect in the reaction of the Pharisees a permanent temptation within man: to situate the origin of evil in an exterior cause. Many modern ideologies deep down have this presupposition: since injustice comes "from outside," in order for justice to reign, it is sufficient to remove the exterior causes that prevent it being achieved. This way of thinking – Jesus warns – is ingenuous and shortsighted. Injustice, the fruit of evil, does not have exclusively external roots; its origin lies in the human heart, where the seeds are found of a mysterious cooperation with evil. With bitterness the Psalmist recognises this: "Behold, I was brought forth in iniquity, and in sin did my mother conceive me" (Ps 51,7). Indeed, man is weakened by an intense influence, which wounds his capacity to enter into communion with the other.

By nature, he is open to sharing freely, but he finds in his being a strange force of gravity that makes him turn in and affirm himself above and against others: this is egoism, the result of original sin. Adam and Eve, seduced by Satan’s lie, snatching the mysterious fruit against the divine command, replaced the logic of trusting in Love with that of suspicion and competition; the logic of receiving and trustfully expecting from the Other with anxiously seizing and doing on one’s own (cf. Gn 3, 1-6), experiencing, as a consequence, a sense of disquiet and uncertainty. How can man free himself from this selfish influence and open himself to love?

Justice and Sedaqah

At the heart of the wisdom of Israel, we find a profound link between faith in God who "lifts the needy from the ash heap" (Ps 113,7) and justice towards one’s neighbor. The Hebrew word itself that indicates the virtue of justice, sedaqah, expresses this well. Sedaqah, in fact, signifies on the one hand full acceptance of the will of the God of Israel; on the other hand, equity in relation to one’s neighbour (cf. Ex 20, 12-17), especially the poor, the stranger, the orphan and the widow (cf. Dt 10, 18-19). But the two meanings are linked because giving to the poor for the Israelite is none other than restoring what is owed to God, who had pity on the misery of His people. It was not by chance that the gift to Moses of the tablets of the Law on Mount Sinai took place after the crossing of the Red Sea. Listening to the Law presupposes faith in God who first "heard the cry" of His people and "came down to deliver them out of hand of the Egyptians" (cf. Ex 3,8). God is attentive to the cry of the poor and in return asks to be listened to: He asks for justice towards the poor (cf. Sir 4,4-5, 8-9), the stranger (cf. Ex 22,20), the slave (cf. Dt 15, 12-18). In order to enter into justice, it is thus necessary to leave that illusion of self-sufficiency, the profound state of closure, which is the very origin of injustice. In other words, what is needed is an even deeper "exodus" than that accomplished by God with Moses, a liberation of the heart, which the Law on its own is powerless to realize. Does man have any hope of justice then?

Christ, the Justice of God

The Christian Good News responds positively to man’s thirst for justice, as Saint Paul affirms in the Letter to the Romans: "But now the justice of God has been manifested apart from law … the justice of God through faith in Jesus Christ for all who believe. For there is no distinction; since all have sinned and fall short of the glory of God, they are justified by His grace as a gift, through the redemption which is in Christ Jesus, whom God put forward as an expiation by his blood, to be received by faith" (3, 21-25).

What then is the justice of Christ? Above all, it is the justice that comes from grace, where it is not man who makes amends, heals himself and others. The fact that "expiation" flows from the "blood" of Christ signifies that it is not man’s sacrifices that free him from the weight of his faults, but the loving act of God who opens Himself in the extreme, even to the point of bearing in Himself the "curse" due to man so as to give in return the "blessing" due to God (cf. Gal 3, 13-14). But this raises an immediate objection: what kind of justice is this where the just man dies for the guilty and the guilty receives in return the blessing due to the just one? Would this not mean that each one receives the contrary of his "due"? In reality, here we discover divine justice, which is so profoundly different from its human counterpart. God has paid for us the price of the exchange in His Son, a price that is truly exorbitant. Before the justice of the Cross, man may rebel for this reveals how man is not a self-sufficient being, but in need of Another in order to realize himself fully. Conversion to Christ, believing in the Gospel, ultimately means this: to exit the illusion of self-sufficiency in order to discover and accept one’s own need – the need of others and God, the need of His forgiveness and His friendship. So we understand how faith is altogether different from a natural, good-feeling, obvious fact: humility is required to accept that I need Another to free me from "what is mine," to give me gratuitously "what is His." This happens especially in the sacraments of Reconciliation and the Eucharist. Thanks to Christ’s action, we may enter into the "greatest" justice, which is that of love (cf. Rm 13, 8-10), the justice that recognises itself in every case more a debtor than a creditor, because it has received more than could ever have been expected.

Strengthened by this very experience, the Christian is moved to contribute to creating just societies, where all receive what is necessary to live according to the dignity proper to the human person and where justice is enlivened by love.

Dear brothers and sisters, Lent culminates in the Paschal Triduum, in which this year, too, we shall celebrate divine justice – the fullness of charity, gift, salvation. May this penitential season be for every Christian a time of authentic conversion and intense knowledge of the mystery of Christ, who came to fulfill every justice. With these sentiments, I cordially impart to all of you my Apostolic Blessing.
From the Vatican, 30 October 2009

BENEDICTUS PP. XVI