Missionnaires d'Afrique

Regnier Pirard M.Afr. Belgique

Adopter la « divine douceur »

En méditant la Parole de Dieu, une pensée est montée dans mon cœur : « Si un événement te touche, ne le fuis pas. Crie ce qu’il éveille dans ton cœur: s’il te blesse, crie ta blessure, s’il t’exalte, crie ton ardeur, s’il te fait peur, alors et surtout crie. C’est à ce prix de vérité, ce prix d’humilité que tout homme naît à la vie et qu’il apprend, par ce cri, à devenir ce qu’il est : un être de communion. »

Mon état de malade, je le résumerai en deux mots : cardiaque et Parkinson. Le premier depuis 1984 et le second depuis 2005.

Ce que le premier éveilla dans mon cœur : angoisse et repli sur ma souffrance à la manière d’un escargot qui rentre dans sa coquille… À ma sortie d’hôpital le 4 décembre 1984, on m’a conduit à Heusy pour y passer ma convalescence. Un confrère que je connaissais très bien m’offrit un petit livre de Maurice Bellet : « L’épreuve, ou le tout petit livre de la divine douceur ».

En le lisant par petites tranches, je me suis bagarré avec « la divine douceur » !
Cette expression « la divine douceur » se manifestait dans l’une ou l’autre personne venue me rendre visite et par elle, j’entendais Jésus me dire : « Viens à Moi, je te donnerai le repos car Je suis doux et humble de cœur ». Je suis allé Lui dire mes angoisses, les faiblesses de corps et d’âme que j’essayais de cacher. J’ai trouvé l’audace de Lui parler avec des mots familiers et ainsi être capable de communion.

J’ai pris conscience que mon apostolat serait dorénavant celui d’écouter les personnes que je rencontrerais. C’est une expérience captivante, mais qui demande pas mal de renoncement.

Passons au second temps : mon expérience de malade « Parkinsonien ». Cet état m’obligea à renoncer à toute activité dans la pastorale en paroisse car je ne pouvais plus conduire une voiture ni me tenir debout à l’autel vu que j’avais la sensation d’être sur un bateau qui tangue, alors que, extérieurement, je paraissais calme. Ayant écrit à une grande amie pour lui annoncer ce nouvel état de santé, elle m’envoya une prière pour me souhaiter bon anniversaire le 21 août…

Cette prière fut trouvée sur Odette, petite sœur du Sacré-Cœur, tuée à Alger le 10 novembre 1995. Cette prière commence par ces mots : « Vis le jour d’aujourd’hui, Dieu te le donne, il est à toi. Demain est à Dieu, remets-le Lui ». Elle se termine ainsi : « Le moment présent est une frêle passerelle : si tu la charges des regrets d’hier et de l’inquiétude de demain, la passerelle cède et tu perds pied. Le passé ? Dieu le pardonne. L’avenir ? Dieu le donne. Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec Lui. »

Tous ces gestes d’amitié reçus ont changé ma façon de prier et ma façon d’écouter les autres.
Pour moi, être missionnaire c’est laisser la divine douceur pénétrer dans tout mon être, mais aussi être attentif à ce qu’elle produit chez tous ceux et celles qu’il m’est donné de rencontrer.

Pour terminer, je formule un souhait : que nos communautés soient des lieux où la divine douceur puisse être perçue, des communautés où le pardon est vécu dans le concret et où l’avenir est un don à accueillir. Enfin qu’elles soient des lieux où le rayonnement de Jésus doux et humble de cœur rapproche les cœurs.

Regnier Pirard

Tiré du Petit Echo N° 1003 2009/7

 


 

Missionaries of Africa

Regnier Pirard M.Afr. Belgium


Adopting ‘divine gentleness’

While meditating on the Word of God, an idea arose in my mind: ‘If an event touches you, don’t run from it. Cry out whatever it stirs in your heart; if it hurts, cry out with hurt; if it thrills you, cry out with glee; if it makes you afraid, then above all do not hesitate to cry out. It is at this price of truth, this cost of humility that everyone is born to life and that they learn by this outcry to become what they are: human beings in communion.’

I can summarise my illness in two words: cardiac and Parkinson’s; the first since 1984, the second since 2005.
The first affliction stirred anguish in me and withdrawal into my suffering, like a snail retreating into its shell. On leaving hospital on the 4th December 1984, I was taken to Heusy to spend my convalescence there. A confrere I knew very well offered me a small book by Maurice Bellet entitled, ‘Trials, or the little booklet of divine gentleness.’
Reading it in small doses, I fought with ‘divine gentleness’!

This expression ‘divine gentleness’ was visible in one or other person who came to visit me; through it, I heard Jesus tell me, ‘Come to Me, I will give you rest, for I am gentle and humble of heart.’ I went to tell Him all my anxieties, the weaknesses of my body and soul that I was trying to hide. I had the nerve to speak to Him with familiar words and thus to become capable of communion.

I became aware that my apostolate from then on would be one of listening to the people I would meet. It is a captivating experience, but which demands quite a lot of self-sacrifice.

Let us now pass to the second phase: my experience with Parkinson’s. This condition obliged me to give up any pastoral activity in the parish as I could not drive a car or stand at the altar. I had the impression of being on board a pitching deck, whereas I appeared stable. After writing to a very close friend to tell her of this new health condition, she sent me a prayer to wish me a Happy Birthday on the 21st August. This prayer was found on Odette, a Little Sister of the Sacred Heart, killed at Algiers on the 10th December 1995. It begins with the words, ‘Live this day today, God grants it to you, it is yours…Tomorrow is God’s, leave it to him.’ It finishes like this, ‘The present moment is a fragile footbridge: if you load it with yesterday’s regrets and tomorrow’s worries, the footbridge will give way and you will fall. The past? God will forgive. The future? God gives it. Live this day today in communion with Him.’

All these signs of friendship have changed my way of praying and my way of listening to others.
For me, to be a missionary is to let divine gentleness penetrate every fibre of my being, but also to be attentive to what effect it has on all those I am given to meet.

In conclusion, I would formulate a hope: that our communities become places where divine gentleness may be visible, communities where forgiveness is lived in concrete terms and where the future is a gift to welcome. Finally, may they be places where the radiance of Jesus, gentle and humble in heart, may bring hearts together.

Regnier Pirard

From Petit Echo n° 1003 2009/7