Missionnaires d'Afrique
Spiritualité
Didier Sawadogo M.Afr.


ROME RÉCOLLECTION MENSUELLE
Être saint, c’est être en relation
La sainteté n’est pas une séparation

L’AVENTURE DE LA SAINTETÉ
À L’OMBRE DE LA SPIRITUALITÉ des anciens

La signification de la sainteté nous semble évidente jusqu’à ce qu’on commence à y réfléchir. Spontanément, on associe sainteté avec vie morale, une vie irréprochable et en tout point conforme aux lois de la morale et de la religion. Une telle définition nous met sur de fausses pistes. Il y a de ces mots pour lesquels il faut aller au-delà de la signification pour en chercher le sens. Alors que la signification fait partie du jeu linguistique et permet de délimiter un terme particulier par rapport aux autres, le sens est une invitation à penser, à méditer. Ainsi, la sainteté est une exigence, un terme opératif qui invite à chercher, à méditer. Elle met en marche vers un horizon. Je vous propose une méditation qui partira de la Bible et qui s’ouvrira petit à petit sur d’autres pensées. Mon propos sera assez général parce que mon intention n’est pas de toucher le cœur de chacun de vous de façon particulière, mais de susciter une démarche personnelle, un pèlerinage intérieur qui sera approfondi dans la méditation.

Dans la Bible
Nous rencontrons dans la Bible plusieurs expériences de sainteté qui évoluent toutes vers la révélation de la sainteté de Dieu en Jésus Christ. Je voudrais avec vous méditer sur l’expérience de Moise et de Marie.
Nous connaissons l’histoire de Moise au chapitre 3 de l’Exode. Né en Égypte comme Hébreu, il grandit avec une double identité. Face à l’oppression et l’injustice de son mon­de, il sent l’exigence d’un changement radical. Sa première tentative se solde par un échec et il doit fuir. Et c’est là que commence son expérience par un étrange spectacle, une grande vision : un buisson brûle sans être consumé. Ce phénomène anormal, comme un panneau indicateur, renvoie Moise au-delà de son univers habituel et le dirige vers un autre niveau d’existence. Il est une interrogation, un mystère. Face à cette réalité mystérieuse, la réaction de Moise est complexe. Je voudrais simplement m’arrêter sur le geste demandé à Moise : « Retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ». Ex 5,3. Chez les Hébreux, lorsque quelqu’un achetait un champ, il faisait le tour à pied pour signifier la prise de possession. Aussi dans certaines cultures, mettre le pied sur quelque chose, à plus forte raison si on est chaussé, est d’ailleurs une façon naturelle de dire : « Ceci est à moi, ceci m’appartient. »

Pour frère John de Taizé (dont je m’inspire), l’acte d’enlever ses sandales avant de fouler l’endroit où se trouve le buisson-ardent veut indiquer qu’une réalité sainte, de par sa nature, ne peut jamais être possédée, manipulée, maîtrisée par l’être humain qui entre dans un domaine où il n’est pas le maître, mais où il doit se laisser accueillir. À lui de respecter ce qui est donné, de renoncer à le contrôler. Cela nous éclaire aussi sur la peur de Moise. Très souvent les hommes sont mal à l’aise dans une situation qu’ils ne maîtrisent pas et où leur vulnérabilité est mise à découvert.

L’expérience de la sainteté peut être incompréhensible dans notre monde contemporain qui tend à perdre le sens du mystère. Malheureusement, notre mère Église n’est pas à l’abri de cette perte quand elle veut tout maîtriser. L’homme veut être maître de tout. Loin d’enlever ses sandales, l’homme moderne les chausse et s’arme de toutes sortes d’instruments afin de passer au crible tout le mystère. Il veut tout connaître, tout expliquer. Nous aboutissons à une forte tendance à isoler la sainteté du reste de l’existence. On élève des murs visibles ou invisibles autour de l’objet et du lieu saint. On établit des règles qui en limitent l’accès à certains moments et à certaines personnes. L’étymologie du mot saint corrobore cette attitude. En hébreu kadosh vient d’une racine qui signifie « séparé, mis à part ». On a donc tendance à isoler la sainteté.

Cependant, si nous regardons de plus près le récit de Moïse, nous voyons que le feu qui attire Moïse n’est pas un feu comme les autres. Il a une voix. Autrement dit, il n’est pas un objet, mais un sujet. La sainteté n’est pas une qualité qu’ont les objets, mais une relation. Derrière l’expérience de la sainteté, se trouve un Dieu personnel, un Dieu qui parle, qui se communique. Quand Jésus dit qu’il est le chemin, la vérité, la vie, il nous dit qu’il est l’expression de la nature même de Dieu. Vérité, ici, signifie révélation, communication. Jésus est la vérité en tant qu’il est la révélation de cette vie divine qui est communication à l’intérieur de la Trinité et il est le chemin par lequel cette vie arrive à nous. Ainsi le Christ vient vers nous et nous appelle, chacun par son nom, comme Moïse. Le nom n’est pas simplement une étiquette, mais représente notre identité. Il est aussi l’expression d’une relation. Le nom donné par Dieu est un projet, une mission. Du milieu du feu de sa sainteté, Dieu appelle Moïse par son nom. Cela veut dire qu’en entrant en relation avec le Seigneur, Moïse empruntera un chemin où il deviendra pleinement lui-même et découvrira son vrai visage dans celui de Dieu à l’image de qui il a été créé. La sainteté est avant tout relation. Dieu est par nature communication, relation. Être saint, c’est être à l’image de Dieu, c’est être en relation. La sainteté n’est donc pas une séparation, une retraite. La sainteté de Dieu le pousse à sortir de soi pour chercher une relation avec ceux qu’il a créés. Dieu cherche à communiquer sa propre sainteté à ceux qu’il rencontre. On le voit dans la Bible où le peuple de Dieu est porteur de sa sainteté. Nous sommes porteurs, nous aussi, de cette sainteté. Nous pouvons chercher à voir dans quel sens nous la vivons dans nos relations les uns avec les autres, dans quel sens nous la transmettons à ce monde qui souvent n’en veut pas ?

L’expérience de Marie
Allons plus loin dans la réflexion. Avec Moïse la sainteté apparaît comme une expérience qu’on peut faire. La rencontre d’un mystère nous tire de nos habitudes et nous fait découvrir une réalité qui est autre. Le Nouveau Testament nous présente une nouvelle expérience, celle de Marie à l’Annonciation. Chez Moïse comme chez Marie, la rencontre avec le divin bouleverse. Arrêtons-nous sur un petit détail du récit. Alors qu’on s’attend à ce que le messager divin appelle Marie par son nom comme ce fut le cas dans le récit de Moïse, nous trouvons « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». Marie n’est pas appelée par son nom mais reçoit un nom nouveau, Comblée-de-grâce. Il y a un approfondissement par rapport à Moïse. L’appel de Dieu est vu ici comme le don d’une présence. Devant la perplexité de Marie, l’ange explique ce que sont ce don et cette présence. Lc 1,35.

Le don n’est rien d’autre que la sainteté de Dieu, son souffle de vie, son Esprit Saint. Il y a un grand bond en avant de Moïse à Marie. Pour Moïse, devant le buisson-ardent, la sainteté était une réalité extérieure à lui. Avec Marie, la sainteté devient une réalité intérieure à la vie. Cette présence intérieure est l’essentiel du récit : le feu de la sainteté demeure sur Marie pour accomplir la promesse et conduire à la naissance d’un autre Saint.

La sainteté ne tombe pas du ciel et n’est pas l’imitation aveugle d’un modèle externe. Elle s’incarne comme elle s’est incarnée en Marie. Elle s’incarne par la façon dont nous accueillons l’Esprit et nous mettons à sa disposition. Marie n’est pas appelée comme Moïse à entreprendre une activité mais à consentir à ce que Dieu va accomplir en elle et par elle. Il y a dès lors un vide qui la caractérise. Ce vide peut être le fait de son humble situation sociale mais c’est un vide nécessaire qui est loin de faire obstacle à la réalisation de sa vocation. Ce vide représente la terre vierge où Dieu peut se promener librement. Gn 3,8. Jean Lacroix (1900-1986, philosophe engagé dans la réflexion proposée par le personnalisme) parle justement de ce vide nécessaire en chaque homme qui permet à l’illumination divine de passer et sans laquelle nos yeux seraient aveugles. Ce vide s’oppose à la volonté d’autosuffisance, d’indépendance vis-à-vis de

Dieu qui caractérise l’homme en Adam et Ève. Ce vide permet à Dieu, mais aussi à l’autre, au prochain, d’entrer dans ma vie. Quelqu’un disait que dans toute relation, il y a trois partenaires : toi, moi et le secret de chacun de nous. Je dirais que c’est plutôt toi, moi et le vide en chacun de nous qui permet d’accueillir l’autre. Écoutons Jean Lacroix : « Au Panthéon d’Agrippa, à Rome (photo), l’immense coupole n’a pas de clé de voûte, mais une ouverture centrale d’où descend toute la lumière dont s’éclaire l’édifice. Ainsi la construction de notre âme, comme une œuvre inachevée, s’appuie, non à un plein, mais à un vide, vide nécessaire pour que passe l’illumination divine, sans laquelle nos yeux seraient complètement aveuglés et nous ne pourrions accomplir aucune tâche ». Pensons à la création. La création peut être conçue comme le grand acte d’humilité de la part de Dieu. Dieu qui se retire pour laisser la place à ses créatures. De même, nous aussi nous devons lui faire de la place, à lui et à nos frères et sœurs en humanité.

Avec Marie, la sainteté apparaît comme une énergie créatrice de communion et cette communion avec Dieu a pour conséquence inéluctable la communion avec les autres. La sainteté ne se réduit pas à l’accomplissement de quelques actes de façon mécanique. Elle s’enracine dans le cœur, ce cœur qui est le centre unificateur de l’individu. C’est de là qu’elle permet de transformer l’ensemble de l’existence, comme un arbre qui porte des fruits. C’est pourquoi Jésus, dans son enseignement cherche à toucher le cœur de l’homme afin d’éveiller et provoquer une métanoia qui est une réorientation de son être à la suite d’une rencontre avec le Dieu Vivant.

Dans le monde gréco-romain
Dans l’Antiquité, les anciens avaient déjà perçu cela et l’avaient exprimé (VIIe s. avant J.-C.) par le précepte de l’oracle de Delphes : « Connais-toi, toi-même ». Avant d’être un précepte philosophique, c’était un précepte spirituel. On l’attribue à Socrate (Ve-IVe s. avant J.-C.) mais Socrate n’a fait que lui donner un sens philosophique. C’est un précepte de prudence qui montre le danger qu’il y a pour l’homme de se prendre pour un Dieu, une invitation à se reconnaître mortel et non Dieu, à éviter la démesure. L’homme doit faire un effort sur lui-même et s’adapter au réel, rester humble devant les maux présents car la divinité ne permet pas à l’homme d’avoir des pensées d’orgueil. Les principales causes de souffrance, de désordre et de péché sont les passions, les désirs désordonnés, les craintes exagérées, la domination du souci de vivre. D’où le besoin de se connaître. Le chemin de la sainteté passe par la connaissance de soi. On parle même maintenant de l’intelligence de soi. C’est pourquoi le précepte de l’oracle de Delphes sera repris par la tradition monastique sous la forme d’attention à soi. Saint Antoine (anachorète égyptien, 251-356) disait à ses disciples avant de mourir : « Vivez comme si vous deviez mourir chaque jour ».

Cette attention est une concentration sur le moment présent qui doit être vécu comme s’il était à la fois le premier et le dernier. Nous avons là un écho du Notre Père. Quelqu’un ne disait-il pas que la sainteté est la conscience du moment présent ? Malheureusement, nous vivons dans un monde, dans une culture, qui est insatisfaite du présent, qui vit dans la frustration et le déséquilibre car il nie continuellement le présent. Nous ne sommes jamais dans le présent. Dieu, pourtant, nous a donné le présent. C’est ce qui nous appartient. Vivre saintement, c’est accueillir le présent comme don de Dieu. Marc Aurèle (empereur romain et philosophe, 121-180) conseille d’agir, de parler et de penser comme quelqu’un qui peut sur l’heure sortir de la vie. L’attention à soi replace l’homme dans son être véritable, c’est-à-dire dans sa relation à Dieu. C’est un exercice continuel de la présence de Dieu. C’est le sens du vide, de la terre vierge dont on a parlé et où Dieu peut agir. Porphyre (philosophe syrien qui a enseigné à Rome, 234-305) écrivait : « À toute action, toute œuvre, toute parole, que Dieu soit présent comme témoin et comme gardien ».

La sainteté peut donc se résumer comme une présence de Dieu et à soi-même qui conduit inévitablement à la présence des autres. Je me souviens d’avoir lu quelque part : « N’aie de joie et de repos qu’en une seule chose : progresser d’une action faite pour autrui à une autre action faite pour autrui accompagné du souvenir de Dieu. » Se souvenir de Dieu veut dire se référer perpétuellement à Dieu à chaque instant de la vie. Voici ce qu’est la sainteté : vivre chaque instant comme un instant de Dieu. Refléter dans nos paroles, nos actions, nos relations avec les autres le souvenir de Dieu, être des hommes qui gardent continuellement le cœur ouvert à la pensée de Dieu.

La sainteté n’est pas une mise à part mais une communion créatrice. Elle est un appel à abandonner toute forme de suffisance ou de désespoir pour en­trer en communion. La sainteté, comme une brise légère, nous propulse sur les routes du monde comme des témoins du pardon toujours offert. Ainsi a-t-elle propulsé les Apôtres au lendemain de Pâques.

Didier Sawadogo

 

Tiré du Petit Echo N° 994 2008/8

 


 

Missionaries of Africa
Spirituality
Didier Sawadogo M.Afr.

ROME MONTHLY RECOLLECTION
To be a saint is to be in a relationship with others
Holiness is not separation

THE ADVENTURE OF HOLINESS
IN THE LIGHT OF ANCIENT SPIRITUALITY

The meaning of holiness seems clear until you begin to think about it. We spontaneously associate holiness with morality: a saint is someone whose life is impeccable, totally in line with moral and religious laws. Such a definition puts us on the wrong track. There are words for which we need to go beyond the meaning to make sense of them. Whereas the meaning is part of the linguistic interplay and enables a particular term to be distinguished in relation to others, the making sense of it is an invitation to think and meditate on it. Therefore, holiness is a challenge, an operative term that invites us to seek and meditate. It puts us on track towards the horizon. I would like to propose a meditation starting from the Bible and gradually it will open onto other thoughts. It will be quite broadly based, as my intention is not to affect the hearts of each one of you in any particular way, but just to prompt you to a personal approach, an inner pilgrimage that will be deepened in meditation.

In the Bible
In the Bible, we come across several instances of holiness that all unfold in the revelation of God’ holiness in Jesus Christ. I would like to meditate with you on the experiences of Moses and Mary.

We know the story of Moses in Chapter 3 of Exodus. Born in Egypt as a Hebrew, he grew up with a dual identity. Faced with the oppression and injustice of his world, he felt the challenge to a radical change. His first attempt ended in setback and he had to flee. There, his experience began in a strange event, in a major vision. A bush was burning without being consumed by fire. This was an abnormal phenomenon that acted as a signpost to send Moses beyond his normal universe and directed him towards another level of existence. It was a question mark, a mystery. Faced with this mysterious reality, Moses’ reaction was complex. I would just like to delay on the gesture asked of Moses: ‘Take off your shoes, for the place on which you stand is holy ground.’ (Exodus 3:5). In Biblical times, when someone bought a field, the first act was to walk all round it. This action expressed taking possession of it. Besides, putting one’s foot on something and even more so when wearing shoes, is, in some cultures, a natural way of saying, ‘This is mine, this belongs to me.’

For Brother John of Taizé (who inspired the first part of this talk), Moses’ act of taking off his sandals before standing on the place of the burning bush means that a holy occurrence, by its very nature, can never be possessed, manipulated or controlled by a human being. On the contrary, we enter an area of which we are not in control, but into which we must allow ourselves to be received. It is up to us to respect what is given, to give up control over it. This also gives us an insight into Moses’ fear. Very often, we are ill at ease in a situation where we are not in control and where our vulnerability is exposed. The experience of holiness can be incomprehensible in today’s world that tends to drop the sense of mystery, from which, unfortunately, our Mother the Church is not spared. We want to be in control of everything. Far from taking off our sandals, today, we put them on and arm ourselves with all sorts of instruments to sift through any mystery. We want to know everything and explain it. The end result of this situation is a strong inclination to isolate holiness from the rest of existence. We build visible or invisible walls around the holy object or place. Rules are established limiting access at particular times to particular people. The etymology of the word ‘holy’ reinforces this attitude. In Hebrew ‘kadosh’ comes from a root meaning ‘separate, set apart’. We therefore have a tendency to isolate holiness.

Nonetheless, if we look closely at the Moses’ account, we see that the fire that attracts Moses is a fire unlike any other. It has a voice; otherwise, it would be an object and not a subject. This means that holiness is not an attribute of objects, but a relationship. Behind the experience of holiness is a personal God, a God who speaks and communicates. When Jesus tells us he is the way, the truth and the life, he is telling us that he is the true expression of God’s nature. Truth here means revelation, communication. Jesus is the Truth insofar as he is the revelation of the divine life that is communication at the core of the Trinity and he is the way whereby this life reaches us. Therefore, Christ comes towards us and calls us, each one by name, just like Moses. A name is not just a label, but represents our identity. It is also the expression of a relationship. The name given by God is a design, a mission. From the heart of the fire of his holiness, God calls Moses by name. This means that in entering into a relationship with the Lord, Moses will take a path whereby he will become fully himself and will discover his true countenance in that of God, in whose image he was created. Holiness is above all a relationship. God is by nature communication and relationship. To be holy is to be in the image of God, to be in a relationship.

Holiness, therefore, is not a separation or a withdrawal. The holiness of God compels him to come out of himself and seek relationships with those he created. God seeks to communicate his own holiness to those he meets. This is clearly seen in the Bible where the People of God are the bearers of his holiness. We too are bearers of this holiness. We may wish to uncover in what sense we live it in our relationships with one another and also in what sense we pass it on to the world that often wants nothing to do with it.

Mary’s experience
Let us go a bit further in the reflection. With Moses, holiness seems like an experience we can have. It is a coming up against a mysterious reality that pulls us away from our usual habits and leads us to discover a quite different reality. In the New Testament, we have a new experience: that of Mary at the Annunciation. With Moses, as with Mary, the encounter with the Divine Presence always proves perplexing and disruptive. Let us pay particular attention to a detail in this account. Whereas we expect the Divine Messenger to call Mary by name, as in the Moses’ account, we find instead, ‘Rejoice, so highly favoured! The Lord is with you.’ Mary is not called by name, but receives a new one: ‘highly favoured.’ There is a deepening in comparison to Moses. The call of God is seen here as a gift, the gift of a presence. Faced with Mary’s perplexity, the angel explains in what the gift of this presence consists. (Luke 1: 35). It is none other than the holiness of God, his breath of life, his Holy Spirit. There is quite a distance between Moses and Mary. For Moses, standing before the burning bush, holiness was an external reality for him. With Mary, holiness becomes a reality intrinsic to life. This inner presence is essential to the account: the fire of holiness rests on Mary in order to accomplish the promise and lead to the birth of another Holy One.

Holiness does not drop from the sky, nor is it a slavish imitation of an external model. It is made flesh as it was made flesh in Mary. Mary is not called as Moses was to undertake an activity, but to consent to what God would accomplish in her and by her. From then on, there is an open space that characterises her. This open space may be the fact of her humble social circumstances, but it is a necessary open space. Far from being an obstacle to the accomplishment of her vocation, it represents virgin territory where God may freely stroll. (Gen 3: 8). This is exactly what Jean Lacroix (1900-1986, a philosopher engaged in the ideas offered by personalism), spoke about in each person needing this open space, enabling divine light to stream in and without which we would be sightless. This open space is the opposite of the will to self-reliance, of independence vis-à-vis God that characterises humanity in Adam and Eve. This void enables God, but also others, my neighbour, to come into my life. Someone said that in any relationship there are three partners: you, me and the secret of each of us. I would rather say that it is you, me and the void in each one of us that enables encounter with the other person to take place. This is what Jean Lacroix writes, ‘In the Pantheon of Agrippa at Rome, the immense cupola has no keystone, just a central opening from which falls all the light to illumine the building. This is the same as our soul’s structure, like an incomplete edifice, relying, not on a fullness, but on an open space, a necessary void to allow divine light to pass through, without which our eyes would be completely unseeing and we would be unable to accomplish any task.’ Let us consider creation. It can be understood as a great act of humility on the part of God, who withdraws to leave room for his creatures within it. In the same way, we too need to make room for him, as well for all our brothers and sisters.

Mary’s holiness appears as a creative energy of communion. This communion with God has an unavoidable consequence in communion with others. Holiness cannot be reduced to the accomplishing of some mechanically performed actions. It is rooted in the heart, the unifying centre of the individual. From there, it is enabled to transform the fabric of existence, like a tree bears fruit. That is why in his teaching, Jesus seeks to affect the human heart, to awaken and instigate a ‘metanoia.’ The prime meaning of metanoia is not repentance or conversion, but a change in our way of thinking and acting. It is a reorienting of our being in the wake of a meeting with the Living God.

In the Greco-Roman world
In the ancient traditions, our elders had already perceived this and expressed it in the Delphic Oracle, ‘Know Thyself’, (VII c. BC). It was a spiritual precept before being a philosophical one. It is attributed to Socrates, (V-VI c. BC), but Socrates only gave it a philosophical meaning. It is a precept of prudence that demonstrates the danger for someone of taking the place of God, an invitation to acknowledge our mortality and not-God status, to avoid getting out of proportion. Human beings need to work on themselves to adapt to what is real, remaining humble before present ills, for the divinity does not tolerate anyone having thoughts of pride. The main causes of suffering, disorder and sin are the passions: inordinate desires, exaggerated fears, subjection to the cares of life, from which stems the need to know oneself. The road to holiness passes through self-knowledge, even self-understanding in today’s idiom. That is why the Delphic Oracle would be taken up by the monastic tradition, in the form of attention to self. Before dying, St Anthony (Egyptian anchorite, 251-356) said to his disciples, ‘Live each day as though you were to die in it.’ This attention to self is a concentration on the present moment that ought to be lived as though it were the first and the last. There, we have an echo of the Our Father. Did not someone say that holiness is awareness of the present moment? Unfortunately, we live in a world and in a culture that is unsatisfied with the present moment, that lives in frustration and imbalance because it continually denies the present. We are never in the present. God, however, has given us the present moment. Marcus Aurelius (Roman Emperor and philosopher, 121-180) advised acting, speaking and thinking as though someone who could bid life farewell within the hour. Attention to self resituates the person in its true essence, i.e., in its relation to God. It is a continual exercise of the presence of God. It is the sense of open space, the virgin territory already mentioned and where God can act. Porphyry (Syrian philosopher, who taught at Rome, 234-305), wrote, ‘In every action, every work, every word, let God be present as witness and guardian.’

Holiness can therefore be summarised as attentiveness to God and oneself that inevitably leads to attentiveness to others. Someone once said : “Take joy and rest in only one thing: proceed from one deed to another for others, while bringing God to mind. Bringing God to mind means always referring to God at every moment of our lives.” This is sanctity: live each moment as God’s moment. Reflect in our words, deeds and relations with others the thought of God; be those who continually keep their hearts open to the thought of God.’

Holiness is not a setting apart, but a communion, a creative communion. It is a call to abandon any form of self-sufficiency or despair, in order to enter into communion. Like a gentle breeze, holiness propels us on the pathways of the world as examples of never-ending forgiveness offered, just as it propelled the Apostles in the after-effects of Easter.

Didier Sawadogo

From Petit Echo n°994 2008/8