Missionnaires d'Afrique
Raphaël Deillon M.Afr
Rencontre et Dialogue
Je reste optimiste
Je termine mon mandat d'Assistant à Rome avec la satisfaction du travail accompli. Non seulement j'ai eu la chance d'expérimenter un réel travail d'équipe au sein du Conseil général, de rencontrer beaucoup de confrères et de découvrir leur mission, mais la raison pour laquelle j'avais accepté cette charge s'avère avoir été bonne.
En effet, j'avais bien compris que mon élection comme Assistant au Chapitre de 2004 avait été en partie désirée pour que l'expérience de la Rencontre interreligieuse soit représentée au Conseil général. J'y ai vu un signe de l'Esprit J'avais donc la lourde charge de faire écho chaque fois que possible à ce charisme important de notre Société. Je n'étais pas seul à le faire bien heureusement. C'est ainsi que d'une réunion de confrères, en milieu musulman, tenue à Bamako en avril 2007, est née l'idée de sensibiliser tous les Provinciaux venus au Conseil Plénier d'Addis Abeba. Ce sont eux qui ont lancé l'idée de faire un petit livret qui encouragerait les confrères par les témoignages de ceux qui y travaillent. La lecture de "Oser la Rencontre" et la visite de confrères du Maghreb dans les Maisons de formation a certainement donné du courage aux jeunes car on voit naître chez eux l'envie d'essayer.
La Rencontre, ce n'est pas évident
Issus de grosses communautés chrétiennes, la plupart de nos étudiants ont vu leurs aînés occupés amplement par la pastorale paroissiale et sacramentelle et leur désir dêtre missionnaire est né avec, en filigrane, la pensée dêtre un jour curés d'une paroisse, comme mon Père .
Sajoute à cela, pour beaucoup de jeunes, une appréhension du monde musulman ou même de la religion traditionnelle. Même sils ont parfois dans leur propre famille des non-chrétiens, ces mondes leur restent méconnus. Parce quils les méconnaissent, ils hésitent à les approcher.
Ne parlons pas des préjugés tenaces qui se transmettent dune génération à l'autre ni de l'appréhension du jeune africain qui a toujours entendu parler du racisme arabe noir. Comment alors envisager devoir affronter un monde inconnu qui leur semble hostile quand, en plus, les médias entretiennent l'amalgame entre islam et terrorisme.
Et la motivation culturelle ?
Une autre difficulté vient s'ajouter sur le chemin du jeune qui aimerait tenter cette aventure. C'est la motivation culturelle. Je m'explique. Une bonne partie des anciens qui ont trouvé leur voie dans la rencontre avec le monde musulman y sont venus marqués par les relations historiques entre l'Europe et le Maghreb. Le substrat culturel de la rencontre dont j'ai bénéficié personnellement est certainement pour beaucoup dans ma vocation. Comme de nombreux autres confrères de ma génération et des générations précédentes, j'ai baigné dans le bain d'hommes de dialogue, tels que Charles de Foucauld, Massignon, André Demeerseman, Maurice Borrmans, sans parler des confrères sur le terrain qui m'ont tiré par la main à la rencontre de l'autre.
Les jeunes confrères qui ont ce désir aujourd'hui viennent pour la plupart de communautés chrétiennes, certes proches de communautés musulmanes, mais vivant souvent en parallèle et parfois en concurrence. Certains ont trouvé leur vocation dans la rencontre personnelle de non-chrétiens qui les ont marqués. Mais la plupart ont à forger eux-mêmes leur conviction. Ils ont l'exemple de dialogue du Christ dans les évangiles, du Cardinal Lavigerie dans ses instructions, de Vatican II dans la force de ses textes et de nos Chapitres dans leurs orientations. Mais les figures du dialogue qui nous ont inspirés n'étant pas de leur culture, ils doivent s'inventer des chemins neufs de rencontre.
Mon admiration pour les jeunes qui osent
Il faut du courage aux jeunes confrères pour se lancer dans de nouveaux modes de rencontre. Mais si c'est l'amour du Christ qui les pousse, alors rien ne les arrêtera sur les chemins que son Esprit leur inspirera. Pas même les regards de certains aînés qui regrettent de les voir s'éloigner des traces qu'ils leur avaient préparées.
Merci à ceux qui ont osé la rencontre et je rends grâce à Dieu pour ceux qui osent encore. N'a t-on pas découvert, parmi la quarantaine de candidats au stage 2010-2012, qu'une bonne dizaine a demandé la mission en milieu à majorité musulmane ?
Ceci me rend optimiste et me donne la joie de vous dire qu'après avoir terminé la mission qu'on nous a confiée en 2004, je retournerai travailler au Sacrement de la Rencontre, incha' Allah.
Raphaël Deillon M.Afr
Tiré du Petit Echo N° 1013 2010/7
Missionaries of Africa
Raphaël Deillon M.Afr
Encounter and Dialogue
I remain optimistic
Iam completing my mandate as Assistant at Rome with a feeling of satisfaction for good work well done. Not only did I have the opportunity of experiencing real teamwork within the General Council, of meeting many confreres and learning even more of their mission, but the reason I accepted this responsibility has proved to have been the correct one.
Indeed, I had understood perfectly well that my election as Assistant at the 2004 Chapter was in part desired so that the experience of Interreligious Encounter could be represented on the General Council. I saw there the mark of the Spirit I therefore had the heavy responsibility of responding at every opportunity possible on behalf of this important charism of our Society. Happily, I was not alone to do this properly. In April 2007, a meeting of confreres living in a Muslim environment was held at Bamako. From there, the idea was conceived to raise awareness among all Provincials attending the Addis Ababa Plenary Council. Once convinced, the Provincials launched the idea of publishing a booklet that would encourage confreres through the testimonies of those who are already at work in this field.
Reading Take the Plunge and visits to confreres from the Maghreb to formation houses certainly encouraged our young candidates, as we now see among them a growing desire to give it a try. It is not easy to do so today.
Encounter is not easy
Most of our students come from large Christian communities and have seen their predecessors thoroughly involved in parish and sacramental pastoral activity. Their desire to become a missionary came into existence, implicitly, with the idea that one day they too would be a parish priest, like Father Add to that, for many young Africans, apprehensions about the Muslim world or even of traditional religion. Even if in their own families there are non-Christians, these spheres remain unknown to them. Due to this lack of knowledge, they hesitate to approach them, not to mention long-held prejudices passed on from generation to generation, or of the misapprehension of young African who has always heard tell of Arab-African racism. Now, how can we project the duty of confronting this unknown world that to them seems so hostile from the outset, when, in addition, the media persist in the linkage between Islam and terrorism?
What about cultural motivation?
A further obstacle again lies across the path of the young person who would like to attempt this adventure. It is cultural motivation. Let me explain. A good number of our predecessors who found their path in encountering the Muslim world did so marked by the historical relations between Europe and the Maghreb. The cultural underpinning in encounter from which I personally benefited is largely attributable no doubt to my vocation. In common with many other confreres of my generation and preceding generations, I have bathed in the pools of Islamologists and men of dialogue such as Charles de Foucauld, Massignon, Jacques Jômier, André Demeerseman, Maurice Borrmans, not forgetting confreres in the field who took me by the hand to meet with others.
Young confreres who desire to do so today come in the main from Christian communities, admittedly close to Muslim communities, but often living parallel to them and sometimes in competition with them. However, most have to form their convictions for themselves. They have the example of Christs dialogue from the Gospels, from Cardinal Lavigerie in his Instructions, from Vatican II in the power of its documents and from our Chapters in their orientations. Nevertheless, since the great figures of dialogue that inspired us are not in their culture, they need to invent new ways of encounter for themselves.
My admiration for youth who take the plunge
Young confreres need strength of character to set off on new pathways of encounter. Now, if it is the love of Christ that compels them, then nothing will stop them on the approaches that his Spirit will inspire in them, not even the looks of some senior members who regret to see them departing from the beaten track they had prepared for them. Gratitude is due to those who have been bold enough to enter into the process of encounter and I thank God for those who still continue to risk it. Have we not come across, among the forty or so candidates doing their apostolic practice in 2010-2012 a dozen or so who have asked for mission in a Muslim-majority environment?
This is what makes me optimistic and gives me pleasure to tell you that after accomplishing the mission confided to us in 2004, I will return to work at the sacrament of encounter, inshallah.
Raphaël Deillon M.Afr
From Petit Echo n° 1013 2010/7