Missionnaires d'Afrique


Bernhard Udelhoven M.Afr
ZAMBIE

Prières de délivrance et de guérison

Il y a trente ans, le ministère de guérison de Mgr Milingo en Zambie a mis en pleine lumière des discordances concernant la délivrance de forces spirituelles mauvaises. Quand le dialogue échoua, il resta une “patate chaude” que beaucoup, dans l’Église catholique, craignirent de toucher. Cela n’empêcha point des chrétiens de continuer à rechercher des prophètes et “hommes de Dieu” en vue de la guérison par la foi ; il y a des milliers de nouvelles Églises pentecôtistes aujourd’hui, fondée sur des expériences de délivrance.

Dans l’Église catholique en Zambie, le ministère de guérison et de délivrance par la foi a été largement laissé entre les mains du Renouveau charismatique. C’est un mouvement de la base, parfois œcuménique ; les cellules charismatiques ressemblent aux Églises domestiques bibliques. Les membres sont conscients que l’Esprit Saint n’a pas toujours besoin de la permission explicite du curé pour réaliser ses miracles ou offrir ses dons. Beaucoup de prêtres fuient les longues sessions de prières, mais aussi les cris de “démons” qui se manifestent dans des personnes angoissées demandant des prières. Ils abandonnent les groupes à eux-mêmes ou, parfois, à des “prêtres charismatiques”. Les groupes fonctionnent alors en marge de l’Église, alors qu’ils font face à des problèmes vitaux pour beaucoup de personnes.

Charisme, miracles et Évangile de prospérité
Quand je suis appelé auprès de personnes malades, j’aime être accompagné par des membres du Renouveau charismatique, spécialement des membres âgés. Prier et chanter vient naturellement chez eux ; de brefs et doux intervalles de “prière en langues” viennent directement du cœur. Ils ont des dons de foi admirables, très favorables à la guérison spirituelle.

“Guerre spirituelle”
Bernhard au cours d’une séance de prière sur les malades le jour de Pâques 2012.Moins positive fut mon expérience lors d’un ministère de guérison charismatique qu’on m’a demandé de superviser l’an dernier. Je ne mets pas en doute l’engagement chrétien : beaucoup jeûnèrent au moins un jour par semaine, participèrent à des nuits de prières, furent généreux pour l’Église, et ont été capables de prier et chanter pendant des heures, jusqu’à épuisement. C’était nécessaire, m’a-t-on dit, parce qu’ils étaient engagés dans une “guerre spirituelle” avec les forces du mal, alors qu’ils priaient pour la personne malade. Maladie, malheur et mauvais esprits devaient être défaits ; le nom de Jésus était l’arme avec laquelle frapper. La prédication des laïques dans le groupe était très marquée par “l’Évangile de la prospérité” qui prêche que “si tu crois vraiment, si tu confesses ta foi et agis correctement, tu seras béni et pourras revendiquer la vie, la santé et la prospérité ; l’absence de tels dons pourrait être due au manque de foi ou à la présence de forces démoniaques.”

Semaine après semaine, des personnes cherchant la guérison et la délivrance tombèrent en transe au contact du leader charismatique. C’était des manifestations visibles du Saint Esprit, me disait-on. J’ai pensé plutôt que j’étais témoin d’états hypnotiques produits par l’atmosphère du moment, les attentes et la confiance envers ce leader. Cela procurait une détente temporaire de la douleur et des tensions (ce qui, je crois, peut aussi être utilisé par le Saint Esprit pour une guérison plus profonde). Mais cela en encourageait aussi beaucoup à rester loin des hôpitaux et des médecins, ce qui causait souvent des conséquences néfastes.

Les rituels de guérison, une alternative
Un de nos groupes à FENZA est devenu un groupe d’appui pour des personnes que des “prophètes” ont désignées comme étant victimes de malédictions, de satanisme ou de sorcellerie. Les prières charismatiques divisaient les familles. Le vocabulaire de “guerre spirituelle” ne les aidait pas à trouver la paix intérieure.

Aujourd’hui, les membres de ce groupe aident ceux qui souffrent d’attaques démoniaques à trouver Dieu dans leur vie quotidienne. Ils considèrent leur douloureuse situation comme un tremplin vers une croissance plutôt qu’un simple blocage de vie. Ils aident les malades et leur famille à trouver une attitude plus positive face aux symboles et aux rêves menaçants que subissent des patients.

Les malades et leur famille prennent part à la préparation des prières. Nous essayons de prier dans une atmosphère calme. Cela aide les personnes à être en rapport avec l’amour de Dieu. Elles se sentent encouragées par l’Église. On souligne l’importance de la réconciliation en famille et de se mettre à la suite de Jésus. Le service de prière contient un élément de mort et de résurrection. Mort à l’ancienne vie sujette aux démons et à la sorcellerie, ou à de mauvaises personnes ; vie nouvelle du chrétien qui peut faire face, avec davantage de sérénité et de paix, à la maladie, ou à une personne mal intentionnée en famille. Parfois, nous soumettons le malade à un rite de sépulture durant lequel la famille le couvre de couvertures et où la chorale chante des mélodies funèbres en jetant de la terre sur lui ; après un moment de silence et de prière, il est dégagé et enlevé “du tombeau” ; un cierge pascal allumé lui est donné en signe d’union intime au Christ.

Dans d’autres réunions de prière, le rite de guérison est centré sur le feu béni ou le charbon ardent (purification, amour, transformation), sur la terre fraîche que la personne malade est appelée à toucher et sentir (croissance, vie, fertilité), ou encore sur des herbes bénies (munies de diverses significations), flottant dans un récipient dont les gens peuvent utiliser l’eau pour laver leurs mains ou leur visage. La “guerre spirituelle” biblique et les bruits des “démons” ne sont pas totalement absents de ces services de prière, mais sont placés dans un contexte qui ne polarise ni sur les pouvoirs spéciaux d’un guérisseur, ni sur les démons, mais sur la foi de l’Église, l’aide de la famille et des amis, et la confiance en Dieu. Personnellement, je me sens à l’aise pendant ces prières ; je n’ai pas à prétendre détenir des pouvoirs spirituels spéciaux. Je crois que Dieu prend bon soin de ce qui lui est confié dans ces rites.

Bernhard Udelhoven M.Afr


Tiré du Petit Echo N° 1033 2012/07

 


 

Missionaries of Africa


Ernst Sievers M.Afr
ZAMBIA

Prayers for healing and deliverance

In Zambia 30 years ago, the healing ministry of Archbishop Milingo brought clashes of worldviews to the foreground about faith-healing and deliverance from evil spiritual forces. When dialogue failed, a hot potato was left that many in the Catholic Church feared to touch. This has not prevented Christians from continuing to look for faith-healing from prophets and so-called men of God; there are thousands of new Pentecostal churches today that were founded on experiences of deliverance.

Within the Catholic Church in Zambia, the ministry of faith-healing and deliverance has largely been left to Charismatic Renewal. It is a grassroots movement, sometimes ecumenical, the charismatic cells resembling the Biblical house-churches. Many members are aware that the Holy Spirit does not always need explicit directions or permissions from the Parish Priest to perform his miracles or to give his charisma. Many priests in turn shun long prayer sessions, but also spurn shouts of ‘demons’ manifesting themselves in distressed people asking for prayers, most of them women, leaving the groups largely to themselves or to a few occasional charismatic priests. The groups thus operate on the fringes of the Church, while dealing with issues that are vital to many people, especially women, the backbone of the Church.

Charisma, miracles and the Gospel of Prosperity
When I am called to visit sick people, I like to be accompanied by members of Charismatic Renewal, especially elderly members. Praying and singing comes natural to them; short and gentle intervals of praying in tongues come directly from the heart. They have faith-inspiring gifts which are very conducive to spiritual healing, I believe.

Bernhard during the Blessing of the Sick at Easter 2012.Less positive was my experience with a popular charismatic healing ministry, which I was asked to supervise last year. I did not doubt their Christian commitment. Many fasted at least one day a week, participated in overnight prayers, were financially generous to the Church, and could pray and sing for hours to exhaustion, while standing in a circle. This was necessary, I was told, because they were engaged in spiritual warfare with evil forces while they prayed for the sick. Sickness, misfortune and evil spirits needed to be defeated; Jesus’ name was the weapon they branded. Lay preaching in the group was strongly marked by the Prosperity Gospel: if you truly believe, confess your faith and do the right thing, you will be blessed and can claim life, health and prosperity; absence of such gifts may be due to lack of faith or the presence of demonic forces.

Week after week, people looking for healing and deliverance, fell to the floor in a trance after being touched by the anointed leader. These were visible manifestations of the Holy Spirit, I was told. As for me, I thought instead that I was witnessing various states of hypnosis, induced by the type of environment, expectations, and trust in the charismatic leader, bringing temporal release from pain and tensions. (This, I trust, can also be used by the Holy Spirit for deeper healing), but which were also encouraging many to stay away from hospitals and doctors in their quest for pure faith-healing, sometimes with fatal consequences.

An alternative to spiritual warfare: healing rituals
One of our groups at FENZA has turned into a support group for people who had been ‘prophesised’ to be victims of generational curses, Satanism or witchcraft. Charismatic prayers for healing had resulted in divided and alienated families. The language of spiritual warfare had not helped them to achieve inner peace with an illness or difficult condition.

Today, the members of the group help others who experience demonic attacks or witchcraft to find God in their life situation by also seeing in a painful condition a stepping-stone for growth rather than a plain blockage of life. They help the sick and their families to gain a more positive attitude with the threatening symbols in patients’ dreams and visions.
The sick and their families take part in the preparations of the prayers. We try to conduct prayers in a calm atmosphere, to help people get in touch with their own inner strength and God’s love, and feel supported by the Church.

Reconciliation in the family is stressed, and so are the demands in following Jesus. The prayer services contain an element of death and resurrection: from the death of the old life of being a mere victim of demons, witchcraft, or evil people, to a new life as a living Christian who can face the sickness or a malevolent person in the family with stronger serenity and peace. Sometimes, we make the patients pass through a burial rite, where they are covered by their families in blankets, while the choirs sing funeral songs and throw earth on them. After a period of silence and prayer, they are uncovered and taken from the ‘grave’ to be given a lighted Paschal Candle as a sign of their inner union with Christ.

In other prayer services, the healing rite focused on a blessed fire or burning charcoal (purification, love, transformation), on fresh earth, which the sick were made to touch and smell (growth, life, fertility). Alternatively, it centred on blessed herbs, with various traditional meanings, placed in a basin of water in which people could wash their hands or face. Biblical spiritual warfare and the noises of demons are not totally banned from these prayer services. They enter into the context of a rite that does not focus on the special powers of the healer, nor on the demons, but on the faith of the Church, the support of the family and friends, and the confidence that God prepares a future for those who trust. Personally, I feel at ease during the prayers; I don’t have to pretend to have special spiritual powers, while I do believe that God takes good care of what is entrusted to him in the rites.

Bernhard Udelhoven M.Afr

From Petit Echo n° 1033 2012/07