Missionaires d'Afrique
Rome Synode
CHRONIQUE SYNODALE. N°1
par Mgr Claude Rault.
Evêque de Laghouat-Ghardaia.
Délégué de la CERNA pour le Synode.NOTRE EGLISE D’ALGERIE AU SYNODE AFRICAIN.
« L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde (Mt 5,13-14)A TOUS LES MEMBRES DE NOTRE EGLISE D’ALGERIE.
Bien chers Amis,
Dans quelques jours va s’ouvrir à Rome la Seconde Assemblée Synodale des Evêques pour l’Afrique (4-24 octobre 09). Ce sera un événement marquant pour toute notre Eglise, vu l’actualité du thème abordé, et aussi vu l’interpellation évangélique qui nous est proposée. Il ne s’agit pas de s’atteler à ce thème en stratèges sociopolitiques mais bien en disciples du Christ, conscients de notre vocation au service d’être « sel de la terre » et d’être « lumière du monde ». Ce synode fera suite au premier Synode pour l’Afrique qui s’était tenu à Rome en Avril – Mai 1994, et qui avait été suivi d’un document marquant : l’Exhortation Apostolique du Pape Jean Paul II « L’Eglise en Afrique ». Ce document visait l’entrée dans le Troisième Millénaire. Nous y sommes, et le sujet retenu est de la plus haute actualité !
Nous serons quatre évêques de la CERNA à y participer : Mgr Landel, (Archevêque de Rabat et Président de la CERNA), Mgr Giovanni Martinelli (Evêque de Tripoli), Mgr Maroun Laham (Evêque de Tunis), et moi-même (Evêque de Laghouat –Ghardaia). Mgr Teissier y participera comme membre de droit. Mais nous ferons cette démarche en étroite communion avec vous tous et vous toutes qui formez notre Eglise qui est au Maghreb. Merci à ceux et celles qui ont apporté leur contribution à la préparation de ce Synode.
Plusieurs préoccupations seront à prendre en compte pour notre Eglise d’Algérie, tout en demeurant dans le cadre plus large de l’Eglise d’Afrique du Nord.
C’est tout d’abord NOTRE ANCRAGE A L’EGLISE D’AFRIQUE.
Notre situation à la fois politique, géographique, culturelle et ecclésiale nous met de fait un peu à l’écart des préoccupations de l’Afrique subsaharienne. Il ne s’agit pas ici d’exprimer une frustration ou quelque revendication d’appartenance. Nous vivons cette situation, sans nous y résigner, comme le fruit de plusieurs facteurs. Notre participation au Synode nous permettra de mieux nous resituer au cœur même de l’Eglise d’Afrique.
En effet, nous ne pouvons nous rattacher aux Eglises d’Orient, même si deux évêques venant du Patriarcat latin de Jérusalem viennent d’être nommés au Maghreb, même si culturellement nous nous sentons proches des Eglises Arabes.
Il n’est pas non plus envisageable de nous rattacher à l’Europe, même si la culture européenne et plus spécifiquement française, reste une composante historique des pays du Maghreb. La Méditerranée, certes, est un lien, mais n’est-elle pas aussi un mur par certains aspects ?
Notre appartenance à l’Eglise d’Afrique doit rester une marque privilégiée. Ceci pour différentes raisons.
- Tout d’abord historiquement, « l’Ifriqiya » (qui a donné son nom à l’Afrique) était cette région du Maghreb où l’Eglise des premiers siècles était florissante, et elle a donné naissance à une nuée de témoins qui ont marqué l’Eglise Universelle : Augustin (et sa mère Monique), Cyprien, Tertullien, et tant de martyrs, hommes et femmes (notamment les martyres Félicité et Perpétue pour ne citer qu’elles), qui ont donné leur vie pour le Christ. L’Eglise d’Afrique puise ses origines historiques au Maghreb. Des familles religieuses, dont le rayonnement est allé bien au-delà de cette région, ont pris naissance sur cette portion du Continent.
- Un autre facteur qui intervient, notamment depuis ces dernières années, c’est la présence de plus en plus marquée et active d’étudiants et d’étudiantes de l’Afrique subsaharienne. Ils constituent la part la plus importante en nombre des chrétiens de nos communautés notamment dans le Nord du pays. Ils y jouent un rôle actif par leur engagement, prennent en main des initiatives ecclésiales (journées de Taizé à Tlemcen et à Skikda, universités d’été…). Comme étudiants ils sont plongés dans la société algérienne et donnent le témoignage d’une vie chrétienne marquante.
Nous devons ajouter que l’Algérie est une terre de passage d’un certain nombre de migrants vers l’Europe, et que leur présence ne peut rester marginale dans nos préoccupations pastorales et caritatives.
- Pour continuer les arguments qui nous font pousser vers cet ancrage plus marqué dans l’Eglise d’Afrique, citons encore le soutien de plus en plus actif de membres de Communautés Religieuses ou de Prêtres Fidei Donum dans nos Eglise Diocésaines. Ils viennent prendre le relais d’une présence qui jusqu’ici, pour des raisons historiques, était surtout originaire d’Europe.
Au cours de notre dernière rencontre de la CERNA, et suite à certaines suggestions qui nous ont été faites, nous avons retenu QUATRE DEFIS PRINCIPAUX que nous voulons partager avec notre Pape Benoît et nos confrères Evêques d’Afrique.
1- Le premier est celui de notre relation avec les Musulmans. Nous sommes une Eglise aux dimensions restreintes certes, mais bien présente dans un monde musulman nettement majoritaire. Sur les 300 millions de Musulmans présents en Afrique, 200 millions vivent dans les pays arabes du Continent. Notre relation avec le monde de l’Islam fait partie de notre préoccupation quotidienne, et nous désirons se voir approfondir toujours davantage ce lien pour passer de la simple coexistence aux échanges plus profonds, mais aussi à un engagement toujours plus accru pour la réconciliation, la justice et la paix. Le pays vient de sortir d’une crise sans précédent où la réconciliation nationale a été pendant plusieurs années une des préoccupations majeures des dirigeants. Dans le contexte d’une Eglise qui se veut toujours plus proche de la population, nous avons là une expérience assez unique à partager, mais aussi à éclairer à la lumière ce de vivent les autres pays d’Afrique.
2- Par ailleurs, nous l’avons signalé, notre Eglise d’Algérie (comme les autres Eglises du Maghreb) accueille des milliers d’étudiants d’Afrique subsaharienne. Un bon nombre parmi eux sont des chrétiens qui comptent sur l’Eglise pour les aider à vivre leur foi et leur témoignage dans leur pays d’accueil. Ils ont besoin de l’appui de l’Eglise qui les accueille, et aussi de se sentir partie prenante dans le témoignage de cette Eglise. Ils y jouent un rôle important. Ils se préparent à rejoindre leurs pays d’origine et ce temps d’étude est pour eux une occasion d’approfondir leur foi et de se préparer, en chrétiens, à leurs responsabilités futures. Ils apportent aussi à l’Eglise d’Algérie un dynamisme, une force de renouvellement, une jeunesse dont elle a besoin !
3- D’autre part, il se trouve que l’Algérie est un lieu de passage et aussi d’aboutissement forcé de très nombreux migrants subsahariens. La plupart n’ont pas choisi la migration par désir d’aventure, mais par nécessité vitale. Le départ de leur pays d’origine est souvent la conséquence d’injustices d’ordre économique venant de responsables politiques du Continent ou de responsables de l’Economie mondiale. Nous ne pouvons pas répondre aux nombreuses demandes d’aide matérielle de ces Migrants, mais ils sont nos frères au même titre que toute autre personne humaine, et ont le droit à notre attention. Certains parmi eux sont malades, déprimés, et nous essayons de leur offrir des moyens de se soigner grâce à des liens de solidarité. D’autres se décident à rejoindre leur pays, grâce à un réseau de solidarité vécu au sein de notre Eglise, nous les aidons à réaliser ce projet. Comment faire pour que disparaissent les causes de leur départ, si ce n’est par un sursaut de justice dans leur pays d’origine ?
4- Enfin, l’Algérie (comme d’ailleurs l’ensemble du Maghreb) se trouve devant un défi culturel et religieux assez unique. De par sa situation géographique, l’Algérie est un grand carrefour de cultures : culture arabe et cultures berbères au sein même du pays, marquées elles aussi par la mondialisation. Située au Nord de l’Afrique, le pays est aussi influencé par les cultures africaines (elle vient de vivre avec succès un second Festival Panafricain). Tournée vers les pays méditerranéens, elle est aussi sous l’influence des cultures occidentales. De religion musulmane, elle est profondément marquée par la culture arabe et tournée vers le Proche Orient. Notre Eglise se trouve à ce carrefour et est appelée à relever le défi de l’inter-culturalité en son sein même. Tributaire d’un passé tourné vers l’Europe, elle est en train de vivre une mutation qui lui donne une dimension plus universelle. C’est en son sein même qu’elle est appelée à être ferment de réconciliation, de justice et de paix !
Elle est aussi interpellée par des mouvements évangéliques qui ont pris corps dans le pays, qui apportent une autre façon de vivre la foi chrétienne qui alerte les autorités locales. Ce phénomène tout en étant planétaire n’est pas sans nous interpeller. Comment allons-nous vivre cette coexistence avec d’autres chrétiens qui souvent ne partagent pas notre façon de nous situer dans le pays ?
Ne perdons pas de vue cette visée du Synode qui veut faire de nous les serviteurs d’un monde de réconciliation, de justice et de paix. Chacun de ces défis est traversé par cette triple dimension qui rejoint chacun et chacune d’entre nous dans un quotidien vécu au cœur de ce monde.
Résonne à nos yeux la recommandation de Jésus : « Vous êtes le sel de la terre… vous êtes la lumière du monde ». Cette parole est une marque de confiance de Jésus pour ses disciples. A travers ces paroles se dessine notre vocation commune. L’engagement de chacun et de chacune d’entre nous n’est pas de trop pour répondre à Son attente sur chacun et chacune d’entre nous.
Le Synode sur l’Afrique est un vaste chantier où nous sommes tous convoqués. Merci pour votre prière active, votre soutien fraternel, et votre engagement de chaque jour.
Notre Dame d’Afrique, notre Mère à tous, nous envoie, et nous montrant son Fils, nous répète « Tout ce qu’Il vous dira, faites-le ». Puissions-nous être fidèles à cette recommandation !
A Ghardaia le 8 septembre, fête de la Nativité de Marie.
+Claude Rault
Evêque de Laghouat-Ghardaia.
Délégué de la CERNA pour le Synode.* * *
NOTRE EGLISE D’ALGERIE AU SYNODE AFRICAIN.
« L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde (Mt 5,13-14)
A TOUS LES MEMBRES DE NOTRE EGLISE D’ALGERIE.
De Rome. Le 8 octobre 2009
Bien chers Amis,
Nous y sommes ! Non seulement les quatre évêques du Maghreb mentionnés dans la première chronique, mais aussi le Pt Fr. Armand Garin, Pt Fr de Jésus d’Annaba, en tant qu’invité.
Vous m’excuserez de ne pas vous faire une relation de toutes les interventions, dont certaines sont vraiment remarquables il est vrai. Elles se sont succédées, depuis l’homélie du Pape lors de la messe d’ouverture à St Pierre, jusqu’aux exposés qui jalonnent nos journées. Vous pouvez vous les procurer facilement en allant sur le site Internet :
http://www.vatican.va/news_services/press/sinodo/sinodo_index_fr.htm
Autrement… il me faudrait déjà vous envoyer une encyclopédie !
Mon intention est plutôt de vous donner « sur le vif » un écho de cette Assemblée, avec quelques réflexions sur son déroulement.
-Tout d’abord un Synode n’est pas un Concile (ce que certains évêques d’Afrique avaient déjà appelé de leurs vœux voici quelques années). C’est une Assemblée collégiale réunie autour du Pape, composée d’un certain nombre d’évêques, majoritairement Africains.
Les participants sont :
-soit membres de droit (par exemple les évêques Présidents des Conférences Episcopales Africaines),
-soit élus par leurs « Compagnons Evêques » au sein des différentes Conférences Episcopales,
-soit Présidents des différents « Dicastères » (ou « Services ») de l’Eglise Universelle présents à Rome.
Ils peuvent aussi être choisis par le Saint Père pour redonner un certain équilibre à l’Assemblée. Par exemple, il faut que tous les pays soient représentés, même si un évêque de ce pays n’est pas « membre de droit ».
Aux Evêques, il faut ajouter un certain nombre de Laïcs, de Religieux, et de Religieuses choisis aussi par le St Père. La plupart sont issus de l’Afrique ou travaillent pour l’Afrique.
Cela fait donc une Assemblée consistante de plus de plus de 240 Evêques (qui seuls sont électeurs) et de plus de 100 membres invités ou simples observateurs.
Cette Assemblée collégiale est d’abord informative et consultative (contrairement à un Concile qui est normatif). Elle a pour but de resserrer les liens de communion des évêques entre eux et avec le successeur de Pierre, d’échanger sur la situation présente de l’Afrique et de l’Eglise en Afrique sur ce thème si actuel de la Réconciliation, de la Justice et de la Paix.
L’Assemblée du Synode fera une déclaration finale, et elle présentera au Pape un certain nombre de propositions en vue de la publication d’un document qui fera autorité, (Cf. « L’Eglise en Afrique » de Jean Paul II, mais qui est paru… un an et demi après la fin du Premier Synode pour l’Afrique.)
-Nous sommes entrés dans cette grande Aventure par l’Eucharistie solennelle présidée par le Pape Benoît XVI à St Pierre de Rome le dimanche 4 octobre. Je dois dire que cette Liturgie était impressionnante. Voir autour du Successeur de Pierre un tel nombre de Pasteurs et de Membres de l’Eglise d’Afrique ne pouvait qu’inviter à une Reconnaissance à Dieu pour son œuvre sur le Continent Africain, mais aussi à une remise de l’Avenir de l’Afrique entre Ses mains. L’homélie était bien sûr centrée sur cet événement. Je retiendrai ce passage, parce qu’il est signifiant pour la suite des interventions qui se sont déroulées ces jours-ci.
« Lorsque l’on parle des trésors de l’Afrique, notre pensée va immédiatement aux ressources dont est riche le continent et qui sont malheureusement devenues, et continuent parfois de l’être, une source d’exploitation, de conflit, de corruption. La Parole de Dieu nous fait au contraire nous tourner vers un autre patrimoine : le patrimoine spirituel et culturel dont l’humanité a besoin encore plus que des matières premières » et il ajoute plus loin : «…l’Afrique présente un immense poumon spirituel, pour une humanité qui semble en crise de foi et d’espérance ».
Le lendemain lundi 5 octobre, nous nous retrouvions dans l’immense salle de travail du Synode, une vaste « aula » moderne, avec bien sûr traduction simultanée (en italien, français, anglais et portugais), micros pour les interventions personnelles, grand écran, etc.
Après un temps de prière commune, présentation a été faite de la Commission du Synode, présidée par le St Père assisté du Cardinal Arinze (de la Curie Romaine), du Cardinal Sarr (Arch. De Dakar), et du Cardinal Napier (Arch. De Durban).
Le Secrétaire Général, Mgr Nikola Eterovic, nous a globalement présenté le programme, avec dans un exposé concis du travail qui nous attend, ceci en lien avec le précédent Synode de 1994.
Puis le Cardinal Peter Kodwo (de Cape Cost) a pris la parole, montrant le chemin fait depuis le premier Synode, donnant des précisions sociopolitiques et économiques sur le Continent Africain et sur l’Eglise en Afrique. Son exposé était accompagné d’une réflexion biblique sur la « Réconciliation, la Justice et la Paix » qu’il vaudra la peine d’approfondir.
L’après-midi de ce premier jour, la parole a été d’abord donnée aux délégués invités des différents Continents.
Puis nous avons entendu une solide conférence donnée par Mgr Laurent Monsengwo (Kinshasa) dont le thème était une réflexion sur « Ecclésia in Africa », le Document du Pape Jean Paul II écrit à la suite du Synode de 94. Cette conférence a été suivie, comme chaque soir (entre 18 et 19 h.) d’un débat libre sur les conférences données.
Le mardi matin (6 oct.), nous avons commencé par les élections pour la commission de rédaction des propositions finales (l’électronique rend les choses plus faciles mais ne donne pas nécessairement tout de suite la majorité des voix…). Les élections seront donc reprises plus tard.
La journée a été consacrée au « DEBAT GENERAL » qui s’est achevé le soir par les interventions libres qui ont lieu chaque soir entre 6 et 7 h. Ce que l’on appelle « débat général » est en fait une prise de parole de 5 minutes par chaque membre du Synode. Vu le nombre que nous sommes… cela demande du temps… et nous n’avons pas encore fini !
Le mercredi matin (7 oct.) nous avons commencé un travail en groupe, l’Assemblée étant répartie en carrefours linguistiques. Ces carrefours ont pour but de dégager les sujets saillants qui seront soumis à l’Assemblée en vue des propositions finales. L’après-midi a été consacré à la continuation du « débat général » avec le programme habituel.
Ce jeudi 8 a commencé par l’élection du Comité de rédaction, qui s’est trouvé au complet et qui sera donc chargé de recueillir les données des Carrefours, et de la rédaction des propositions finales.
Demain vendredi, le programme annoncé est la poursuite du « Débat Général » pour toute la journée ! Nous exerçons longuement nos capacités d’écoute, mais je vous assure que c’est un exercice passionnant, même si les sujets fusent en ordre dispersé !
Les quatre évêques du Maghreb se sont exprimés : Mgr Maroun sur le « Dialogue entre chrétiens et musulmans », Mgr Landel sur « Les étudiants Africains et leur place dans nos Eglises », Mgr Martinelli sur « Les Migrants subsahariens, leurs conditions de vie et le soutien qu’ils trouvent dans notre Eglise », moi-même sur « Notre ancrage dans l’Eglise d’Afrique, et notre unité au défi de l’inter-culturalité ». Le Fr. Armand n’a pas encore pris la parole, mais je puis vous assurer que son intervention est prête ! Nos interventions ont été bien reçues, et que l’intérêt pour le Maghreb a trouvé un bon écho dans l’Assemblée, malgré notre petit nombre.
-Je voudrais maintenant vous partager – mais la tâche est difficile – ce que je puis retenir comme émergeant des dizaines d’interventions qui se sont succédées pendant ces derniers jours. Ce choix n’est évidemment pas exhaustif, je m’en excuse.
A de rares exceptions près, les intervenants ne se sont jamais égarés du sujet : « L’Eglise d’Afrique au service de la Réconciliation, de la Justice et de la Paix ». Certaines de ces interventions, venant de Pasteurs dont les pays sont aux prises avec l’injustice, la violence, la corruption, étaient même poignantes. La sincérité de ces rapports et l’engagement de beaucoup de ces Pasteurs ne font que rendre plus forts nos liens de communion.
Il faut prendre en compte la diversité des situations et des approches, voire même des « cultures » africaines. L’Eglise d’Afrique – comme le Continent d’ailleurs- est plurielle et s’exprime de cette façon, mais elle se veut unie et cette recherche de cohésion est un gage pour l’avenir. Les participants se sentent profondément engagés dans les propos qu’ils tiennent sur telle ou telle situation, n’hésitant pas à une remise en question profonde. « Il ne suffit pas de parler, il faut témoigner de ce que nous vivons », ont dit à peu près en ces termes un certain nombre d’évêques.
Venons-en maintenant à des thèmes récurrents, marquant les préoccupations majeures qui planent au dessus de notre Assemblée. Il ne s’agit là bien sûr d’un « premier déballage » si j’ose dire, comme un regard circulaire rapide qui englobe l’horizon. Les thèmes ne sont pas donnés par ordre d’importance… mais un peu dans le désordre où ils se trouvent énoncés.
1- Commençons par les maux dont souffre le Continent.
-La guerre. Elle n’est pas le fait de toute l’Afrique (certains conflits ont d’ailleurs trouvé une issue pacifique) mais beaucoup de pays s’y trouvent tragiquement engagés : soit une guerre entre nations, soit une guerre interne pour des raisons ethniques, économiques, avec même parfois un fond religieux. Ces guerres minent les pays qui les subissent, et ont pour corollaires pillages, viols, enrôlement des enfants comme soldats, division à l’intérieur des familles…
-Les migrations sont aussi une conséquence inévitable de la guerre et des pillages. L’Afrique connaît le triste sort de millions de réfugiés et de migrants pour des raisons de guerre, de politique, de sous-alimentation ou de violence !
-Le pillage de l’Afrique. C’est souvent sur les lieux de guerre qu’a lieu ce pillage à grande échelle, ce qui montre que les guerres elles-mêmes profitent à des pays d’Occident, ou d’extrême Orient qui sont souvent eux-mêmes les pourvoyeurs en armes de ces pays en guerre. Bien sûr ce pillage profite aussi largement à des autorités politiques complices ! Tout se tient !
-La dégradation progressive de la famille. La famille, sous l’effet de la mondialisation, de la pauvreté, des migrations, mais aussi des modèles empruntés ailleurs, connaît une crise profonde alors qu’elle était jusqu’ici un élément important du tissu social. Cette dégradation entraîne un certain nombre de maux que l’on peut imaginer : pauvreté et précarité, prostitution, migrations, pandémie du sida.
2-A quels défis l’Eglise est-elle affrontée?
-Tout d’abord à porter sur elle-même un regard de vérité, à une remise en cause de sa propre gouvernance et de sa pratique pastorale. Elle est indéniablement une force, une autorité fiable, mais se sent appelée à un regard plus vrai sur elle-même voire même à une profonde conversion. Elle ne peut être au service de la réconciliation, de la justice et de la paix que si elle-même travaille se purifier et à se convertir. Un courant d’autocritique traverse beaucoup de consciences ainsi qu’un appel à une plus grande vérité sur soi.
-A accepter de prendre le risque de la Parole. Nous avons senti dans l’Assemblée un appel au courage, au service, au don de sa vie. Et ce ne sont pas que des mots ! L’un des évêques présents, Mgr Maroy, de Bukavu, a dû quitter l’Assemblée pour rejoindre son Peuple aux prises avec la violence et les pillages. Combien d’agents pastoraux de touts milieux ont payé de leur vie la défense du pauvre, la dénonciation des injustices ?
-A former les Chrétiens, notamment les Dirigeants, à une gouvernance et des comportements qui respectent la Justice et le Droit. Cette formation d’ailleurs est prônée à toutes les échelles de la Société et de l’Eglise elle-même. Elle en a les moyens (catéchèse, formation des Laïcs, des Prêtres, des Religieux et Religieuses, sessions sur la justice sociale de l’Eglise…)
3- Quels « chantiers » se dessinent actuellement?
-Celui du Dialogue interreligieux. L’Eglise ne pourra être toute seule agent de réconciliation, de justice et de paix. Elle se doit de faire appel à tous ses partenaires croyants.
-Celui de la place de la femme dans l’Eglise et dans la Société. Jusqu’ici, elles n’ont pas encore eu l’occasion de s’exprimer.
-Celui de la dénonciation de la prolifération des armes, en lien avec le pillage des biens de l’Afrique.
-Celui d’une dotation de moyens pour être vraiment artisans de Justice, de Paix et de Réconciliation, moyens éclairés par la Parole de Dieu.
-Celui de la pandémie du Sida et de la situation sanitaire catastrophique de certains pays.
Voilà où nous en sommes de nos échanges, ce que j’ai pu en retirer. Encore une fois, je n’ai pas la prétention d’être exhaustif. Ce tableau peut vous sembler un peu noir, mais sur les tableaux noirs, on apprend à lire, à écrire. Il en est ainsi de la vie. L’Espérance est loin d’être absente de nos débats. Le premier signe est cette profonde solidarité et de communion, ce désir de sortie l’Afrique, ensemble, avec toutes les bonnes volontés qui ne manquent pas et qui souvent ne demandent qu’à être sollicitées. L’un des Pères du Synode disait « nous voyons poindre l’aube nouvelle, même si nous sommes encore dans la nuit » ! J’espère vous partager dans ma prochaine chronique les premières lueurs de l’Aube qui ne disent pas encore leur nom, mais qui peuvent être devinées dans le cœur de notre Assemblée.
Merci de prier pour nous, pour l’Afrique, pour l’Eglise d’Afrique que j’ai la grâce de découvrir dans sa souffrance, mais aussi dans sa beauté !
+Claude Rault.
Evêque de Laghouat-Ghardaia.
Délégué de la CERNA pour le Synode.* * *
CHRONIQUE SYNODALE. N° 3
par Mgr Claude Rault.
Evêque de Laghouat-Ghardaia.
Délégué de la CERNA pour le Synode.
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Mgr Rault en séance plenière
(cliquez pour agrandir)
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NOTRE EGLISE D’ALGERIE AU SYNODE AFRICAIN.
« L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde (Mt 5,13-14)
A TOUS LES MEMBRES DE NOTRE EGLISE D’ALGERIE.
De Rome. Le 16 octobre 2009
Bien chers Amis,
Un jour, on demanda au Pape Jean XXIII combien de personnes travaillaient au Vatican, et il répondit d’un air malin : « Oh ! A peu près la moitié ! ». Je puis vous assurer que tous les membres du Synode font partie de cette moitié là !
Nous presque à la fin de la seconde semaine de notre parcours, et il nous reste un difficile chemin à faire. Le flot des différentes interventions s’est poursuivi le vendredi 9 et le samedi matin 10.
Le dimanche 11, a eu lieu la canonisation de Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres et de quatre autres Bienheureux, dont le P. Damien, qui a consacré sa vie aux lépreux.
Le travail d’audition s’est poursuivi le lundi 12. Cette écoute nous a permis de continuer à identifier certaines questions émergentes dont je vous avais parlé lors de la précédente chronique. Nous avons eu une conférence assez appréciée du Mr Diouf, Président de la FAO qui a élargi nos vues sur le développement et aussi les défis du continent africain en matière d’alimentation et d’eau. J’espère pouvoir vous faire parvenir son intervention. A moins qu’elle ne soit sur le net.
Puis le mardi 13, nous avons commencé les travaux par ateliers. Nous sommes répartis en différents groupes linguistiques : un lusophone, 5 anglophones, 5 francophones, et un franco-anglophone. Notre premier travail a été de dégager déjà des points qui nous paraissaient essentiels en vue des propositions à faire dans les rapports de clôture. L’après-midi, un premier rapport de synthèse a été fait en séance plénière. Déjà apparaissaient les sujets les plus saillants sur les quels nous pourrions faire des propositions, et élaborer déjà quelques réponses.
Ce travail assez ardu car nous sommes dans des groupes d’une bonne vingtaine de personnes par carrefour. L’ambiance est plus « familiale »… mais le modérateur doit veiller à ce que nous soyons bien centrés sur le travail demandé, et sur le sujet du Synode. Il ne s’agit pas en effet de recommencer un Concile !
Ces travaux de groupe, après cette première présentation du travail ont repris de façon continue le mercredi 14, le jeudi 15, et le vendredi 16.
Voilà pour ce qui est de la procédure dans laquelle nous sommes engagés.
Avec la permission de Mgr Maroun Laham, évêque de Tunis, je vous livre ici les sujets qui apparaissent comme les plus importants de notre Assemblée.
Au moment où je commençais ce travail, il m’a livré ce qu’il avait déjà fait pour les membres de son Diocèse.
Ils ne sont pas formulés en proposition (c’est un travail qui est engagé), mais ils résument bien les préoccupations actuelles de ce Synode pour l’Eglise d’Afrique. Je lui laisse donc la parole et je le remercie de m’avoir transmis son travail !
« Beaucoup de points ont été abordés dans la salle du synode; certains touchent la vie de l’Église partout (les laïcs, les jeunes, les mass media, la formation des séminaristes, la formation permanente des prêtres, la vie consacrée, les catéchistes, les diacres permanents, la collaboration entre les conférences épiscopales…), d’autres touchent plus particulièrement l’Afrique, dont (et ce sont les points les plus importants):
- l’ethnicité et le tribalisme
- la femme
- la famille
- les enfants
- la mauvaise gérance politique (corruption et complicité avec les multinationales)
- les rites traditionnels de réconciliation
- l ’Islam
- le paradoxe de la pauvreté et la grande richesse matérielles de l’Afrique.
- la sorcellerie
On aura noté que ces points sont plutôt des préoccupations, cela n’empêche qu’il y a aussi des points positifs dont on a parlé au synode. Mais les évêques ont surtout exposé les problèmes auxquels l’Église d’Afrique doit faire face :
1.Ethnicité et tribalisme. On dit souvent dans la salle du synode que le sang de la tribu ou de l’ethnie était encore plus fort que le sang du Christ. Cela joue dans les relations sociales, dans la vie de l’Église, dans la nomination des curés et des évêques, dans la réconciliation entre individus et communautés. L’ethnicité est un abus de la culture, on arrive à cacher la mauvaise conduite sous le voile des « pratiques traditionnelles ». L’identité ethnique et l’identité chrétienne peuvent être concurrentes. Il s’agit d’arriver à une symbiose entre les valeurs positives de l’ethnie et l’Évangile : « Que l’Évangile pénètre les cultures africaines et que les cultures africaines pénètrent l’Évangile » (Benoît XVI).
2.La femme. On en a parlé tous les jours. Ses charismes de tendresse, de réconciliation, d’amour, de paix ne sont pas assez mis en relief dans la vie sociale ni dans la vie de l’Église, alors qu’elles constituent la majorité des personnes qui fréquent les Églises. Elles souffrent encore de quelques traditions tribales injustes, de la polygamie et de mauvais traitements.
3.La famille. Elle est encore assez traditionnelle en Afrique (père, mère et enfants). Elle est menacée par la théorie du « genre » qui arrive de l’Europe, sans parler de l’AIDS et de la sorcellerie qui détruisent des familles entières. Les enfants sont désirés dans les familles africaines, même si les nouvelles générations commencent à le sentir moins. Il faut réhabiliter l’enseignement de l’Église sur la famille et la sexualité (préparation au mariage, accompagnement des couples…) La famille est appelée à être un lieu de réconciliation dans la société africaine.
4.Les enfants. Il y a d’abord la question de la scolarisation des enfants. Le budget de l’éducation représente le 1 ou le 2% dans certains pays. Dans ce domaine, les écoles chrétiennes font un effort remarquable. Il y a aussi la plaie des enfants soldats, des enfants au travail, sans parler des abus sexuels sur les mineurs et de l’éducation des enfants nés de viol ni des enfants de la rue.
5.La mauvaise gérance politique. Tous les évêques en ont parlé. Mis à part deux ou trois pays, les responsables politiques sont loin de chercher le bien commun. Ils sont souvent complices des multinationales qui exploitent les richesses naturelle du Continent. On a proposé des aumôniers pour la classe dirigeante politique, dont beaucoup sont catholiques, et certains pratiquants. Cette mauvaise gérance politique est la cause principale qui empêche les pays africains de se développer.
6.Les rites traditionnels de réconciliation. Il y a des points positifs dans les rites traditionnels de réconciliation et qui peuvent être repris dans le Sacrement de pénitence (l’eau, la dimension communautaire, la solidarité clanique, l’aveu de la faute, la demande de pardon, les rites, le rôle des « anciens » dans la réconciliation, la sanction et la réparation, l’engagement à ne plus faire la même faute, le repas de réconciliation...). Mais il y a aussi des points négatifs (la haine transmise de génération en génération, des fautes sans pardon, la fierté de la vengeance, l’accusation de sorcellerie, la négation de la dimension personnelle de la faute, l’idée des classes sociales qui empêche qu’une classe supérieure demande pardon à une classe inférieure ou à une personne âgée de demander pardon à une personne plus jeune ou au mari de demander pardon à sa femme…)
7.L’islam. Comme partout, il n’y a pas un islam monolithique. L’islam nord africain n’est pas l’islam subsaharien ni l’Islam de l’Afrique du Sud ou de l’est. L’islam dominant n’est pas l’islam majoritaire ni l’islam minoritaire. Il y a un dialogue comme il y a une peur croissante de l’islam. Il y a certainement une poussée d’un islam prosélyte appuyé par les pays du pétrole. Chaque fois qu’on parlait de l’islam dans la salle du synode ou dans les carrefours, il y avait des points de vue divergents.
8.Pauvreté et richesse. C’est un véritable paradoxe. Les richesses du Continent sont inépuisables (or, diamant, pétrole, eau, terres fertiles, population jeune, minéraux, …). En même temps, les pays d’Afrique figurent parmi les pays les plus pauvres du monde. Ils produisent ce qu’ils ne mangent pas, et ils mangent ce qu’ils ne produisent pas. Il y a certes l’ingérence des grands et les intérêts des multinationales (surtout le trafic des armes et de la drogue), mais – et ce sont les paroles du président de la FAO qui est un sénégalais –
« Les pays d’Afrique sont des pays indépendants, ils sont supposés être maîtres de leurs décisions. Mais ils n’arrivent pas à se relever ; au contraire, la situation devient de plus en plus grave. Le nombre des personnes affamées au monde a dépassé le milliard pour la première fois dans l’histoire (dont la plupart sont en Afrique). Il y a certains pays qui arrivent à se suffire en termes de provisions normales, mais la plupart des pays non. C’est surtout la mauvaise gouvernance politique qui est à l’origine de ce drame. Le Vietnam, l’Inde, certains pays d’Afrique du nord sont arrivés... pourquoi pas les autres ? L’Église a son mot à dire… Le développement doit avoir des bases éthiques, et il doit mettre la personne humaine au centre du développement (Caritas in Veritate) ».
9.La sorcellerie. C’est une véritable plaie. Elle est partout et elle touche tous les aspects de la vie. La famille en souffre, les personnes aussi, sans parler de l’Église. Même des hommes politiques y ont recours dans le besoin. Certaines pratiques religieuses (chrétiennes et musulmanes) frisent la sorcellerie, et quelques prêtres et marabouts s’y laissent aller. Elle est dangereuse parce qu’elle arrive souvent à tuer des personnes supposées avoir des « esprits » qui sont à l’origine de leur réussite, et en les tuant on espère récupérer ces « esprits ». Un autre abus est l’accusation de sorcellerie, ce qui discrédite facilement des personnes. Le synode est appelé à affronter cette plaie avec des paroles fortes.
Cependant :
Il est vrai que l’Afrique a connu des blessures profondes qui ont marqué lourdement son histoire, et qui peuvent encore être des sources de déstabilisation personnelle et collective. Mais la nécessité s’impose d’une démarche d’une guérison de la mémoire, de réflexion, de volonté de dépassement, pour éviter le risque de l’enfermement dans un passé stérile.
Les africains doivent prendre en main leur destin. L’Église de l’Afrique doit assurer le développement de l’Afrique comme l’Église l’a fait pour l’Europe. L’Afrique doit rester ouverte au monde et garder sa liberté de choix. Le présent synode doit aider l’Afrique à se donner un destin pour exister, prendre conscience de sa dignité à l’heure de la mondialisation. L’Afrique est apte à aborder ses grands problèmes avec confiance. Les complexes historiques et culturels ont été dépassés. Le thème du synode (réconciliation, justice et paix) exprime bien cette étape de la reconstruction de l’Afrique par les africains en union avec la communauté internationale. »
Cette énumération est loin d’être exhaustive, mais elle vous montre à quel point ce travail apporté par chaque évêque a été révélateur d’un ensemble de questions sur lesquelles l’Eglise est profondément interpellée.
Nous avons donc commencé à rédiger les propositions à transmettre au Saint Père. Elles commencent à se regrouper au Secrétariat Général à partir des données transmises par les 12 carrefours. Un gros travail est fourni par ce Secrétariat, vous le devinez.
Le communiqué final est rédigé, et il va nous être soumis en Assemblée Générale pour amendements. Il vous sera transmis dans la prochaine chronique. J’aurais voulu vous faire parvenir celle-ci plus tôt, mais vous comprendrez que nos journées sont bien remplies.
Merci de continuer à prier pour nous et pour cette Afrique que nous avons tant à cœur ! Les maux qui la touche ne sont pas une fatalité.
L’Eglise d’Afrique – et nous en sommes, n’est-ce pas ? - renferme un trésor de capacités humaines et spirituelles qui ne demandent qu’à être mobilisées, et qui déjà se sont mises à l’œuvre pour qu’elle soit « Sel de la terre et lumière du monde ».
En fraternelle communion.
Claude Rault
Evêque de Laghouat-Ghardaia.
Délégué de la CERNA pour le Synode.
CHRONIQUE SYNODALE. N°4
NOTRE EGLISE D’ALGERIE AU SYNODE AFRICAIN.
« L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde (Mt 5,13-14)
A TOUS LES MEMBRES DE NOTRE EGLISE D’ALGERIE.
De Rome. Le 24 octobre 2009
Bien chers Amis
Pourquoi faire compliqué lorsque l’on peut faire simple !
J’ai décidément de la chance ! Le Fr. Armand, Pt Fr. de Jésus d’Annaba invité au Synode vient de me passer la chronique qu’il destine aux Petits Frères. Je le remercie de me permettre de vous la transmettre, il nous « raconte le Synode » dans un style simple et tellement vivant ! Je lui laisse donc la parole !
Impressions d’un Synode
(Du Fr. Armand, d’Annaba)
Se trouver plongé du jour au lendemain dans un milieu romain, ce n’est pas évident. Mais la plupart des autres participants au Synode des évêques pour l’Afrique en étaient au même point. J’ai l’avantage de loger chez les Pères Blancs, endroit que je connaissais déjà. Claude Rault est là aussi et il y a quelques autres visages connus. Nous sommes une douzaine de participants à loger ici, membres du Synode ou auditeurs. Mais c’est le plongeon immédiat dans l’Afrique : Ghana, Nigéria, Afrique du Sud, Congo Brazzaville. On fait connaissance. Mgr Gabriel Palmer archevêque d’Accra au Ghana était venu autrefois à Annaba avec Guy Balcet et se souvient de l’ermitage de Claude Gary. Ambiance très fraternelle. Et dès le premier jour c’est la prise de contact avec les célébrations dans St Pierre : ouverture du Synode par l’eucharistie solennelle. Le badge spécial nous permet d’entrer partout. Des petits bus assurent le transport du lieu de résidence au Vatican, et retour.
A partir du lundi 5 on prend le rythme des journées de travail dans l’aula. Chacun a sa place. Très vite il faut penser à préparer une intervention. On a parfois du mal à accoucher. Il faut parler 4 minutes : essayez d’en faire autant ! Je suis auditeur ! Les autres ont 5 minutes. On a une place fixe : cela facilite le contrôle des présents avec un boîtier ad hoc, et les résultats s’affichent sur les écrans. Les auditeurs sont dispensés du contrôle de présence. Séances plénières surtout les premiers jours : Benoît XVI est là, il rentre discrètement et commence immédiatement la prière prévue. Et puis commence le jeu des interventions des pères synodaux. Le signal sonore et la pendule sont inexorables, qu’il s’agisse d’un simple laïc ou d’un cardinal. Démocratie ? Oui, d’une certaine façon, comme dans le hall d’entrée, à la cafétéria ou dans les couloirs.
On fait connaissance : mon voisin de gauche est un père Blanc irlandais qui travaille en Afrique du Sud, celui de droite est un frère de Saint Jean de Dieu du Sénégal. Devant, un évêque d’Afrique du Sud, derrière une sœur du Burundi. Pour la remise du texte, il faut s’adresser au secrétariat. Une demi-journée à l’avance on nous prévient du moment approximatif où l’on aura à intervenir. Je passe en dernier le vendredi soir, juste avant la conférence de M. Adada, diplomate gabonais, qui nous parle du Darfour.
Benoît XVI est là. Je ne fais pas attention à lui mais à la pendule : j’avais repris et relu mon texte plusieurs fois pour passer dans les temps. Malgré tout je préfère ne pas lire le dernier paragraphe pour ne pas être interrompu par le signal final. Et on passe à la suite !
Dimanche dernier, je tenais bien sûr à être dans St Pierre pour la canonisation de Jeanne Jugan, du Père Damien et de trois autres bienheureux. J’aime bien aussi le Père Damien (j’avais lu autrefois le récit de sa vie et vu un film sur lui) et mon voisin, un père de Marynhol, l’a pris comme nom de religieux. On est au bord de l’allée centrale. Cérémonie terne par rapport à la béatification de Charles de Foucauld il y a 4 ans. On nous demande de ne pas applaudir et il n’y a pas de procession solennelle des offrandes, à part le pain et le vin. A midi dix, la célébration est terminée : Benoît XVI quitte la basilique pour le balcon de l’Angélus à l’extérieur. Aussitôt c’est la cohue des cardinaux, évêques ou personnalités vers la sortie. Il y avait des responsables politiques… la sécurité a dû être dans ses petits souliers (seul le roi de Belges et le président polonais ont accompagné le pape à la tribune). Il n’y a pas qu’en Algérie qu’on se bouscule aux portes de sortie.
Lundi on a repris le rythme des assemblées plénières. Hier on a commencé le travail en carrefour. Et c’est par carrefour que Benoît XVI nous reçoit tous tour à tour. C’était notre tour samedi 10. On passe à la file indienne. Le chef du protocole vous surveille… Je me présente. « Ah c’est vous qui avez parlé l’autre jour ! » Je luis dis que j’habite à Annaba qui est Hippone la ville de St Augustin. “Ah St Augustin !” On me tient le coude, je sens qu’il faut partir. C’est quand même un bon souvenir et il y aura des photos.
Je dois dire un mot des interventions individuelles : ce sont elles qui donnent la température de l’ensemble. (Là je dois dire que je regrette de ne pas connaître l’anglais, même s’il y a des traductions simultanées très bien faites, avec des oreillettes qui fonctionnent).Il y a tous les styles, depuis la plus classique jusqu’à celle qui vient du cœur et vous émeut, telle cette sœur burundaise qui raconte comment elle a vécu le génocide et ensuite en visitant une prison la rencontre avec un prisonnier lui demande pardon d’avoir tué des membres de sa famille. Elle ne peut que lui pardonner. Ce témoignage est à lire intégralement. Il y en a d’autres aussi depuis le Zimbabwe jusqu’à la Corne de l’Afrique. Et puis ces laïcs engagés qui, en dehors du synode proprement dit, viennent parler longuement de problèmes vitaux pour l’Afrique, Mr Adada pour le Darfour et Mr Jacques Diouf directeur général de la FAO. Benoît XVI y assiste aussi. Les questions et réponses sont presque plus intéressantes que l’exposé magistral lui-même.Les évêques africains connaissent bien les problèmes cruciaux de leur continent et manifestent leur intérêt avec passion parfois. On a vraiment fait le tour de l’Afrique du Malawi à la Tunisie, de la Sierra Leone aux Seychelles. Pour n’oublier personne, quand on parle de l’ensemble on dit « l’Afrique et les Iles ». Mais les évêques de Madagascar quand ils parlent de leur pays ajoutent « qui est presque un continent ». (Je suis dans le même carrefour que le cardinal malgache). Tous les sujets ont été abordés : du pillage de l’Afrique à l’environnement et au problème de l’eau, mais aussi aux malades du Sida et aux paludéens, de la corruption à la nouvelle colonisation larvée par multinationales interposées et leurs complices africains, des migrants du sud vers le nord aux centaines de milliers de réfugiés au Tchad, au Darfour ou ailleurs.
Mais on ne s’est pas contenté de parler de l’Afrique : il y a des représentants de plusieurs pays d’Europe, mais aussi d’Amérique du Nord et du Sud, et d’Asie. Chacun a fait une brève intervention. L’autre jour j’étais assis à côté d’un évêque venu d’Australie. Je ne peux les citer tous. Parfois sensation, jusqu’au vertige, que l’Eglise est vraiment universelle. Et puis je ne dois pas oublier ces représentants d’autres Eglises chrétiennes : le Patriarche d’Ethiopie, un évêque luthérien, le représentant du patriarche copte orthodoxe d’Egypte, un évêque méthodiste du Nigeria, et plusieurs autres. Une remarque encore : on n’est pas si mal informé par les journaux algériens sur ce qui se passe en Afrique.
Il y a aussi des moments de détente : un concert de musique avec entre autres du Mendelssohn (le pape était là aussi, c’est un mélomane), un film sur Saint Augustin qui m’a déçu… Durant les interventions il y a aussi parfois de vrais moments de fou rire contagieux même pour le pape. Dans la boîte ce matin une autre invitation à un concert… Sans compter telle ou telle invitation pour un dîner.
Voilà j’arrête ici ce soir. Je ne pense pas vous envoyer d’autres nouvelles de ce Synode. Je sais que Claude Rault transmet sa chronique hebdomadaire. Le reste je le dirai oralement…
Annaba m’est très proche, vous le devinez. Fraternellement à chacun.
Armand GarinP.S. Vous pardonnerez le style un peu brouillon
Depuis ma dernière chronique, les journées se sont succédées d’abord en travail sur les amendements des 54 propositions faites au St Père (qui se sont converties en 57 !) et aussi en amendement sur le Message final. Ce travail fait et en travaux de groupes et en Assemblée, nous avons clos ce matin les travaux, avec un repas en présence du Saint Père. Pendant ce temps la commission des textes achevait son travail !
Et demain, nos aurons la joie de célébrer la clôture de cet événement par la Messe à Saint Pierre.
Je n’ai pas encore les textes en version informatique. Le Pape Benoît XVI a décidé de rendre public les Propositions qui lui sont faites, et le Message est déjà paraît-il sur Internet(*). Le tout vous sera transmis ultérieurement… à moins que vous ne l’ayez déjà en main !
En très fraternelle communion.
Claude Rault.
Evêque de Laghouat-Ghardaia.
Délégué de la CERNA pour le Synode.
* * *
PRIERE POUR LE SYNODE AFRICAIN DE 2009
« Sainte Marie, Mère de Dieu, Protectrice de l'Afrique,
tu as donné au monde la vraie lumière, Jésus-Christ.
Par ton obéissance au Père et par la grâce de l'Esprit Saint
tu nous a donné la source de notre réconciliation
et de notre justice, Jésus-Christ, notre paix et notre joie.
Mère de tendresse et de sagesse montre-nous Jésus,
ton Fils et Fils de Dieu,
soutiens notre chemin de conversion afin que Jésus fasse briller
sur nous sa Gloire
dans tous les lieux de notre vie personnelle, familiale et sociale.
Mère, pleine de Miséricorde et de Justice, par ta docilité
à l'Esprit Consolateur,
obtiens pour nous la grâce d'être les témoins du Seigneur Ressuscité,
pour que nous devenions toujours plus le sel de la terre
et la lumière du monde.
Mère du Perpétuel Secours, à ton intercession maternelle
nous confions la préparation
et les fruits du Deuxième Synode pour l'Afrique.
Reine de la Paix, prie pour nous !
Notre-Dame d'Afrique, prie pour nous ! »Pour plus :
http://amisdiocesesahara.free.fr/index.html