STE-ANNE, JÉRUSALEM

Thomas Bahmer M.Afr.

 

« Pardon, mais…
qui c’était Jésus ? »

Tout à tous ! Et ‘tous’ c’est 1000 pèlerins par jour

Je lis sur la lettre du Conseil Général : « Tu es nommé pour le dialogue. » Et les confrères de Jérusalem m’ont accueilli en disant : « Tu trouveras bien ton chemin. » J’arrivais dans la vieille ville de Jérusalem, à notre maison de Sainte-Anne, dans le quartier musulman près de la Porte du Lion, la Porte Notre-Dame comme on la connaissait encore il y a 50 ans.

Je n’arrivais pas avec les yeux d’un ‘nouveau’ puisque c’est à Sainte-Anne que j’avais fait mes deux ans de stage. Ce fut une expérience riche, dé­stabilisante, difficile et fascinante. C’était pendant l’année du grand Jubilé de l’an 2000, l’année où Jean-Paul II en pèlerinage avait apporté tant de joie et d’espérance, l’année où la deuxième intifada avait débuté avec son lot de souffrance et de mort.

Le temps ? « Qu’est-ce que la vérité ? »
La vie ne change pas beaucoup dans cette ville de 2000 ans. Les pèlerins sont de retour, par millions ! La Terre Sainte affiche « Complet » jusqu’à Noël annonce fièrement le ministère du tourisme. Oui, ils sont de retour : en revenant de célébrer l’Eucharistie au Carmel ce matin, je vois environ 15 cars de touriste stationnés près du Mont des Oliviers. La Via Dolorosa et les étroites ruelles des environs sont pleines de visiteurs. Ils chantent, ils prient et ils achètent des souvenirs. Le Saint Sépulcre (aussi appelé basilique de la Résurrection) est plein jusqu’à sa fermeture, tard le soir.

Le saint mois du Ramadan approche. On sent une attente dans l’air ambiant. Les préparatifs se font sur des rues aux décorations multicolores. Mais il y a plus encore car nous sommes en pleines fêtes juives du Rash Hashana, Yom Kippur et Succot. Cette année, nous dit-on, il y aura sur la place de la Commune, une tente faite entièrement de bonbons. Qu’en diraient les Scribes et les Pharisiens ?

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«Là où est née Marie, la mère de Jésus.» Quand naît un enfant, la première à être fêtée,
c’est la maman. «Hannah, nos félicitations !»

Au milieu du brouhaha, Sainte-Anne
Ce qui attire à Sainte-Anne, ce sont les ‘piscines’ de Béthesda et ‘le lieu de la naissance de Marie’. On y trouve d’importants vestiges archéologiques et une splendide basilique romane. C’est un lieu de pèlerinage pour les chrétiens de toutes les dénominations. Ils viennent voir, toucher, prier. Ils veulent chanter dans la basilique, célèbre pour son acoustique. Ils veulent ramener à la maison des souvenirs à partager avec ceux et celles qu’ils aiment.

La pastorale des pèlerins
Comme le confrère chargé de l’accueil des pèlerins est en congé, on me demande de le remplacer pour quelques semaines. J’accepte. Je dois ouvrir les portes de la basilique à 6 heures du matin, allumer les cierges, faire un tour dans la crypte de Notre-Dame. Je profite du silence et de la paix de cette heure matinale. Dès 6 h 30, la communauté se réunit pour les laudes et la célébration de l’Eucharistie. J’aime notre liturgie, simple et solennelle, bien préparé, où participent les confrères, les neuf candidats du petit groupe de formation et les Sœurs de l’Œuvre.


Thomas Bahmer (ici en gandoura) pour l’accueil
sur le site de Ste-Anne de plus de 1 000 pèlerins par jour.

À 8 heures, les premiers pèlerins arrivent. Je prépare la messe dans la basilique pour un évêque italien qui accompagne 80 de ses diocésains. En même temps, 20 Américains célébreront la messe dans la crypte. « Auriez-vous un missel en anglais ? » - « Oui, bien sûr, et aussi en polonais, néerlandais, espagnol, italien, allemand, arabe, hébreu et même… français. » Mais on aurait besoin d’ajouter d’autres langues !
« Pouvons-nous venir pour chanter les vêpres, dimanche à 20 heures, avec 40 pèlerins ? » - « Bienvenue ! » - « Demain matin, serait-il possible d’accueillir 350 pèlerins pour une heure de louage et de méditation. » - « Oui, c’est possible mais il n’y a que 200 places assises dans la basilique. » - « Nous allons nous asseoir par terre ou mieux, nous allons rester debout et danser. » Parlant de danse, je revois 100 Nigérians, en grands boubous colorés, et visiblement joyeux d’être à Jérusalem. Ils dansent. Ils chantent. Et quelques instants plus tard, je les vois allonger sur le sol de la basilique, parlant en langues. Alléluia ! D’autres pèlerins d’Italie et d’Espagne leur jettent un regard étonné et finalement participent à la joie générale. C’est l’Église de Dieu, n’est-ce pas ? Alors, Église, chante plus fort tes alléluias !

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Étudiants et stagiaires MAfr assistent Roger Merceron, Michel Lavoie et Thomas Bahmer

Un groupe de Français demandent s’ils peuvent revenir vers le soir pour une célébration de la réconciliation. « Auriez-vous quelques prêtres qui pourraient entendre les confessions de 60 fidèles ? » - « Oui, nous sommes au service des pèlerins. » Un groupe d’Afrique du Sud au nom surprenant d’Electric Ministries vient prier à Sainte-Anne et me demande de bénir quelques chapelets.

« Qui c’était, Jésus ? »
Ainsi, plusieurs demandent une prière, une bénédiction, un entretien. Un couple a fait un long voyage à Jérusalem suite au suicide de leur fille : « Nous aimerions lui dire au revoir, nous réconcilier, trouver la paix. » Une adolescente d’environ 14 ans m’interrompt : « Puis-je poser une question ? Jésus, qui c’était ? » Elle ne blague pas. Sa question est sérieuse. Elle me permet d’initier un ‘dialogue missionnaire’. Le petit Joachim vient de Paris avec sa mère. Depuis qu’il est à Jérusalem, il n’a qu’une idée en tête, trouver une image de son patron, saint Joachim. Je lui montre dans la crypte l’icône russe La naissance de Marie. Les voici tous nos saints patrons : la maman Anne, la petite fille Marie et le paterfamilias Joachim. Le petit Joachim de Paris est au comble du bonheur. Son pèlerinage est réussi !

Des Palestiniens chrétiens
Voici une famille de Palestiniens chrétiens du village de Bir Zeit, à 20 km au nord de Jérusalem, dans les territoires occupés. De nos jours, c’est vraiment loin de Jérusalem. En leur souhaitant la bienvenue, je vois la joie qu’ils ont d’avoir pu atteindre Jérusalem. Ils montrent le visa reçu de la police : « Mon Père, regardez, on nous a donné une permission de deux jours de visite ! » Ils me racontent le cauchemar qu’est ce voyage avec 4 check-points à franchir. Trois heures pour ces 20 km. Mais tout est oublié parce qu’ils ont réussi. Alléluia ! Ils me demandent de les prendre en photo pour qu’ils puissent le montrer à la maison.

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La basilique est l'œuvre des Croisés du XIIe s. La piscine aux cinq portiques de l’évangile de Jean, était située à côté de bassins réputés curatifs où Jésus guérit un paralytique.

Nous prions ensemble.
C’est la Terre Sainte… avec ses injustices, ses tensions, ses problèmes sans solution. C’est la Terre Sainte… où Jésus est né, où il a vécu, où il a pleuré sur Jérusalem. La Terre Sainte… où il est mort et ressuscité. Où il a pu dire à ses disciples de ne pas perdre espoir, de prier en tout temps, où il leur a promis d’être avec eux, avec nous, pour toujours, jusqu’à la fin du monde.

Qu’est-ce qu’une église ?
InterieurÀ 11 heures, nous avons déjà reçu 500 visiteurs, venus seuls ou en groupe. J’ai été heureux de rencontrer des Tanzaniens. Il y avait aussi des pèlerins de Singapour et de Taïwan, un groupe important de catéchistes de Corée, la chorale épiscopalienne de Los Angeles, USA, une troupe d’acteurs du Théâtre national de Tel-Aviv. Américains, Jamaïquains, Polonais, Ivoiriens, Ukrainiens… voilà le peuple de la Pentecôte.
Comme beaucoup demandent le sacrement de la réconciliation, les confrères sont toujours disponibles. Il y aura aussi une messe à midi pour 100 pèlerins irlandais. Dans l’après-midi, une soprano du Metropolitan Opera de New York se présente avec une harpe. « J’aimerais chanter quelque chose. Est-ce possible ? » - « Oui. Venez. » Et comme elle chante ! Le ciel s’ouvre et nous restons bouche bée. Dieu est grand. Alléluia ! Je rencontre ensuite une dame musulmane de Bethléem. En voyant les cierges sur l’autel, elle me dit : « Mais qu’est-ce qu’une église ? ». Elle me présente sa sœur et son fils.

Les musulmans ‘là où Mariam est née’
Des musulmans visitent la crypte parce que c’est là qu’est née Mariam la mère de Issa. Les confrères pensent à développer quelques aspects de la pastorale du pèlerinage. L’adoration et la louange, l’animation missionnaire, l’évangélisation… mais aussi un lieu de rencontre entre chrétiens et musulmans. Nous verrons, inch’Allah ! Déjà 5 heures du soir. Environ 1000 pèlerins accueillis. Nous recommencerons demain et après-demain… en attendant la prochaine crise qui tarira le nombre des visiteurs. Mais nous vivons dans l’espérance, n’est-ce pas ? Les pèlerins reviendront à la recherche de la paix. Shalom. Salaam. Amani. Paix. Pace. Paz. Peace. Mir. Pokój. Frieden. Alléluia?!

Thomas Bahmer


 


 

ST. ANNE’S, JERUSALEM


Thomas Bahmer M.Afr.

‘Sorry, who was Jesus?’
‘All things to All people’
where ‘All’ is 1000 pilgrims a day!

‘You are appointed for dialogue’, reads the General Council’s letter. ‘You will find your way’, say the confreres upon my arrival in Jerusalem’s Old City, in our community at St. Anne’s in the Muslim quarter, near the Lion’s Gate (or ‘Our Lady’s Gate’, as it was still called only 50 years ago.)
Well, it’s not my first time here encircled by the ancient walls. Two years of ‘stage’ had already provided a rich, disturbing, conflicting, fascinating experience of this City: the Great Jubilee Year, with the historic pilgrimage of Pope John Paul II, had brought so much joy and hope, and the beginning of the second ‘Intifada’ so much suffering and death.

What is time? ‘What is truth?’
Reality does not change much in this city, not in 2,000 years. The pilgrims are back, millions of them! The Holy Land is ‘fully booked’ till Christmas, rejoices the Ministry of Tourism. Yes, they are back. While I am returning from Mass at the Carmel in the morning, about 15 tour coaches are already lined up along the slopes of the Mount of Olives. The Via Dolorosa and the narrow alleyways surrounding it are crowded with visitors, praying, singing, shopping. The enormous edifice of the Church of the Resurrection (or ‘Holy Sepulchre’) is packed with pilgrims till late at night.

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‘Where Mary the Mother of Jesus was born.’ When a child is born, the first to be congratulated is the mother. ‘Hannah, we congratulate you!’

The holy month of Ramadan is approaching, you can feel it: something is in the air. Anticipation, preparations, colourful decorations in the streets. Even more is in the air: it’s the Jewish festive season as well, with Rosh Hashanah, Yom Kippur, Succoth. This year, so we learn, there will be a ‘tent’ in Municipality Square made entirely of sugar. What would the Pharisees and Scribes say about this?
In the midst of it all, there is St. Anne’s.

The Pool of Bethesda and Mary’s birthplace form impressive archaeological excavations and a splendid Romanesque basilica. They are pilgrimage sites very dear to Christians of all denominations, holy places important for Muslims and Jews alike. They want to see, touch and pray. They want to sing in the Basilica, famous for its acoustics and carry home some memories from these places, remember and share them with their loved ones.


The confreres at St. Anne’s receive 1000 pilgrims a day. Thomas Bahmer (in gandourah)

Pastoral activity for pilgrims
Our confrere in charge of pastoral activity for pilgrims goes for his well-deserved home leave, after many months of faithful service. ‘So, could you replace him for some weeks?’ – ‘Yes, of course.’ I open the Basilica doors at about 6 in the morning, light the candles, do a first tour through the Crypt of Our Lady, enjoying the silence and peace of the early morning hours. The community comes for Lauds at 6:30am, followed by the celebration of the Holy Eucharist. I like our liturgies, simple but solemn, well prepared with the assistance of our dear Sisters of The Work and the nine young MAfr candidates in our Small Formation Group. At 8am, the first pilgrims arrive. Prepare for a Mass with a bishop from Italy, who comes with 80 pilgrims. At the same time, 20 Americans will celebrate the Eucharist in the Crypt. ‘Would you have a missal in English?’ – ‘Of course we have, as well as Polish, Dutch, Spanish, Italian, German, Arabic and Hebrew , not forgetting French.’ Some more languages would be needed, though.

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Candidates and stagiaires work alongside Thomas Bahmer, Michel Lavoie and Roger Merceron.

‘Can we have Vespers on Sunday night at 8pm, with 40 pilgrims?’ – ‘You are welcome.’ – ‘How about an hour of praise and meditation next month? We shall be 350 pilgrims’ – ‘Of course you can, but we can seat only 200.’ – ‘It doesn’t matter, they can sit on the floor, or perhaps dance instead.’ - Apropos dancing: I welcome 100 Nigerians, dressed in brilliant colours and very happy to be here. They dance and sing; shortly afterwards, I find them lying on the Basilica floor, speaking in tongues. Hallelujah! Meanwhile, pilgrims from Italy and Spain are filing in, looking on in amazement. Well, all this is God’s Church, isn’t it? Church, do I hear Hallelujah?

A group from France asks for a Penitential Service later today. ‘Could you provide some Fathers to administer the Sacrament of Reconciliation to these 60 people?’ – ‘Sure we can. At your service!’ Electric Ministries from South Africa hold a healing prayer in the Basilica, and afterwards I am asked to bless some of their Rosaries.

Who was Jesus?
So many ask us to pray together with them, for a blessing, for a talk. A couple travelled from far. They have lost their daughter - a suicide. ‘We have come here to say good-bye, to reconcile and to find peace.’ A young girl, about 14 years old asks, ‘Sorry, can I ask you something? - Who was Jesus?’ She is serious about this, and, so I believe this is indeed a good starter for a missionary encounter. Little Joachim has come from Paris, together with his Mum. In all of Jerusalem, he has been searching for an image of St. Joachim; here in St. Anne’s he will find it. I show him our Russian icon ‘Birth of Mary’, down in the Crypt. Here we see them all: St. Anne, St. Mary as a baby girl, and moreover St. Joachim! Little Joachim from Paris is overjoyed. His pilgrimage is now a success.

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The Basilica is the work of 12th century Crusaders. The Pool of the Five Porticos at the time of Jesus was beside some reputedly miraculous baths, where Jesus cured the paralytic.

Palestinian Christians
A family of Palestinian Christians from the village of Bir Zeit, just 20 km north of Jerusalem in the Occupied Territories, so near and yet so far these days. I welcome them, they are so proud and happy to have made it to Jerusalem. They show me their Visitor Permit from the police: ‘Look Father, we were allowed in for two days!’ They tell me about their journey, a nightmare with 4 checkpoints on the way, three hours for 20 km. However, all that is forgotten now, because they have made it. Hallelujah! We pray together, and they take pictures to show to those back home.

This is the Holy Land, so much injustice, so much tension, so many questions and hardly any solutions. Yet, this is the Holy Land, where He was born, where He lived and wept over this city of Jerusalem, and where He died and rose from the dead. In addition, He told His followers not to lose hope, to pray at all times, and that He would be with them, with us, always, till the end of time.

What is a church?
InsideBy 11am, we had about 500 visitors, in groups and as individuals. I was happy to meet some Tanzanians earlier this morning. We welcomed pilgrims from Singapore and Taiwan, a large group of catechists from Korea, the Episcopalian Choir of Los Angeles, a group of actors from the National Theatre in Tel Aviv; pilgrims from America and Jamaica, Ivory Coast and Poland, many from the Ukraine these days, and from all the countries of good old Europe. There are always requests for the Sacrament of Reconciliation and we are prepared for it. Another Mass is booked for noon, and about 100 Irish pilgrims are expected later today for their Eucharist. In the afternoon, a lady from New York Opera drops in, a soprano, and she brought along a harp. ‘May I sing something?’ – ‘Sure, you may.’ And how she sings! Heaven is open, and we all stand in silence, admiration and awe. God is great, hallelujah! I meet a Muslim woman from Bethlehem, admiring the candles on the altar. I greet her and she asks me, ‘What is a church?’ We have a nice chat, and she introduces me to her sister and son, who accompany her.

Muslims and the birthplace of ‘Miriam’
The Crypt is dear to Muslims as well, the birthplace of ‘Miriam’. These days, we are considering some additional aspects for our pastoral activity: adoration, missionary promotion, new ways of evangelisation and platforms for encounter, including pilgrims meeting local Christians or learning something about Islam. We shall see, insh’allah.

We close at 5pm, the Basilica having received about 1000 pilgrims. It will be about the same number tomorrow, and after tomorrow, until the next crisis arises. We are used to that, unfortunately, but we do not lose hope. They will come back. They always do. Shalom. Salaam. Amani. Paix. Pace. Paz. Peace. Mir. Pokój. Frieden. Hallelujah!

Thomas Bahmer