Missionnaires d'Afrique

Callistus Baalaboore M.Afr Niger
Rencontre et Dialogue

Pourquoi au Niger,
un pays musulman ?


Après quatre ans passés au Tchad, j’ai été nommé au Niger. J’ai pris un petit temps de repos en famille avant de rejoindre ma communauté au Niger. Quand j’ai annoncé à la famille et aux amis que j’étais nommé au Niger, la plupart m’ont posé la question : “Pourquoi donc t’envoie-t-on dans un pays où il n’y a pas des chrétiens ?” D’autres ajoutaient : “Qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? Nous avons besoin de prêtres ici.” Ils ne pouvaient pas comprendre que la mission, c’est bien plus que de convertir au christianisme, que d’animer et maintenir les communautés chrétiennes existantes.

Quand on parle du Dialogue et de la Rencontre, beaucoup considèrent cela comme une utopie. D’autres pensent que l’on cherche par tous les moyens à donner du prix à celui qui n’est pas chrétien, alors que nous devrions d’abord affermir la foi des chrétiens, convertir les non-chrétiens et passer plus de temps avec les chrétiens. “Pourquoi perdre du temps là où ça ne porte pas de fruit ?”

Le chef d’un village avec son conseil lors de la visite de Callistus.Quand je suis arrivé à au Niger, il me semblait qu’il n’y avait vraiment rien à y faire, même s’il me fallait rouler plus de 650 km pour rejoindre une succursale. La communauté chrétienne était tellement petite que je pensais être vite mis au chômage. Allais-je tourner en rond ? La question “pourquoi perdre du temps là où ça ne porte pas de fruit” me revenait souvent et je faillis donner raison à ceux qui me disaient que c’était une perte de temps que de rester au Niger.

Je me suis trouvé très vite “mangé” par le travail, une pastorale qui n’est pas seulement d’animer la communauté chrétienne, mais aussi d’animer et de travailler avec des personnes d’autres croyances. Je considère que la pastorale que nous pratiquons au Niger se vit davantage dans les rencontres que dans le dialogue (même si le dialogue fait aussi partie de notre pastorale).

Dans la journée, la plupart de mes contacts et de mes rencontres avec la population se font avec les musulmans. Il y a des jours où ceux qui viennent me rendre visite au bureau sont uniquement des musulmans. Des chrétiens se plaignent parfois que nous donnons plus de place aux musulmans. En dehors des visites au bureau, plus 60 % des rencontres sont informelles. Elles se passent dans les quartiers lors de l’imposition du nom d’un nouveau-né ou du baptême des enfants chrétiens, lors des mariages, des funérailles, des fêtes populaires et par des visites à des amis.

Le maire, le chef et des enfants au cours d’une autre rencontre.Lors de ces rencontres, la première chose que j’ai constatée c’est la confiance que les musulmans ont pour les chrétiens et surtout pour les prêtres, les religieux et religieuses (cela ne veut pas dire que tous sont d’accord avec les chrétiens). Cette confiance vient du témoignage que les chrétiens donnent au milieu des musulmans. Dans plusieurs comités mixtes (chrétiens et musulmans), quand il s’agit d’avoir une caisse ou d’ouvrir un compte, ils demandent que ce soit un chrétien qui soit le trésorier. Les musulmans peuvent facilement se confier à des chrétiens et partagent beaucoup de leurs soucis avec eux.

Au cours de ces nombreuses rencontres, je pensais que je n’étais pas un spécialiste. Les fondations sont déjà posées. Je ne suis pas là pour initier le dialogue et la rencontre. Je devais seulement ajouter mon grain de sel pour que le dialogue et la rencontre se continuent. Les gens ne sont pas intéressés dans les discussions intellectuelles ou ‘techniques’. Ils veulent des discussions pratiques, terre à terre, sur ce qu’ils peuvent utiliser pour leur vie quotidienne et surtout pour mieux comprendre l’autre. Ils ne veulent pas non plus de comparaison des religions.

Parmi les activités menées quotidiennement, je découvrais et je rencontrais les autres tels qu’ils sont, sans préjudice et dans un grand désintéressement. Dans la conscientisation de la population sur le SIDA et la prise en charge des personnes atteintes par le VIH/SIDA, nous avons travaillé avec les imams et autres leaders religieux. Nous découvrons que nous avons le même objectif : protéger les marginalisés et veiller à leur dignité. Je pense que nous sommes en plein en zones de fracture.

Si parfois, dans les villages, on nous confond avec les ONG, c’est toujours avec beaucoup de respect. Quelques-unes de nos rencontres aboutissent à des projets de développement social réalisés par la population elle-même. Nous sommes plus des animateurs de la population que des réalisateurs de projets. Plutôt que de proposer des besoins, nous conscientisons la population pour qu’elle découvre elle-même ses besoins. C’est ce qui fait la différence entre nous et les ONG. Il y a plus de contacts et de rencontres avec la population.

Pour mieux nous connaître, nous avons organisé ensemble (chrétiens et musulmans) des débats au travers des médias ou au moyen de conférences sur des thèmes d’intérêt général. Les auditeurs, par téléphone, et les participants aux conférences, par des interventions pertinentes, posent de nombreuses questions d’éclaircissement.

C’est dans la simplicité et le respect de l’autre que toute la valeur sera donnée à la rencontre et au dialogue. La mission de la Société demande que notre engagement se vive au niveau des gens. Je suis certain que tout engagement auprès de la population, vécu dans un esprit de style de vie simple, laisse des empreintes positives, une réelle référence pour les générations à venir.

Callistus Baalaboore M.Afr


Tiré du Petit Echo N° 1013 2010/7

 


 

Missionaries of Africa

Callistus Baalaboore M.Afr Niger
Encounter and Dialogue


Why stay in Niger,
a Muslim country?

After four years in Chad, I was appointed to Niger. I took a short rest in my family before joining my community in Niger. When I told my family and friends that I had been appointed to Niger, most of them asked, ‘Why are they sending you to countries where there are no Christians?’ Others added, ‘What are you going to do over there? We need priests here.’ They could not understand that mission is much more than converting people to Christianity, more than leading and sustaining existing Christian communities.

When dialogue and encounter are discussed, many consider it impractically idealistic. Others believe that we seek by every means to appreciate the person who is not Christian, whereas we should firstly confirm the faith of Christians, convert the non-Christians and spend more time with Christians. ‘Why waste time where there is no outcome?

A village chief with his council during the visit of Callistus.When I arrived in Niger, it seemed to me there was really nothing to do, even if I had to drive over 650 km to reach an outstation. The Christian community was so small that I thought I would soon be redundant. Was I going to be going round in circles? The question, ‘Why waste time where there is no outcome?’ nagged me and I almost vindicated those who were telling me it was a waste of time to remain in Niger.

However, very soon, I found myself consumed by the work, a pastoral activity that is not only to lead a Christian community, but also to lead and work with people of other beliefs. I consider the pastoral work we are doing in Niger is more apparent in encounter than in dialogue, (even if dialogue also forms part of our pastoral activity.)

Throughout the daytime, most of my contacts and encounters with the people are with Muslims. There are days when those who come to see me in the office are all Muslims. Christians sometimes complain that we give more time to Muslims. Outside office visits, over 60% of meetings are informal. They take place in the neighbourhoods when a newborn is named or for the baptism of Christian children, at marriages, funerals, folk festivals and visits to friends.

During these meetings, the first thing I noticed is the trust the Muslims have in Christians, especially Fathers, Religious and Sisters; (this does not mean that all agree with Christians.) This trust stems from the regard the Christians have for the Muslim environment. In several mixed communities, (Christian and Muslim) when it concerns looking after the cashbox or opening an account, they ask for a Christian to be the treasurer. Muslims can easily confide in Christians and share many of their worries with them.

In the course of these many meetings, I did not think I was a specialist. The foundations were already laid. I am not there to initiate dialogue and encounter. I had simply to put my oar in for dialogue and encounter to continue. People are not interested in intellectual discussions or techniques. They want practical down-to-earth talk, which they can use for their daily lives and especially to understand one another better; neither do they seek to compare religions.

The Mayor, the chief and children during another meeting.Among daily activities, I discovered people as they really are, without prejudice and in a very detached way. In raising awareness among the people of AIDS and taking charge of people affected by HIV/AIDS, we worked with imams and other religious leaders. We discovered we have the same objective: protect the marginalized and see to their dignity. I believe we are thoroughly involved in a fault zone.

If sometimes in the villages we are mistaken for an NGO, it is always with much respect. Some of our meetings lead to social development projects brought to completion by the people themselves. We are more advocates of the people’s well being than achievers of projects. Rather than proposing needs, we raise awareness among the people so that they themselves discover their needs. This is what makes the difference between us and an NGO. There is more contact and meeting with the population.

In order to get to know one another better, we Christians and Muslims together organise discussions, either through the media or by way of conferences on topics of general interest. Listeners by telephone, or those attending conferences, pose many enlightening questions in relevant speeches.

Straightforwardness and respect for others gives all the value to encounter and dialogue. The mission of the Society requires our commitment to be lived at the level of the people. I am convinced that any commitment vis-à-vis the population, lived out in a simple lifestyle mentality, leaves a positive impression, a real point of reference for future generations.

Callistus Ballaboore M.Afr

From Petit Echo n° 1013 2010/7