Missionnaires d'Afrique
Formation permanente

Session des confrères en deuxième terme de mission

Bujumbura (Burundi) - du 25 mai au 14 juin 2008

Chaque année, la Société des Missionnaires d'Afrique organise une rencontre à l'intention des confrères qui ont entre 4 et 6 ans d'ordination ou de Serment Missionnaire. Cette rencontre se fait tantôt en anglais tantôt en français. Cette année, c'est la Province d'Afrique Centrale (PAC) et d'une façon particulière, le Burundi, qui a eu l'honneur d'héberger la Rencontre des confrères en second terme de Mission.

Les participants au nombre de huit,
originaires du Burkina Faso Romaric Bationo, Timothée Bationo, Michel Sanou, Roger Ouédraogo et Olivier Tienana Soma,
du Congo : Jean Chrysostome Kamango et Gilbert Bujiriri
et du Malawi : Edmond Banda
avaient comme animateurs, Dominic Apée, Ghanéen, Assistant Provincial de la PAC et Salvador Munoz, Mexicain en mission à Bunia, au Congo.
Les huit participants sont venus de huit pays différents d'Afrique où ils sont en mission : RD Congo, Rwanda, Burundi, Zambie, Mozambique, Malawi, Nigeria et Mali.

.

On peut se demander pourquoi la Société se donne tant de mal pour rassembler des confrères d'horizons si divers et venant de si loin. A ce propos, dans sa lettre adressée aux participants au nom du Conseil Général, Georges Jacques écrivait ceci : " Ce n'est nullement à un temps de vacances ou à une retraite à laquelle vous êtes invités, ni non plus à une session de formation (…) Cette rencontre est plutôt à considérer comme un arrêt autour de l'arbre à palabre où la sagesse de quelques anciens se conjuguera avec l'expérience nouvelle des plus jeunes. " Le centre " Reine de la Confiance " de Bujumbura, à proximité du sanctuaire marial du Mont Sion, tenu par les Missionnaires de Schoenstatt, a été cet " arbre à palabre " autour duquel nous nous sommes arrêtés, du 25 mai au 14 juin 2008.

Avant d'aller au Burundi, plusieurs d'entre nous avaient des appréhensions quant à la situation sécuritaire précaire qui prévaut dans ce pays depuis plusieurs années. Mais, à part les échanges de tirs qui ont donné quelque frayeur à certains dans la première nuit de notre arrivée, le reste du temps, nous nous sommes sentis en sécurité. D'ailleurs, c'est au cours de notre séjour (mais nous n'y sommes pour rien !) que le chef du dernier mouvement rebelle (FNL), Agathon Rwasa est rentré au pays, après 20 ans d'exil. Un signe peut être que les gens sont fatigués de la guerre et voudraient désormais vaquer à la reconstruction et au développement de ce beau pays avec tant de potentialités.

Notre confrère, Mgr Willy Ngumbi, évêque de Kindu, a présidé l'Eucharistie d'ouverture de notre rencontre. Dans son homélie, il nous a plutôt partagé ce qu'il a vécu avant, pendant et après son ordination épiscopale en juillet 2007. Tel un " grand frère " à ses " petits frères ", Mgr Willy nous a enrichis par ses expériences qui se résumaient en trois mots : confiance, obéissance et acceptation de ses faiblesses.

Forts de ce partage, notre première semaine pouvait commencer par l'écoute et le partage de nos diverses expériences. Le fait que plusieurs d'entre nous se connaissaient déjà, a permis de très vite créer un climat de confiance où chacun pouvait librement partager ses joies, ses succès, ses raisons d'espérer mais aussi ses échecs, ses frustrations, ses blessures, ses peurs et ses déceptions au cours des années de mission écoulées. Dans les moments difficiles, la prière et la communauté ont souvent été ces lieux où nous avons puisé force, réconfort et soutien pour pouvoir continuer la marche. Ce temps de partage d'expériences a pris toute la première semaine tant il s'est avéré très enrichissant. Il s'est même poursuivi spontanément entre l'un ou l'autre confrère qui sentaient le besoin d'approfondir telle ou telle expérience et cela, tout au long de la rencontre.

En plus du partage d'expériences qui constituait le " gros morceau " de notre rencontre, nous avons également eu l'occasion de nous ouvrir à d'autres expériences missionnaires.

Ainsi, Sean O'Leary, un confrère de l'Afrique du Sud, nous a aidés à avoir un regard et des attitudes qui favorisent la justice, la paix, la réconciliation et le pardon au niveau de nos paroisses et de nos communautés.

Dans cette même optique, une femme de renommée internationale, Maggi Barankitse, burundaise, laïque Engagée, auteur du livre " la haine n'aura pas le dernier mot ", nous a parlé de sa mission de réconciliation au milieu de ses frères et sœurs du Burundi. Pour elle, cette mission s'enracine dans sa propre expérience comme chrétienne et burundaise ayant été d'une part, témoin de massacres et d'autre part, ayant perdu environ une soixantaine de membres de sa famille. A travers le projet de la " Maison Shalom ", qui unit et rassemble des orphelins, des anciens enfants soldats, des traumatisés, des malades et toutes sortes de personnes vulnérables au-delà des clichés liés aux appartenances ethniques, sociales et politiques, Maggi veut prêcher par des actes concrets et visibles l'évangile de la réconciliation. " Les gens n'ont rien compris de la première évangélisation " soutient-elle. L'heure est venue, à son avis, d'entreprendre une nouvelle évangélisation afin d'aider à sortir le pays de l'engrenage de la violence et de la haine. Et nous comme Missionnaires d'Afrique, quel rôle pouvons-nous jouer dans cette nouvelle évangélisation ? Quelles sont les attentes des Eglises locales sur un Missionnaire aujourd'hui ?

Pendant toute une matinée, cette question a été l'objet d'un échange avec Mgr Stanislas Kaburungu, Evêque émérite de Ngozi (Burundi). En partant des défis qui étaient ceux des Missionnaires au 20eme siècle et en tenant compte des défis des Eglises locales en ce 21eme siècle, un des lieux selon lui, où les Missionnaires pourraient apporter une contribution précieuse, serait la Réconciliation. En effet, précise-t-il, " il y a des choses dont seuls les Pères Blancs sont capables pour la Réconciliation ", faisant ainsi allusion au récent article de Stefaan Minnaert (Cf. Petit Echo n°991) et des documents d'archives qui devront aider à éclairer des pages d'histoire dans certains pays. Toujours, de l'avis de " cette bibliothèque vivante ", la mission aujourd'hui et demain exigera beaucoup plus de patience pour que l'évangélisation et la conversion se fassent en profondeur. " Nous ne ferons plus des choses spectaculaires " (allusion aux fruits de la première évangélisation avec ses conversions en masse, ses martyrs (Uganda), ses premiers prêtres et évêques africains). En revanche, " nous aurons à faire des petits pas et d'une façon pénible. "


Ces " petits pas " dans la mission, nous les avons vus dans l'engagement de deux confrères au Burundi. Il s'agit d'Armand Galay, directeur de " Nouvelle Espérance ", un centre qui accueille et assure une prise en charge globale des personnes (surtout les plus pauvres) vivant avec le V.I.H Sida. Alors qu'Armand se laisse quotidiennement touché par les malades physiques, son confrère (et notre confrère), Elias Mwebembezi, est lui, interpellé par la marginalisation des Batwa, un groupe social minoritaire au Burundi. A travers l'amélioration de leur habitat, la scolarisation des enfants, les dispensaires, le petit élevage, l'agriculture et l'éveil aux droits fondamentaux, Elias fait ses " petits pas " non sans peine, vers l'intégration sociale, économique et politique d'une catégorie de la population burundaise que l'histoire et la culture ont abandonné à la marge de la société. Quelle ne fut notre fierté de voir ces deux confrères à l'œuvre, très à l'aise avec ceux vers qui ils sont envoyés et convaincus dans la mission qui leur est confiée.

Après cette " expérience d'immersion ", il fallait passer du " faire " dans la mission à l'être même du missionnaire. Guido Stuer un confrère de la Zambie, est venu attirer notre attention sur la maladie de l'alcool qui peut guetter le missionnaire et ruiner sa vie. Il en a personnellement souffert et si Dieu l'a aidé à s'en sortir c'est pour qu'il en témoigne afin que d'autres ne tombent pas dans le même piège que lui. Un autre défi non moins important et qui engage le missionnaire dans son intimité, est celui de l'intégration de sa sexualité et de son affectivité. C'est à cette tâche complexe que la Sr Jeanne Bashige, congolaise, de la congrégation de la Sainte Famille d'Helmet, s'est attelée. Il s'agissait de nous aider à prendre davantage conscience de notre identité psycho sexuelle et à plus de cohérence dans le choix du célibat consacré.

La rencontre de Bujumbura des confrères de second terme, avec tout ce qu'elle nous a apporté humainement, spirituellement, culturellement et intellectuellement, restera pour nous un tournant important qui nous aidera à vivre mieux la mission là où serons. C'est pourquoi, nous ne pouvons pas ne pas exprimer ici notre profonde gratitude au Conseil Général qui nous a donné cette occasion unique de rencontre et de partage.

Nos remerciements vont également à nos animateurs (Dominic Apée et Salvador Munoz) pour leur disponibilité, leur ouverture et leur simplicité, aux confrères du Burundi pour l'accueil fraternel et chaleureux reçu dans toutes les communautés où nous sommes passés, aux personnes ressources qui nous ont enrichis de leurs expériences et enfin à Roger Ouédraogo qui était à la fois participant et " homme de tous les services ". Toutes ces personnes susmentionnées et bien d'autres qui ne sont pas nommées ici, ont contribué à ce que cette Rencontre de Bujumbura soit cet arrêt qui renforce le sens que nous voulons donner à notre vie en tant que Missionnaires d'Afrique du 21eme siècle.

Au nom de tous les confrères qui ont participé à la Rencontre second terme de Bujumbura,

Olivier Tienana SOMA, M.afr

Photos et leur présentation de Salvador Munoz

En Français
In English