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PROGRAMME DES RELATIONS ISLAMO-CHRETIENNES AU RWANDA:
Rencontre de Kigeme, 22-25 mars 2004


Venant d'origines différentes!
Du 22 au 25 mars s'est tenu à Kigeme un séminaire islamo-chrétien. Nous étions 37 participants: sept (7) catholiques (4 prêtres dont un évêque, 2 laïcs et une religieuse), huit (8) musulmans dont deux cheikhs, onze (11) presbytériens, six (6) anglicans, trois (3) baptistes, un (1) méthodiste et un (1) pasteur pentecôtiste. Parmi ces participants il y avait trois femmes: une laïque catholique, une religieuse catholique et un pasteur anglican. Des autorités religieuses et politiques étaient présentes: L'évêque catholique Augustin Misago, évêque de Gikongoro et président de la commission épiscopale pour l'œcuménisme et l'évêque anglican de Kigeme, Mgr Augustin Nvunabandi. Le Secrétaire exécutif de la province de Gikongoro était présent à l'ouverture et à la clôture du séminaire.

Paroles d'ouverture
Le mardi 23 mars, ce fut la cérémonie d'ouverture. Mgr Augustin Nvunabandi a donné une méditation sur la création de la personne humaine dans la Genèse. Chrétiens et musulmans sont appelés à " retourner à leur source, Dieu ". Nous avons été créés images de Dieu. Où en sommes-nous avec tant de divisions? Loin ou proche de Dieu ? Retournons à l'unité de la nature humaine.

Le pasteur Désiré R. coordinateur du Centre de Formation et de Documentation de l'Église Presbytérienne (CFD) a présenté le but du séminaire islamo-chrétien: mettre ensemble chrétiens et musulmans dans les provinces pour qu'ensemble ils travaillent à faire disparaître les tensions entre eux pour instaurer une culture de paix au Rwanda.

Le représentant du Mufti du Rwanda, Cheikh Sudi a exprimé sa joie de voir chrétiens et musulmans rwandais réunis. Nous sommes

tous des frères et sœurs en recherche de Dieu. Quand on réfléchit bien on se rend compte que ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise. Regardons donc le future et cherchons à vivre ensemble dans la paix.

Mgr Misago a rappelé l'engagement de l'Église Catholique dans le dialogue inter-religieux. Il a insisté pour que ces rencontres islamo-chrétiennes nous aident à mieux nous connaître, et à nous entraider pour construire ensemble une nouvelle société humaine. Le séminaire dans sa province est un moment de grâce qui lui permet de re-dynamiser son engagement pour l'œcuménisme et le dialogue inter-religieux au Rwanda.

Le secrétaire exécutif de la Province de Gikongoro a félicité les organisateurs de ce séminaire. Cela rentre dans la vision 2020 du gouvernement rwandais: lutter contre toutes formes de discrimination pour une nouvelle société rwandaise. Il a insisté que musulmans et chrétiens comprennent qu'ils sont une seule personne en tant qu'enfants d'un même Dieu. Il a souhaité que ce genre de réunions participe au débat politique national.

Les conférences
Les conférences ont tout de suite suivi ces beaux discours d'ouverture. Le 23 nous avons eu 4 conférences. Le Pasteur Désiré a présenté le but et les conditions pour un dialogue islamo-chrétien fructueux. Nous voulons nous engager dans la promotion d'une nouvelle culture de paix. Il s'agit d' être d'abord de bons amis. Pour cela nous avons besoin de mieux nous connaître. L'ignorance est la mère de grandes tensions. Il est temps de se comprendre et d'enseigner aux autres l'amour de Dieu qui se vit dans les relations humaines fraternelles.

Le pasteur Olivier N., responsable du programme des relations islamo-chrétiennes au CFD, a fait l'historique des relations islamo-chrétiennes organisées au Rwanda. L'engagement prend son origine dans le constat des relations difficiles entre chrétiens et musulmans au Rwanda. Les rencontres islamo-chrétiennes organisées ont permis de rapprocher les chrétiens et musulmans et de réduire les préjugés et les peurs qui existaient.

Le Père Traoré a tenté de convaincre les participants de l'importance des relations islamo-chrétiennes. Il a insisté sur la clarté et l'affirmation des identités religieuses. Il ne s'agit pas de former une nouvelle religion. Il ne s'agit pas d'essayer de se convertir. Il n'y a pas d'intentions cachées derrière de telles rencontres. Les relations islamo-chrétiennes permettent de découvrir Dieu présent dans la vie de l'autre, de s'enrichir mutuellement et de collaborer ensemble à la paix sociale.

La journée se termina avec des partages en groupes. Chrétiens et musulmans ont discuté de 1) ce que les relations islamo-chrétiennes peuvent leur apporter dans le contexte socio-religieux actuel du Rwanda et 2) des difficultés relationnelles entre chrétiens et musulmans au Rwanda et quelles décisions prendre pour promouvoir de nouvelles relations fraternelles?

Mercredi 24
Cheikh Sudi, se basant sur le coran, nous a interpellés dans sa méditation sur la volonté de Dieu pour la personne humaine . L'islam déclare que chacun a le droit d'être heureux dans sa religion. Il y a eu malheureusement des guerres au nom de la religion. Il est temps de revenir à la volonté de Dieu. Il est temps de changer afin que nous puissions changer notre société.

Cheikh Sudi a ensuite donné une conférence sur l'histoire des relations entre chrétiens et musulmans dans le monde et au Rwanda. Il a parlé de l'attitude de l'Islam envers les autres religions; de l'attitude des musulmans envers les chrétiens et enfin des relations conflictuelles qui existent entre les croyants.

L'abbé Apollon nous a montré comment le programme des relations islamo-chrétiennes a été en général bien accueilli au Rwanda. Ce programme est en train de porter des fruits au niveau de l'amitié entre chrétiens et musulmans rwandais. L'organisation de séminaires dans les provinces est un programme important qui permet de toucher plus de personnes.

Des comités provinciaux pour la promotion du dialogue islamo-chrétien
Les chrétiens de chaque province se sont ensuite retrouvés pour élire un comité provincial pour la promotion des relations islamo-chrétiennes. Les musulmans ne pouvaient s'engager à élire leur comité car ils ont besoin de l'accord des responsables de l'Association des Musulmans au Rwanda. Il est heureux de constater que ces comités sont œcuméniques. Le comité de Gikongoro par exemple est composé d'un prêtre catholique et de deux pasteurs protestants.

Recommandations finales
Chrétiens et musulmans acceptent les relations historiques difficiles qui existent entre eux. Ils reconnaissent l'ignorance qu'ils ont des différentes religions. Ils s'engagent à lutter contre cela par des visites mutuelles, des invitations lors des fêtes, des activités communes en faveur des pauvres, des conférences d'explication et de compréhension mutuelle. Ils s'engagent à participer à l'instauration d'une culture de paix au Rwanda. Ils demandent aux pasteurs, prêtres et cheikhs de cesser toute campagne ou tout enseignement dénigrant le christianisme et l'islam. Les participants ont souhaité que ce programme de séminaires se poursuivent.

Le mot de la fin!
Le secrétaire exécutif de la province de Gikongoro a félicité les participants du séminaire. Il a exprimé son souhait de collaborer avec le comité pour les relations islamo-chrétiennes de sa province de Gikongoro. Il est convaincu que la fraternité entre les musulmans et les chrétiens est une contribution remarquable à la construction d'une nouvelle société rwandaise.

 

Père Serge Moussa Traore, M.Afr

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