Missionnaires d'Afrique

Albert Nyssens M.Afr. Belgique

Être missionnaire autrement

Après 13 ans comme vicaire dans la grande paroisse populaire du Christ-Roi, au centre de Kalemie, je suis nommé aumônier de l’hôpital de la Fomulac, à 50 km de Bukavu. J’y célèbre l’Eucharistie chaque matin et y rencontre les malades et le personnel: travailleurs et soignants, pendant la journée.

Mais autour du premier décembre 2006, un mal de dos très douloureux me terrasse. Les médecins sur place n’en découvrent pas la cause et ne peuvent m’aider. Une radiographie faite finalement à Bukavu, au terme d’un trajet pénible sur une mauvaise route, ne révèle rien. Je rentre donc à la Fomulac, mais lors d’un second voyage à Bukavu, mon retour au pays est décidé.

Le lendemain de mon arrivée à Bruxelles, j’entre à la clinique Europe-saint Michel, où commencent des examens divers et compliqués. Le diagnostic tombe après une semaine. Il s’agit d’un myélome nécessitant des rayons et une chimiothérapie. Cela durera des mois. En outre, port d’un corset, interdiction de déplacement en métro, tram et bus et recommandation de prudence car le dos est très fragile.

Après 3 semaines, je peux quitter la clinique et je suis nommé dans la communauté d’Evere. Dans une résidence d’environ 80 personnes âgées, une partie du 2e étage est réservée aux Missionnaires d’Afrique et un quartier du 3e étage aux Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique. Notre quartier étant complet, je reçois une chambre au 3e, tout en participant à la prière, aux repas et aux réunions communautaires des confrères. J’y réside maintenant depuis plus de deux ans. Nous sommes 14 confrères. Accueil cordial, attention et nombreux services mutuels. De mon côté, une certaine difficulté à m’intégrer, malgré le fait de connaître la majorité des membres. Eux ont tout fait pour m’apprivoiser, mais ma mentalité était et reste assez étrangère aux groupes malgré mon effort de rendre moi aussi quelques petits services et d’accepter les uns et les autres. D’où quelques heurts mineurs et une certaine réserve de ma part.

Depuis mon arrivée à Bruxelles, je suis émerveillé de l’accueil que j’ai reçu partout, à la Province, à la clinique pendant mes trois séjours et lors des visites mensuelles, à la résidence d’Evere, de la part des confrères, de la part de ma famille. Attention, services les plus divers. Et s’il y a un reproche à faire, c’est à moi : une certaine froideur, une apparente indifférence, malgré une profonde reconnaissance à tous et à toutes.

Le sens actuel de ma vie missionnaire? Continuité. Faire la volonté aimante de Dieu. Sauf illusion ou erreur de ma part, je n’ai jamais cherché, demandé ou refusé une nomination. Malgré plus de 50 ans de sacerdoce, mon retour en province ne s’était jamais posé jusqu’au jour où la maladie m’a forcé à quitter l’Afrique. Cela m’est apparu comme une nouvelle manifestation de la volonté du Seigneur, ce qui m’a donné de l’accepter sereinement. Le changement était énorme et l’adaptation à ma nouvelle situation, jusqu’à maintenant, me demande d’y voir la même volonté aimante de Dieu et d’être missionnaire autrement : par la prière, une certaine inactivité. C’est l’essentiel de ma vie spirituelle.

Déjà en Afrique, la prière avait une place dans ma vie, le matin et plus longuement dans la soirée. Mais elle a pris actuellement une plus grande place dans ma journée. De longs moments à la chapelle mais, je l’avoue, avec beaucoup d’absence à la présence du Seigneur. Elle pourrait se résumer par la strophe du Te Deum : « Dieu, nous t’adorons ; Père infiniment saint, Dieu de tendresse et de miséricorde, Fils éternel et bien-aimé, Jésus Sauveur, Esprit de puissance et de paix, qui habite en nos cœurs, Trinité Sainte, nous t’adorons. » Prière d’adoration, de louange et d’action de grâces, d’appel à la miséricorde et de demande. Prière vécue aussi dans l’Eucharistie, mais j’avoue rencontrer de la difficulté dans la célébration de l’Eucharistie depuis que je ne suis plus le célébrant principal. Il me faut faire un effort pour la vivre, même si c’est le moment de l’union la plus intense avec Jésus. J’avoue aussi beaucoup de faiblesse dans ma manière de prier Notre-Dame au cours de la récitation quotidienne du chapelet.

Au cours d’une pneumonie nécessitant deux séjours en clinique, j’ai vécu une sérieuse épreuve spirituelle. Pendant des semaines, nuit presque totale de la foi, du sens de Dieu, de la prière, avant une lente remontée. Des jours et des semaines passés sur mon lit, vidé, avec le soutien et la sollicitude de l’un ou l’autre confrère. Aujourd’hui, une grande reconnaissance à Dieu qui m’a remis debout et me garde dans son amour.

Mes antennes vers le monde : un journal télévisé dans la soirée et un journal de radio Vatican par jour ; de temps en temps aussi, un beau concert et une émission spéciale. Je tiens à rester ouvert à la vie du monde et de l’Église comme lorsque j’étais en Afrique. Pour cela, la lecture des documents de l’Église, du « Petit Écho » et des autres écrits de la Société. Un contact aussi avec l’Afrique en lisant chaque semaine « Jeune Afrique » et, sur un plan culturel plus général, je suis abonné à la revue « Études ». Mais je ne suis pas un fan des bandes dessinées Astérix et Obélix ! Des livres que j’ai lus depuis mon retour, et il y en a plusieurs. Je n’en citerai qu’un : « Joie de croire, joie de vivre » de François Varillon, que j’ai lu deux fois! Tout cela, bien sûr, quand ma santé me le permet.

Penser à la mort, à ma mort ? Pourquoi pas ? Y penser aujourd’hui, sans savoir si elle est plus ou moins proche ou éloignée. L’important est de me souvenir que Dieu m’aime. Alors, que craindre ? Bien sûr, je suis un fils prodigue comme tout le monde et la liturgie, surtout l’Eucharistie, m’invite à demander au Père, par Jésus, sa miséricorde. La prière des Complies, chaque soir, me fait reprendre les mots du vieillard Siméon et consentir à m’en aller en paix quand Il voudra.

Oui, Seigneur, notre part d’héritage, donne-nous de ne chercher qu’en Toi notre bonheur et d’attendre avec confiance, au-delà de la nuit de notre mort, la joie de vivre en ta présence, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen ! Alléluia ! (Complies du dimanche).

Albert Nyssens

Tiré du Petit Echo N° 1003 2009/7

 


 

Missionaries of Africa

Albert Nyssens M.Afr. Belgium


Being a Missionary in another way

After 13 years as a curate in the large working-class parish of Christ the King in the centre of Kalemie, I was appointed chaplain to the Fomulac Hospital, 50km from Bukavu. I celebrated the Eucharist there every morning and met the patients and staff, workers and carers, during rest of the day.

However, around the first of December 2006, I collapsed with very painful back pain. The doctors on the spot were unable to discover the cause and could not assist me. An eventual x-ray at Bukavu, after a very painful trip on a bad road, did not reveal anything abnormal. I therefore returned to Fomulac; however, during a second journey to Bukavu, my return home was decided.

The day after my arrival at Brussels, I was admitted to the Europe-Saint Michel Clinic, where they began various complicated tests. The diagnosis came out after a week. It was bone marrow disease, requiring radiation and chemotherapy. It would take months. Moreover, I had to wear a corset, and was forbidden to travel by metro, tram and bus. Caution was recommended, as the spine is very fragile.

After 3 weeks, I could leave the clinic and was appointed to the Evere community. In a residence for about 80 elderly people, a part of the 2nd floor is reserved to Missionaries of Africa and a quarter of the 3rd floor to Missionary Sisters of Our Lady of Africa. As our section was full, I received a room on the 3rd floor, while taking part in the prayer, meals and community meetings of the confreres. I have now been here for over two years. There are 14 confreres. There is an open and friendly atmosphere, attentiveness to one another and many opportunities for service between us. From my side, there was some difficulty integrating in spite of knowing the majority of the members. They have done everything to win me over, but my mentality was and remains quite alien to groups, in spite of my efforts to join in providing the little services and to accept the others. From this arose a few minor clashes and a certain distance on my part.

Since I arrived in Brussels, I am amazed at the welcome I received everywhere; at the Province, at the clinic during my three stays and during monthly visits, at the Evere Residence, from confreres and from my family. They have shown attentiveness and provided a broad range of services. If reproaches are to be made, they are to me; I manifest a certain attitude of coldness, a seeming indifference in spite of deep gratitude to each and every one.

What is the present meaning of my missionary life? Continuity, doing the loving will of God. Unless I am deluded or mistaken, I have never sought, requested or refused an appointment. In spite of over 50 years of priesthood, my return to the Province was not in question until the day my illness forced me to leave Africa. This appeared to me as a new demonstration of the will of the Lord, which enabled me to accept it serenely. The changeover was considerable and adapting to my new situation, up to now, has demanded of me to see in it the loving will of God and to be a missionary in another way: by prayer and a kind of inactivity. That is the core of my spiritual life.

Even in Africa, prayer held an important place in my life, notably in the morning and longer in the evening. At the moment, it has taken an even greater place in my daylight hours. I spend a long time in the chapel, but I must admit with lots of absent-mindedness in relation to the presence of the Lord. It could be summarised in the verse from the Te Deum: ‘We praise you, O God, Everlasting Father, all the world bows down before you, God of tenderness and mercy; Father, whose majesty is boundless; your true and only Son who is to be adored, the Holy Spirit sent to be our Advocate, Holy Trinity, we adore you.’ It is a prayer of adoration, praise and thanksgiving, a call to mercy and supplication. It is a prayer lived also in the Eucharist, but I confess having difficulty celebrating the Eucharist when I am no longer the main celebrant. I need to make an effort to live it, even if it is the most intense moment of communion with Jesus. I also find lots of failings in my way of praying to Our Lady in the daily recitation of the Rosary.

During a bout of pneumonia, requiring two periods in the clinic, I experienced serious spiritual trials. For weeks, there was almost a total dark night of faith, of the sense of God’s presence, and of prayer, before a slow recovery. I spent days and weeks on my bed, feeling depleted, with the support and concern of one or other confrere. Today, I have great gratitude to God, who put me back on my feet and keeps me in his love.

My outreach to the world: I have television news in the evening and Vatican Radio news bulletins in the day; from time to time also, there is a fine concert or a special broadcast. I want to remain open to the life of the world and the Church, just as I was in Africa. To do this, I read Church documents, the ‘Petit Echo’ and other writings of the Society.

I keep in touch with Africa by reading the weekly ‘Jeune Afrique’ and on a more general cultural level I subscribe to the review ‘Études’. However, I am not a fan of the Asterix and Obelix comic albums! Among several books I have read since my return is in particular, ‘Joie de croire, joie de vivre’ by François Varillon, which I have read twice! Naturally, I can do this when my health allows.

Contemplating death, my death? Why not? I think on it today, without knowing if it is near or far. What counts is to remember that God loves me. If so, what need I fear? Of course, I am a prodigal son, like everyone else, and the liturgy, especially the Eucharist, invites me to seek mercy from the Father through Jesus. The Night Prayer of Compline every evening leads me to repeat the words of aged Simeon and be content to be dismissed in peace when the Lord would wish.

‘Indeed, Lord, our inheritance, grant us to seek our happiness only in you and to wait with confidence on the other side of the night of our death for the joy of living in your presence, through Jesus, the Christ, our Lord, Amen. Alleluia!’ (Sunday Compline).

Albert Nyssen

From Petit Echo n° 1003 2009/7