Missionnaires d' Afrique


P. Richard Nnyombi M.Afr

Soyons courageux comme nos ancêtres les Martyrs de l'Ouganda
Fête des Martyrs de l'Ouganda, le 3 juin

Tableau qui représentent les martyrs de l'Ouganda dans notre chapelle de la maison généralice à Rome

1. Introduction : quelques notes historiques sur les Martyrs de l'Ouganda
2. Soyons courageux comme nos ancêtres les Martyrs de l'Ouganda
3. Célébration annuelle en l'honneur des Martyrs de l'Ouganda, un renouvellement spirituel annuel

1. Introduction: quelques notes historiques au sujet des Martyrs de l'Ouganda

Cette année, on célèbre le 125e anniversaire : à part Joseph Mukasa Balikuddembe, martyrisé le 15 novembre 1885, et Jean-Marie Muzeeyi, le 27 janvier 1887, les 20 autres l'ont été en 1886 entre le 26 mai et le 3 juin

- Béatification : le 6 juin 1920, à St Pierre de Rome, par le Pape Benoît XV.
- Canonisation : le Dimanche des Missions, 18 octobre 1964, à St Pierre, par le Pape Paul VI.
Parmi ceux, nombreux, qui y ont assisté, il y avait les Pères Conciliaires de Vatican II qui étaient en session.
- Leur jour de fête a été fixé au 3 juin parce qu'ils donnèrent presque tous leur vie ce jour-là.

NB: Deux nouveaux martyrs (bienheureux) ont été ajoutés à la liste le 20 octobre 2002 : David Okelo et Jildo Irwa qui ont été martyrisés en 1918 (Paimol, dDiocèse de Gulu)

Ces martyrs n'étaient pas seulement de la première génération de chrétiens ougandais, mais bien des " chrétiens premiers nés ".

- Les premiers baptêmes remontent à 1880, mais parmi eux aucun n'a été martyrisé.
- 4 ont été baptisés en 1882 à Nabulagala (Joseph Mukasa Balikuddembe, Andrew Kaggwa, Luc Baanabakintu et Mathias Mulumba) ; ils étaient du nombre des principaux leaders de la communauté chrétienne après le départ des missionnaires, fin 1882.
- 13 ont été baptisés en 1885
+ Les missionnaires étaient à peine revenus au Buganda après trois ans d'exil au Tanganyika (juillet 1885).
+ Il y a ceux qui ont été baptisés après le martyre du premier martyr : Joseph Mukasa Balikuddembe (15 novembre 1885)
- 4 ont été baptisés en 1886, le jour même de leur condamnation à mort, c'est-à-dire le 26 mai 1886 (Kizito, Mugagga, Gyavira, Mbaga-Tuzinde). Tous l'ont été par Charles Lwanga et ils n'ont pas de " nom de baptême ".
- Un n'était même pas baptisé, Mukasa Kiri-ewawanvu

Différentes ethnies : 17 Baganda, 3 Banyoro (Kaggwa, Kiriggwajjo & Ludigo) et 2 Basoga (Mulumba, Gonzaga Gonza).

Une majorité de jeunes, de 17 à 25 ans. Le plus âgé, Mulumba, avait 50 ans.

Tous avaient des devoirs officiels vis-à-vis du roi : pages, chefs

Quelques-uns avaient été musulmans ou protestants ou les deux ; sans oublier leur religion "maternelle", la religion traditionnelle.

Œcuménisme : catholiques et protestants ont été condamnés et ont été martyrisés en même temps : 13 / 13 à Numugongo (cf. le Sanctuaire des protestants). En fait, les relations entre protestants et catholiques étaient meilleures qu'on ne l'a dit ou écrit : visites réciproques, partage des médicaments, on prend les lettres les uns des autres pour la côte ou pour l'Europe, etc. Cela a certainement dû avoir un impact positif chez ces premiers chrétiens. Durant la période de persécution, les deux groupes ont été également affectés et les deux groupes missionnaires se sont entraidés pour la traverser.

+ Le Pape Paul VI a mentionné les "martyrs protestants" dans son homélie lors de la canonisation.
+ Il y avait des représentants des protestants à la canonisation à Rome
+ Aujourd'hui, autour du 3 juin, une réunion commune des Conférences épiscopales catholique et protestante se tient chaque année.


Tous étaient des laïcs : certains étaient parmi les leaders de la première communauté chrétienne. La longue tradition des "catéchistes" comme auxiliaires des missionnaires (prêtres) a son origine dans leur expérience qui a commencé au temps où les missionnaires avaient quitté le Buganda (1882-1885).

Tous étaient des hommes : pourquoi aucune femme dans le nombre ?

- À cause du contexte de la première évangélisation : dans les premières années, l'enseignement de la religion se faisait seulement au poste de mission et, à cette époque, seuls les hommes pouvaient se déplacer librement pour y aller.
- Traditionnellement, les femmes (et les enfants) n'étaient pas tués dans les guerres ou les incursions armées.
NOTE: Une des causes qui ont provoqué la persécution de 1886 fut " l'acte courageux " d'une femme chrétienne, la princesse Nalumansi Claire, qui a détruit les amulettes royales qui lui avaient été confiées (le 22 mai 1886).

- Canonisation... Message (Missionnaires d'Afrique - Église universelle)

- Le rêve de Lavigerie " Algérie, porte de l'évangélisation de l'Afrique noire " commence à devenir une réalité.
- Appel à renouveler notre vocation missionnaire spécifique pour l'évangélisation de l'Afrique (Livinhac).
- Renaissance de l'Afrique et du christianisme en Afrique... le "sang des martyrs est la graine de l'Église". (Pape Paul VI)

Namugongo

2. Soyons courageux comme nos ancêtres, les Martyrs de l'Ouganda

Quiconque lit ou entend l'histoire des Martyrs de l'Ouganda admire leur "courage extraordinaire (héroïsme) "! On se demande bien où ils peuvent avoir puisé ce courage alors qu'ils étaient encore nouveaux convertis au christianisme, de 5 à 6 ans seulement! Ce 'courage', même avant leur béatification et leur canonisation, a toujours été une grande leçon et un défi pour les chrétiens.

Le Cardinal Lavigerie a écrit: "L'Église, pour le plus sage des motifs, nous défend de rendre un culte public, même aux martyrs, avant que le Saint-Siège ne se soit prononcé sur leur cause avec sa prudence et sa maturité ordinaires ; mais elle ne nous défend pas d'admirer et d'imiter leur courage. (Alger, 19 mars 1887)

Le Pape Paul VI, qui a canonisé ces martyrs en 1964, s'adressa ainsi aux fidèles réunis à Namugongo lors de sa visite en Ouganda en 1969 :

"Vous me demanderez pourquoi faut-il honorer les martyrs ?
Je vous réponds : Parce qu'ils ont accompli la plus héroïque, et par conséquent la plus grande et la plus belle de toutes les actions ; ils ont, comme je l'ai dit, offert leur vie pour leur foi, c'est-à-dire pour leur religion et pour leur liberté de conscience. C'est pour cela qu'ils sont nos champions, nos héros, nos maîtres. Ils nous apprennent ce que devraient être de vrais chrétiens. Écoutez-moi maintenant : est-ce qu'un chrétien devrait être un lâche? Est-ce qu'il devrait avoir peur? Est-ce qu'il devrait trahir sa foi ? Non ! Bien sûr que non ! Vos martyrs nous montrent exactement ce que devraient être de vrais chrétiens, particulièrement les jeunes chrétiens, les chrétiens africains. Les chrétiens doivent être courageux, ils doivent être forts. Saint Pierre n'a-t-il pas écrit : "Soyez fermes dans la foi" (1 P. 5, 9). Vos martyrs nous apprennent la vraie valeur de la foi! " (Le 2 août 1969, à Numugongo)

Le défunt évêque du diocèse de Masaka, Mgr Adrian Ddungu, dans la prière spéciale d'envoi des missionnaires originaires de son diocèse, les exhortait à " être courageux comme nos ancêtres les Martyrs de l'Ouganda ".

Où ces martyrs ont-ils trouvé le "courage" d'accepter paisiblement et joyeusement toutes les souffrances qu'ils ont dû supporter jusqu'au sacrifice de leur vie pour " leur religion et leur liberté de conscience"? En lisant leur histoire, voilà ce que je trouve comme source de leur courage :

1. Une foi forte en Dieu et leur nouvelle religion

- "Une foi d'enfant" mais pas une "foi puérile". Une foi qui transporterait les montagnes, une foi qui les a transformés en adultes pour suivre la liberté de leur conscience, quel qu'en fut le coût!
- La nouvelle religion leur avait donné de la force, les avait transformés de 'béni-oui-oui' en "hommes dont le oui était un oui et un non un non" (Mt 5, 37), en hommes qui pouvaient suivre leur "conscience."
- La nouvelle religion avait fortifié en eux la vertu traditionnelle Ganda de respect pour les chefs, et surtout le roi ; ils étaient parmi les serviteurs les plus efficaces du roi. Mais, en même temps, cette religion avait chassé de leur cœur la peur de défier leurs chefs, roi inclus, s'ils jugeaient que leurs actions étaient en contradiction avec les valeurs de l'Évangile et les enseignements de leur religion. Balikuddembe a défié Mwanga à propos du meurtre de Bp. Hannington et cela lui a coûté la vie à lui aussi !

2. la grâce du Saint-Esprit
3. les sacrements et la prière
4. la solidarité entre les martyrs
5. leurs pères spirituels, Mapeera et ses confrères
6. l'espoir d'une vie meilleure (ciel)

" Le chrétien devrait-il être un lâche" ? demandait le Pape aux fidèles rassemblés à Namugongo. Bien sûr que non, répondait-il. "Les lâches vivent plus longtemps mais ne s'amusent pas", dit un proverbe populaire! De quel genre d' "amusement" je me prive quand je suis un chrétien lâche ? Est-il amusant d'être asphyxié ? ... d'être jeté dans des camions de police comme un sac de pommes de terre ?... d'être battu comme un animal? .... Est-il amusant d'être tué ?
Quelles situations concrètes nous défient-elles de témoigner de ce "courage du chrétien" ?
Quelles structures, quels enseignements dans l'Église ou la Société nous rendent lâches ?
Comment notre lâcheté se révèle-t-elle : appels à la prudence, silence devant des politiques et des actions qui contredisent les valeurs de l'évangile ? "

Dans la crypte de notre Maison Généralice à Rome: Chapelle dédiée aux Martyrs de l'Ouganda

3.Célébration annuelle en l'honneur des Martyrs de l'Ouganda, un renouvellement spirituel annuel

Si nous voulons être courageux comme les Martyrs de l'Ouganda, nous devons célébrer chaque année leur fête, de façon à ce que ce soit pour nous une occasion de 'renouvellement spirituel'. Revenons à deux moments importants dans l'histoire de leur béatification et de leur canonisation et tirons profit des réflexions et des méditations de Mgr Léon Livinhac et du Pape Paul VI qui nous invitent à ce renouvellement spirituel.

Mgr. Livinhac Leo (Supérieurr Général 1892 - 1922):

- Prêtre de l'Église catholique en Ouganda (Supérieur de la première caravane de missionnaires vers l'Ouganda), il a baptisé les 4 premiers chrétiens le 27 mars 1880.
- Bien qu'aucun des martyrs n'ait été baptisé par lui, il a donné le sacrement de confirmation à plusieurs.
- Il est arrivé au Buganda, comme nouvel évêque, le jour même de la condamnation des futurs martyrs (26 mai 1886).
- Il n'a pas pu assister à la cérémonie de béatification (le 6 juin 1920) pour cause de maladie. Il se fit représenter par le P. Louis Girault qui avait été un des missionnaires pionniers en Ouganda et avait baptisé deux des martyrs : Mathias Mulumba et Luc Baanabakintu.

Pour la préparation spirituelle de la béatification des Martyrs de l'Ouganda, il a écrit une lettre à tous les membres de la Société des Missionnaires d'Afrique.

- Date : le 6 mars 1920 : Fête des saintes Félicité et Perpétue, saintes d'Afrique du Nord.
- Cette lettre devait être lue le jour où on la recevrait, à l'heure de la lecture spirituelle.

Points principaux :

- La béatification fera honneur à la Société, et sera un encouragement pour les Missionnaires qui travaillent en Afrique.
- Elle réjouira les chrétiens africains et les inspirera à être plus fervents dans leur vie chrétienne.

Les Martyrs (au ciel)
+ Ils s'intéresseront à l'Afrique, à leur pays, ils intercéderont pour obtenir aux chrétiens (africains) la grâce de la persévérance, et un plus grand nombre de conversions.
+ Leur première prière sera pour les Missionnaires d'Afrique, leurs pères spirituels, pour obtenir les vertus de piété, de zèle inspiré par la charité et guidé par la prudence, de générosité et d'amour pour les règles et les lois de la Société.

Les Missionnaires

- Ils doivent "renouveler l'esprit de leur vocation", sinon l'intercession des martyrs ne servira à rien. Et il conclut ainsi :
"La béatification des Martyrs de l'Ouganda sera pour nous le signal d'un renouvellement sérieux de la vie spirituelle dans notre Société, et le commencement d'une nouvelle époque de piété, de zèle, de générosité et d'obéissance pour la plus grande gloire de Dieu et pour lui gagner des milliers d'âmes." (Maison-Carrée, le 6mars 1920)

Le Pape Paul VI
"Ces martyrs africains signalent l'aube d'un nouvel âge. Si seulement l'esprit de l'homme n'était pas attiré par les persécutions et les conflits religieux, mais l'était par une renaissance du christianisme et de la civilisation !

L'Afrique a été lavée par le sang de ces martyrs modernes, les premiers de ce nouvel âge (et, plaise à Dieu, qu'ils soient les derniers, bien qu'un tel holocauste ait été bien précieux en effet). L'Afrique est née de nouveau, libre et indépendante.

Le crime infâme par lequel ces jeunes hommes ont été mis à mort est indescriptible et bien significatif de l'époque. Il démontre clairement qu'un nouveau peuple a besoin d'une fondation morale, besoin que les nouvelles coutumes spirituelles soient fermement enracinées et transmises à la postérité" (Extrait de son homélie, au jour de la Canonisation, le 18 octobre 1964).

the Book of the Word of God across the lake at the Namugongo National Celebrations of Martyrs' Day.

Fr. Richard Nnyombi M.Afr
Traduction en français G. T
3 Juin 2011

See also

* Album photos : Canonisation des 22 Martyrs de l'Ouganda 18Octobre 1964
* More about the Feast of the Uganda Martyrs
* Africa /Uganda - Crowds attend the festival for Ugandan Martyrs 2008
* The beginning of the Mission in southern Uganda an the organization of the catechumenate 1879-1914
by Marinus Rooijackers
* Les Débuts de la Mission au sud de l'Ouganda et organisation de son catéchuménat 1879-1914 de Marinus Rooijackers