Missionnaires d'Afrique
Oskar Geisseler, Christian NKulu et Bruno Ssennyondo M.Afr
Communauté de Dyou, Mali
Rencontre et Dialogue
Difficile tâche dévaluer
les fruits du dialogue
avec la RTA
Fidèles aux consignes du fondateur, le cardinal Lavigerie, plusieurs Missionnaires dAfrique ont consacré leur vie à la rencontre des Religions Traditionnelle Africaines (RTA) auprès des peuples senoufo, particulièrement au sud du Mali. Cela fait bien plus de 50 ans. Leurs activités consistent, entre autre, à accompagner une poignée de convertis au christianisme provenant des religions traditionnelles. Il est question dévangéliser et de recatéchiser ces adeptes qui côtoient au quotidien des habitudes bien irriguées des pratiques des religions traditionnelles. Cela se manifeste plus vivement aux moments importants de la vie humaine : naissance, mariage, maladies, funérailles, etc. À ces occasions et surtout au moment de tout danger qui menace la vie humaine, nos contemporains tendent à recourir à des pratiques de leurs religions traditionnelles ou à des guérisseurs, des sorciers, etc.
Sur les traces de nos prédécesseurs en ce milieu senoufo, nous faisons notre possible pour poursuivre laventure missionnaire avec grand respect, ce à quoi nous appelle lencyclique Redemptor Missio : Le processus dinsertion de lÉglise dans les cultures des peuples demande beaucoup de temps (car, il) signifie une intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme et lenracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines (RM 52). Cependant, certains éléments récents nous interpellent sur notre approche. Nous parlerons ici de deux exemples concrets.
1° : Nos tournées pastorales prennent toujours en considération le rythme de vie de chaque communauté. Par exemple, dans le calendrier senoufo, une semaine ne compte que 6 jours au lieu de nos habituels sept jours. Il est utile de savoir quel jour lon est (selon le calendrier senoufo) avant de se hasarder à y entreprendre une activité pastorale. La saison sèche et la saison pluvieuse se vivent aussi très différemment. Tout cela et beaucoup dautres éléments sont constamment à considérer, sans quoi nos tournées deviennent gênantes, sinon inutiles.
Bien sûr, il y aura toujours des surprises. Par exemple, le cas où un confrère fait un long parcours, traversant des marigots et des forêts, pour coïncider avec le seul moment dont disposent ses fidèles pour suivre la catéchèse (la veille du jour de repos dans la semaine senoufo). Il est surpris de voir, après seulement 5 minutes de catéchèse, tous ses catéchumènes sortir de la chapelle à toute vitesse, le laissant seul. Il apprendra plus tard quils avaient entendu lalerte de la sortie dun masque komo que lon ne doit pas voir face à face ! Cest ainsi que lon prend conscience du fait que nos catéchumènes (comme beaucoup dautres) entretiennent des idées inadéquates concernant Dieu, la superstition et la peur des esprits. Oui, même après 50 ans dévangélisation, cette peur demeure ! Peut-on parler de curs endurcis ou dune inculturation non réussie ? Quand et comment évaluer les fruits de notre évangélisation ?
2° : Nous contentant de croire que lEsprit nous précède, nous sommes parfois frappés par un phénomène qui remet en question lefficacité de notre attitude pastorale. Cest un phénomène disons commercial. Il sagit des orpailleurs (des mines dor traditionnelles) qui attirent de nombreux villageois de toutes ethnies et de tous côtés. On compte plus de quatre emplacements dorpailleurs au sein de notre paroisse. Chacun est au minimum estimé à 30 000 personnes.
Ceux-ci ont tout bousculé ! Non seulement chez nos adeptes chrétiens, mais aussi du côté traditionnel du milieu. Cest tout le monde qui cherche à survivre, grâce à ce que leur propose cette aventure. Tous, même les femmes qui ne quittaient guère leur village, parcourent maintenant des distances énormes à la recherche du nécessaire pour vivre un peu plus à laise.
Dans ce contexte, on ne sera pas surpris de voir quil ne reste plus de temps pour la catéchèse et la prière commune. Plus étonnant encore est le fait que même les pratiques religieuses traditionnelles, qui étaient jusquà maintenant restées sans faille et que nous avons toujours approchées avec grand respect, ne semblent plus avoir la même valeur quauparavant. Ce phénomène a tout bousculé de sorte que tout le temps semble maintenant lui appartenir ! La grande question que lon se pose est : Comment ce phénomène a-t-il réussi en si peu de temps à conquérir le cur de ces peuples que lon a toujours connu comme fortement attachés à leurs pratiques traditionnelles ? Ce phénomène aurait-il pris plus dampleur que les 50 ans de convivialité que les nombreux missionnaires ont vécus auprès de ces peuples ?
Il se peut aussi que nous fassions une fausse comparaison. Devons-nous employer la balance commerciale pour mesurer notre efficacité apostolique ? Ce qui nous semble sûr, cest que le cadre villageois traditionnel a été ébréché. Les questions pastorales sont nombreuses et se posent sans arrêt dune façon nouvelle. Nous navons pas beaucoup de choix. Il nous semble impératif de nous engouffrer dans la brèche ou encore de danser au rythme du tambour de nos interlocuteurs, pour paraphraser les mots dun de nos Assistants généraux.
Nous devons suivre nos paroissiens, nous semble-t-il, pour continuer à être avec eux là où ils se trouvent actuellement. Mais là aussi, quelques défis nous attendent. Les premiers essais nont pas été très lumineux. Dans une des bases dextraction minérale, nous avons imité la manière de construire des orpailleurs. Nous avons dressé une hutte en paille avec une bâche plastique pour toit pour en faire notre lieu de prière. Sans doute par manque de temps (et certainement denthousiasme/foi), personne ny entrait pour la prière. Finalement, les pluies dhivernage ont mis sous eau notre lieu de prière. Il nest pas facile de rassembler et structurer des chrétiens qui ne font que courir aux mines dor et dont le trésor semble être tout autre que celui que nous leur proposons. Doù la pertinence de notre question : ce phénomène aurait-il su mieux répondre aux aspirations de ces peuples senoufo que les 50 ans de convivialité que les nombreux missionnaires ont vécus auprès deux ?
Oskar Geisseler, Christian NKulu et Bruno Ssennyondo M.Afr
Communauté de Dyou, Mali
Tiré du Petit Echo N° 1013 2010/7
Missionaries of Africa
Oskar GEISSELER, Christian NKULU and Bruno SSENNYONDO M.Afr
Diou Community, Mali
Encounter and Dialogue
The difficult task of
assessing the fruits of
dialogue with ATRFaithful to the instructions of our Founder Cardinal Lavigerie, several Missionaries of Africa consecrated their lives to encounter with African Traditional Religions (ATR) among the Senufo people, particularly in the south of Mali. This was well over 50 years ago. Their activities, amongst other things, consisted of accompanying a handful of Christian converts from traditional religions. It was a matter of evangelising and re-catechising these adepts who were in daily contact with well-entrenched habits of traditional religions practices. This is more in evidence at important times of life: birth, marriage, illness, bereavement, etc. On those occasions, and especially at times of any threat to human life, our contemporaries tend to have recourse to their traditional religions practices or to healers and witch doctors, etc.
In the footsteps of our predecessors in this Senufo environment, we do what we can to pursue the missionary adventure with great respect, reminding ourselves of the encyclical Redemptoris Missio: The process of the Church's insertion into peoples' cultures is a lengthy one. It is not a matter of purely external adaptation, for inculturation means the intimate transformation of authentic cultural values through their integration in Christianity and the insertion of Christianity in the various human cultures (RM 52). Nevertheless, certain recent elements challenge us in our approach. We will speak here of two concrete examples.
1: Our pastoral visits always take into consideration the rhythm of life of each community. For instance, in the Senufo calendar a week has only six days, instead of our seven. It is useful to know which day we are on (according to the Senufo calendar) before venturing out and undertaking a pastoral activity. The dry and wet seasons are also lived in a very different manner. All this and many other factors are constantly thought through; otherwise our trips become embarrassing, even pointless.
Of course, there will always be surprises. For instance, the case where a confrere makes a long journey, crossing marshland and forests to coincide with the only time his faithful have for attending catechesis (the evening of the rest day in the Senufo week). After only 5 minutes catechesis, he was surprised to find all his catechumens leave the chapel in a hurry, leaving him alone. He later learned that they had heard the alarm sound for the exposing of the Komo mask, which no one must see face-to-face! In this way, we become aware that our catechumens (like many others) have an incomplete understanding of God, superstition and fear of evil spirits. Indeed, even after 50 years of evangelisation, this fear persists! Can we speak of hardened hearts, or an unsuccessful inculturation? When and how can we assess the fruits of our inculturation?
2: In contenting ourselves to believe that the Spirit precedes us, we are sometimes struck by a phenomenon that puts in question the effectiveness of our pastoral attitude. It is, let us say, a commercial phenomenon. This is about people who are gold panning (in traditional goldmines), who attract many villagers of all ethnic groups and on all sides. There are over four gold panning sites within our parish. Each one has an estimated 30,000 people. They have upset everything, not only among our Christian followers, but also in the traditional milieu. Everyone is looking to survive, thanks to what this gold panning adventure is offering them. Everyone, even women who would hardly leave their village, cover the enormous distances to find the means to live a little more comfortably.
In this context, it is not surprising that there is not much time left for catechesis and prayer in common. Even more astonishing is that even traditional religious practices that up to then were observed without fail and that we have always approached with the greatest respect do not seem to have the same value as before. This phenomenon has upset everything to the extent that all the time available now seems to belong to it! We wonder how this phenomenon succeeded in such a short time to win the hearts of the peoples that we always regarded as being firmly attached to their traditional practices. Could this phenomenon have had more effect than the 50 years of friendliness that numerous missionaries lived with these peoples?
It is also possible that we are making a false comparison. Should we use a commercial yardstick to measure our apostolic effectiveness? What appears certain to us is that the traditional village framework has been breached. Pastoral issues are many and are constantly surfacing in a new way. We do not have much choice. It seems imperative for us to jump into the breach or again to dance to the drumbeat of our people, paraphrasing the words of one of our Assistants General.
It seems to us we have to follow our parishioners; to continue to be with them wherever they are at the moment. However, there also, some challenges awaited us. Our first attempts were not very brilliant. In one of the mineral extraction bases, we imitated the way they built the gold panning structures. We put up a grass hut with a plastic tarpaulin roof to make our prayer point. No doubt through lack of time (and certainly enthusiasm/faith), no one came in for prayer. Finally, the winter rains swamped our prayer point. It is not easy to bring together and organise Christians who do nothing else than make their way to the goldmines and whose treasure seems to be other than the one we are offering them. From this comes the relevance of our question: Could this phenomenon have responded more to the aspirations of the people than the 50 years of friendliness that numerous missionaries lived with these peoples?
Oskar GEISSELER, Christian NKULU and Bruno SSENNYONDO
Diou Community, Mali
From Petit Echo n° 1013 2010/7