Le GRADD visite El Jem (ou El Djem), à 60 km de Sfax. À dr., Simon. El Jem est connu pour son amphithéâtre, dune capacité de 35 000 spectateurs. Dans le monde romain, il nest dépassé que par le Colisée de Rome (50 000 spectateurs) et par le théâtre de Capoue, en Italie. Lamphithéâtre dEl Jem fut construit en lannée 238.
TUNISIE SFAX
Une année avec le GRADD
Le Groupe de recherche de lamitié dans la différence (GRADD) fondé par labbé Yvon Jutard, ancien curé de la Paroisse de Sfax, a déjà dix ans dexistence. Lobjectif principal du GRADD sinscrit dans son nom même : vivre ensemble un moment de partage fraternel, quelle que soit notre nationalité, notre culture, notre religion, nos différences. On y partage un repas où chacun apporte quelque chose, on y échange sur ce que nous aimons discuter avec dautres jeunes, ce qui fait notre vie, nos questions, nos espoirs, nos déceptions, notre présent et notre avenir. Actuellement, le groupe est composé dune vingtaine de lycéens, détudiants et de quelques jeunes diplômés tunisiens qui ont déjà un emploi. Ils sont presque tous originaires de Sfax, deuxième ville de Tunisie, à 270 km au sud de Tunis (400 000 habitants).
Plus dattention aux démunis
Le thème général du carême chrétien nous invite à un changement de cur, à la conversion radicale avec une plus grande attention aux plus démunis tels que les malades, les handicapés, les personnes isolées, les prisonniers Jai essayé de répondre à cet appel avec mes amis sfaxiens au sein du Groupe de recherche de lamitié dans la différence. Nous avons pu porter une plus grande attention aux malades lors de notre excursion à El Jem, à une soixantaine de kilomètres de Sfax, pour visiter lamphithéâtre construit à lépoque romaine. Tout au long de cette journée, jai senti que je vivais lÉvangile avec «lautre différent de moi» et que je réalisais la mission auprès du peuple sfaxien auquel je suis envoyé.Nos rencontres
Nous nous retrouvons une fois par mois (dans la grande salle de notre communauté) pour débattre librement de divers thèmes qui nous tiennent à cur mais dont nous navons pas loccasion de discuter ailleurs. Nous le faisons souvent en présence dun psychologue local qui nous accompagne avec compétence. Au début de lannée, nous récoltons une liste de sujets et à chaque réunion, nous en choisissons un pour le discuter. Une piste de questions est préparée davance sur le thème du jour et distribuée à tous les membres pour quils se préparent à léchange. Cette année, après à une reprise tardive des activités, nous avons commencé par parler de lamitié. Nous avons échangé sur le sens du mot amitié. Nous avons poursuivi avec lamitié entre filles et garçons, lamitié entre garçons, lamitié entre filles, lamitié entre frères et surs Comme ce thème passionnait et intriguait, nous avons fait une deuxième séance sur lamitié, mais avec une recherche sur la famille. Y a-t-il de lamitié entre les parents et leurs enfants ? Les parents ont-ils une influence sur les amitiés de leurs enfants ? Lamitié est-elle possible entre des personnes dâges différents ? Nous avons réfléchi sur le mariage arrangé par les parents, le mariage en dehors de sa ville natale, ainsi que sur le mariage entre cousins germains (fréquent dans les familles tunisiennes).
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Azmi offre du chocolat aux malades de lhôpital dEl Jem
Ce thème nous conduisit à aborder ensuite celui de lavenir. Aussi passionnant que le premier thème, nous avons essayé de comprendre le lien entre lavenir, le passé et le présent. Quelles sont les actions et les réalisations prévues dans nos vies ? Quelle est notre contribution à la préparation de notre avenir ? Sommes-nous sûrs de lavenir ou avons quelques doutes et pourquoi ? Croyons-nous aux paroles des adultes ? Comment retrouver une cohérence entre ce que lon dit et ce que lon fait ? Est-ce que notre confiance dans lavenir est totale ? Comment formuler un grand oui à lavenir et comment ce oui peut-il nous sortir des sécurités artificielles de sociétés obnubilées par le désir de ne courir aucun risque ? Comment redécouvrir le goût de laventure ? Peut-on se lancer dans laventure de la générosité non calculée ? Le don gratuit existe-t-il ?
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Saadia et Imen, deux participantes du GRADD
avec des enfants du Village SOS de MahresNos excursions et sorties
Parmi les activités du GRADD, il y a les sorties et les excursions. Quand nous sommes allés visiter le spectaculaire amphithéâtre dEl Jem, je crois que jai pu vivre ma foi chrétienne au milieu de mes amis musulmans. Sur la route, une jeune fille ma demandé si nous pouvions visiter lhôpital ? Je lui ai répondu : « Connais-tu des malades là-bas ? » - « Non, ma-t-elle dit, mais il y a là-bas des malades du cancer. » Comme ce nétait pas dans notre programme, nous avons demandé lavis du groupe.
Lévangile du jour mavait rappelé les différentes manières de percevoir la souffrance (Luc 3,1-9, « toute chair verra le salut de Dieu »). Jaurais pu en tirer la conclusion que nous ne souffrons pas forcément à cause de nos péchés, mais lexhortation mavait fait plutôt penser à porter un regard positif sur ceux qui souffrent dans le monde daujourdhui comme les malades du sida, les handicapés, les pauvres, les réfugiés et les déplacés de la guerre Cest dans ce même sens que javais partagé lÉvangile avec la JCAT (Jeunesse chrétienne africaine en Tunisie) avant lEucharistie dominicale pendant laquelle notre curé (notre confrère Pierre Songré) nous rappelait que nous sommes nous aussi des malades et que nous devrions nous convertir. Le lendemain de ce partage, nous sommes partis pour lexcursion à El Jem. Après la visite de lamphithéâtre, nous voilà en route vers lhôpital. Au moment de lachat du cadeau habituel avant une visite à lhôpital, jai compris quil ne sagissait pas de la visite dun malade en particulier mais de tous les malades. Les jeunes mont expliqué que les malades sont seuls, tristes, sans personne à qui parler et que nous pourrions leur donner un moment de joie par notre présence, accompagné dun petit cadeau. Le destin nous a fait choisir un paquet de chocolat où était inscrit sur chaque tablette « Ti amo ». Jai fait remarquer aux jeunes le sens de Ti amo (je taime en italien) avant quon ne parcoure lhôpital en distribuant les chocolats à tous les malades sans exception. Ils nous ont accueillis avec un grand sourire. Nous leur avons chanté des chants de joie et despoir.
Jai pris conscience à ce moment que cétait exactement cela, la pratique de lÉvangile : aller à la rencontre de lautre. Jétais le seul chrétien présent, sauf que pendant la visite de lamphithéâtre, notre groupe sétait élargi par larrivée de touristes italiens et français avec qui nous avions sympathisé malgré un problème de langue. Et nous avions échangé des adresses.
Le don de chocolat que nous avons improvisé faisait allusion à la générosité non calculée. Lidée nétait pas venue de moi mais de jeunes musulmans. Comme dernière activité de lannée, ils ont proposé une « visite sociale » au Village denfants SOS de Mahrès où je collabore (cf. Petit Écho 2007/2 p. 68 où Simon nous parle dun autre de ses engagements auprès des handicapés). Ce village SOS regroupe 83 enfants abandonnés ou orphelins qui vivent en petite famille, chacune dans une maisonnette où ils sont accompagnés par une « maman » et une « tantie ». Le village SOS offre aussi le service dun jardin denfants ouvert aux enfants de la ville de Mahrès. Les plus grands du village SOS sont scolarisés à lextérieur dans les écoles publiques où ils rencontrent les enfants de la ville.Fin dannée, fête et bilan
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Fête de fin dannée du GRADD, dans la grande salle
de la résidence des confrères; 52, avenue Taïeb MehiriLa dernière activité de lannée était une rencontre festive pendant laquelle nous avons fait un bilan général de nos activités. Nous avons remarqué que la langue française ne permettait pas à chacun de sexprimer librement. Nous avons décidé que la langue française ne devait pas être une barrière et que nos rencontres sont des occasions de la pratiquer et de laméliorer. Tous furent donc encouragés à persévérer tout en pouvant, au besoin, sexprimer en langue arabe. Nous avons aussi proposé denrichir nos rencontres par des projections de films et lanimation de soirées culturelles. Enfin, tous ont exprimé le désir de pouvoir échanger davantage avec les membres de la Jeunesse chrétienne africaine en Tunisie (JCAT). Ces rencontres nous permettent de mieux nous connaître, de nous exprimer librement et davoir de vrais moments de convivialité.
À travers nos rencontres, nous nous sommes tendu la main et chacun a pu changer son regard sur lautre, surtout parce quil est différent, et ouvrir son cur. Mais il nous reste du chemin à faire. Cest pourquoi nous tenons très fort à notre album photos.
Simon Gornah M.Afr.
Novembre 2007
Le G R A D D
Groupe de recherche de lamitié dans la différence
Parmi les sujets (nombreux) proposés pour cette année, nous avons retenu pour la prochaine rencontre « Religion et modernité ». Sujet très intéressant mais qui demande de bien réfléchir et cela, dès avant la rencontre.
Voici quelques questions que lon peut se poser :
1/ Être croyant : Pour toi, au fond de toi-même, dans le fait dêtre croyant, quest-ce qui te paraît essentiel ?
2/ Que te dit le terme « modernité » ?
3/ Religion ET modernité : Est-ce que daprès toi :
- ce sont deux termes qui sopposent ?
- ou au contraire deux termes pouvant senrichir mutuellement ?
Et à quelles conditions ?Notre rendez-vous : samedi 26 novembre à 14 heures.
(On lit bien : 14 heures Règle ta montre. Daccord ?)
au 52, avenue Taïeb Mehiri
NB : Si tu le désires, écris ta réflexion sur le sujet et dépose-la dans la boîte aux lettres du « 52 » en mentionnant : « Pour le GRADD ». La rencontre nen sera que plus riche !
Comme dhabitude,
tu peux inviter un(une) ami(e) intéressé(e) par le sujet.
À bientôt donc. Le Comité.
Tiré du Petit Echo N° 987 2008/1
The GRADD at El Jem (El Djem), 60 km from Sfax. R., Simon. El Djem is famous for its amphitheatre, capable of seating 35,000 spectators. Only Romes Coliseum (50,000 spectators) and the ruined theatre of Capua, Italy, are larger. The amphitheatre at El Jem was built around 238.
SFAX, TUNISIA
A year with GRADD
The Research Group of Friendship in Diversity (GRADD) was founded by Father Yvon Jutard, former parish priest of Sfax, exactly ten years ago. The prime objective of GRADD is written into its title: living together in fraternal sharing, no matter our nationality, culture, religion, etc. Meals are shared, or everyone brings something. There is also sharing on what we would like to pass on to other young people, in what our lives consist, our doubts, hopes, disappointments, our present and future. Currently, the group is made up of about twenty secondary school pupils, some students and a few young Tunisian graduate employees. They are almost all from Sfax, the second town in Tunisia, 270km south of Tunis, (400,000 inhabitants).
More attention paid to the deprived
This year, the general theme of Lent invited us to a change of heart, to radical conversion with greater attention paid to the most deprived, such as the sick, those with disabilities, isolated persons and prisoners. I tried to respond to this appeal with my friends from Sfax within the Group. We were able to pay more attention to the sick during our excursion to El Jem, (an amphitheatre dating from the Roman period), sixty kilometres from Sfax. Throughout the day, I felt I was living the Gospel with persons different from me and that I was achieving a Mission towards the people of Sfax, to whom I have been sent.Our meetings
We meet once a month (in the main room of our community) to speak freely on various topics that we consider important, but that we do not have the opportunity to discuss elsewhere. We often do so in the presence of a local psychologist, who accompanies us with his competence. Early in the year, we collect a list of topics to discuss them one at a time. A questionnaire is set in advance about the topic for the day and distributed to all the members for their preparation. This year, after an unintended late start in activities, we began with the general topic of friendship. We exchanged ideas on the meaning of the word friendship. We pursued it into friendship between girls and boys, friendship between boys, friendship between girls, friendship between brothers and sisters Excited and intrigued by this topic, we had a second session on the same subject, but this time with the accent on the family. Is there friendship between parents and their children? Do parents have an influence on the friendships of their children? Is friendship possible between people of different ages? We were led to consider marriages arranged by the parents, marriage outside ones home town, as well as marriage between first cousins, (frequent in Tunisian families.)
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Azmi, our colleague, offers chocolate to the sick at El Jem hospital.
This topic led to a second: the future. Just as exciting as the first, we tried to understand the link between the future, the past and the present. What were the prospects and achievements in view? What is our contribution to the preparation of our future? Are we sure of the future or do we have doubts and why? Do we believe what adults say? How can we make sense of what is said and what is done? Is our confidence in the future watertight? How can we voice a loud yes to the future and how can this yes deliver us from the artificial security of societies clouded by the desire to avoid running any risk whatsoever? How can we rediscover the taste for adventure? Can we run the risk of uncalculated generosity? Does gratuitousness exist? Excursions and outings
Among the GRADDs activities are outings and excursions. When we went to visit the spectacular amphitheatre of El Jem, I believe I was able to live my Christian faith in the midst of my Muslim friends. On the way there, a girl asked me if we could visit the hospital. I asked her, Do you know any sick people there? She replied, No, but there are people sick with cancer there. As it was not on our programme, we asked the opinion of the group.
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Two members of GRADD ( Saadia and Imen) with children of the SOS Village of Mahres.
The Gospel of the day had reminded me of the different ways of perceiving suffering (Luke 3:1-9 all mankind shall see the salvation of God. I was able to draw the conclusion that we do not suffer necessarily because of our sins. Instead, the exhortation made me think of having a more positive outlook on those who suffer in the world today, such as those suffering from AIDS, those with disabilities, the poor, the refugees and those displaced by war. It was in that sense that I had shared the Gospel with the JCAT (African Christian Youth in Tunisia) before the Sunday Eucharist. During it, the parish priest, our Pierre Songré, reminded us that we too are also sick and we ought to change our hearts.
It was the day following this sharing that we had our excursion to El Jem. After the visit to its historic site, we were back on the road to the hospital. When buying the usual gift before visiting at the hospital, I understood that it was not about visiting one sick person in particular, but all the sick. The young people explained to me that the sick are alone, sad, with no one to talk to and that we could give a moment of happiness by our presence, along with a little gift. Providentially, we chose chocolate bars with the words Ti Amo stamped on each one. I drew the attention of the young people to the meaning of Ti Amo (Italian for I love you), before we went round the wards giving out chocolate to all the sick without exception. They welcomed us with broad smiles. We sang songs of joy and hope to them. I realised at that moment that practising the Gospel was precisely this: going out towards the other person. I was the only Christian present, except that during the visit to the amphitheatre, our group was increased by the arrival of Italian and French tourists with whom we got on well in spite of the language barrier. We also exchanged addresses.
The gift of chocolate we improvised was a reference to uncalculated generosity. The idea did not come from me, but from young Muslims. As a final activity for the year, they proposed a social visit to the SOS Childrens Village of Mahrès, where I help out. (Cf. PE 2007/2 p. 68, where Simon tells us of another of his commitments, to people with disabilities.) This SOS village brings together 83 abandoned children and orphans who live in a little family, each one with its own maisonette, where they are looked after by a mum and an auntie. The SOS village also offers a kindergarten service available to the children of Mahrès town. The older ones are given schooling outside in state schools, where they meet with other children of their age. End of the year,
party and review
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End of year party at the GRADD, In the main room at
52 Avenue Taïeb Mehiri, where the confreres live.
The last activity of the year was a festive meeting during which we made a general review of the year. We noticed that French did not allow everyone to express him or herself freely. We decided that French should not be a barrier, but that our meetings should become opportunities to practice and improve it. Everyone was therefore encouraged to persevere while being able, if needed, to speak in Arabic. We also proposed to vary our meetings with films and to conduct cultural evenings. Finally, everyone expressed the desire to be able to interchange more with the members of the JCAT (African Christian Youth in Tunisia). Our meetings help us to know one another better, to freely express ourselves and to have genuine moments of conviviality. Through these meetings, we were able to extend a hand to one another and could change our view of the other person, above all because he or she is different, thus opening our hearts. However, the road ahead of us is long. That is why we hold very strongly to our photo album.
Simon Gornah M.Afr.
November 2007 /// The G R A D D |
From Petit Echo n°987 2008/1