Missionnaires d'Afrique

Joseph Billaud M.Afr. Rwanda

Septuagénaire et toujours en Afrique

Les septuagénaires sont encore très nombreux en Afrique. À la seule Maison Lavigerie de Butare, dans notre équipe nous comptons un confrère de 77 ans, un autre de 74 ans et deux de 71 ans… et tous sont en activité. Chacun d’eux pourrait faire aussi un article sur ce qu’il fait, car chacun de nous a des occupations assez différentes.

Dans ma famille, je suis le plus jeune. Par réflexe, longtemps sur la route de la vie, j’ai classé les anciens bien loin devant moi, jusqu’au jour où j’ai réalisé que moi aussi j’étais entré dans le club des ‘vieux’. Si on se fait des illusions, il suffit d’ouvrir les oreilles pour entendre comment les gens vous saluent sur la route. Je suis classé parmi les « abasaza », les vieux (ce n’est pas péjoratif). Et si vous doutez encore, les confrères vous aident gentiment à prendre conscience de la réalité de votre âge !

Dans la vie de tous les jours à Butare, je me sens un padri heureux ! Après avoir vécu en paroisse les derniers événements du Rwanda, la Maison Lavigerie est un havre de paix ! Même si nous sommes au courant des problèmes actuels, nous n’en ressentons pas directement les effets. À ce titre, la Maison Lavigerie est la maison idéale pour les septuagénaires qui désirent rester encore au service de l’Église. Il y a également beaucoup de possibilités pour les plus jeunes.

Avec l’accord de l’évêque du lieu, je dirais que mon apostolat est un apostolat « à la carte » : quelques cours de religion dans les écoles secondaires, visites pour les sacrements dans un hôpital et un centre psychiatrique, messes ici et là pour des groupes scolaires et des congrégations religieuses, confessions, etc.

Les grands thèmes de la Société - Justice et Paix, Rencontre - je les découvre dans l’apostolat quotidien. Chaque semaine à l’hôpital, je mets les pieds dans la salle réservée aux prisonniers malades. Des hommes souvent âgés, condamnés à 15-20-30 ans, heureux de pouvoir dire un mot, faire une prière avec le prêtre. Il y a aussi la salle des tuberculeux, souvent jeunes, des sidéens. C’est un apostolat que des septuagénaires peuvent assumer.

Vu le manque de volontaires pour cet engagement, j’ai accepté d’être bénévole pour des cours de religion ici et là, ce qui me permet de rencontrer un certain nombre d’étudiants aux messes du dimanche. Des milieux très divers : enfants handicapés, orphelins du génocide : au début, j’avais une appréhension, en tant que Père Blanc, français de surcroît, mais partout l’accueil est bon.

Avec la multiplicité des sectes, il y a un travail extraordinaire à faire ! Hélas, en beaucoup d’endroits les cours de religion disparaissent. À l’Église de trouver une nouvelle façon d’évangéliser cette jeunesse.
Bref, il y a de quoi s’occuper, mais, il n’y a pas surcharge de travail. Que demander de mieux pour des septuagénaires, d’autant plus que notre vie communautaire est, disons, régulière. Nous sommes du même âge, du même style de formation ! Sans oublier d’ajouter que le climat du Rwanda est agréable pour des ‘anciens’.

Mes limites, oui, elles existent. Sur le plan physique, après avoir connu les collines élevées du Rwanda, je traîne un problème respiratoire. J’ai le souffle court pour marcher vite ou grimper et, bien sûr, quelques rhumatismes sournois.
En pastorale des jeunes, il est évident qu’un jeune aurait plus de dynamisme pour les animer, surtout en ce moment où les groupes évangélistes ne lésinent pas sur les moyens pour faire du bruit et recruter.

Quand me faudra-t-il rentrer ? En toute vérité, je n’en sens pas l’urgence pour le moment, mon travail me plaît et si je rentre, ce ne sera pas pour un engagement actif, mais comme d’autres j’irai sans doute dans une de nos maisons. Qui vivra verra. Gardons le moral.

Joseph Billaud (Butare)


Tiré du Petit Echo N° 1003 2009/7

 


 

Missionaries of Africa

Joseph Billaud
M.Afr. Rwanda


Over 70s in Africa


There are still very many septuagenarians in Africa. In Maison Lavigerie, Butare, alone, there is one confrere of 77, another of 74 and two of 71 in our community... and they are all active. Each of them could also write an article on what they do, as every one has his own quite separate occupations.

I am the youngest in my family. On reflex, throughout my life, I classed my elders as quite a bit ahead of me, till the day I realised that I too had joined the ‘seniors’ club. If anyone has any illusions about it, just listen to how the people greet you on the road. I am classed among the ‘abasaza’ the elders (it is not demeaning). If you are still deluded, the confreres gently help you to become aware of the reality of your age!

In everyday life at Butare, I feel contented as a padre. After having lived through the latest events in Rwanda, Maison Lavigerie is a haven of peace. Even if we are abreast of current problems, we do not feel the effects directly. In this respect, the Maison Lavigerie is an ideal place for septuagenarians who still want to be at the service of the Church in Rwanda. There are also lots of possibilities for younger confreres.

In agreement with the local bishop, I would say that my apostolate is ‘à la carte.’ I give a few courses in religion to secondary schools, visits to give the Sacraments to the sick in a hospital and a psychiatric centre, and celebrate Mass here and there for school groups and Sisters’ Congregations, Confessions, etc.

I come across the main themes of the Society, Justice and Peace, Encounter, in my daily apostolate. Every week at the hospital, I cross the threshold of the ward reserved for sick prisoners. These are often older men, condemned to 15-20-30 years, who are happy to be able to speak to or pray with the priest. There are also wards for those, frequently young, patients affected by tuberculosis, suffering from AIDS. This is an apostolate that a septuagenarian could easily shoulder.

In view of the lack of volunteers for the commitment, I accepted to offer myself for religious knowledge courses here and there, which enables me to meet with a certain number of students at Sunday Mass. They come from very diverse backgrounds: children with disabilities, genocide orphans. Initially, I was apprehensive both as a White Father and a Frenchman to boot. However, I was well-received everywhere. There is an extraordinary amount of work to be done in virtue of the large quantity of sects. Alas, in many places, religious knowledge courses are disappearing. It is up to the Church to find a new way of evangelising this generation of youth.

In short, there is plenty to do, but there is not an excessive load of work. What better could you ask for septuagenarians, all the more since our community life is, let’s say, regular. We are the same age, and the same type of Formation! We hasten to add that the climate of Rwanda is very agreeable for ‘elders’.

Admittedly, I have my limitations. Physically, after having experienced the high hills of Rwanda, I suffer from breathing problems. I am short of breath when I walk quickly or climb, and of course, some insidious rheumatism.

In pastoral activity with youth, it is clear that a young person would have more energy to provide input for them, especially at this time when Evangelist groups spare no expense on drumming up support for themselves and recruiting.

When would I have to return home? Quite frankly, I don’t feel the desperate need for the moment. I like my work and if I go home, it will not be for an active commitment, but, like others, I would probably go to one of our houses. What will be, will be. Let’s keep up our spirits.

Joseph Billaud (Butare)

From Petit Echo n° 1003 2009/7