Missionaires d'Afrique
P. Raphaël Deillon Assistant Général
En visite chez les confrères du MaliÀ la découverte
des signes de DieuRaphaël Deillon nous invite à visiter le Mali avec lui. Les premiers MAfr y sont arrivés en 1898. Aujourd'hui, une cinquantaine de confrères y travaillent. Il y a six diocèses. Deux confrères maliens sont décédés, Prosper Kamara de Ségou (1902-1961) et François Diallo de Kana, Bamako (1911-1996).
Deux jeunes Maliens sont entrés dans la Société ces dernières années, Cyriaque Mounkoro, au Nigeria, et Antoine Dambelé, Serment 2005 à Toulouse. Six autres candidats MAfr sont en formation (le texte original a été réduit de moitié). Il y a 11 Surs Smnda au Mali en trois communautés. Une Smnda malienne étudie à Bukavu, RDC.
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José Moralès Provincial, Raphaël Assistant Général, Patient Nshombo Assistant Provincial
Avec quelques jours de retard, j'ai quitté Rome pour Bamako avec un mal de dos. Arrivé au Mali, la chaleur aidant, mon dos s'est petit à petit fait une raison. Mais je n'ai pu aller jusqu'à Kayes pour y visiter les confrères. Mgr Joseph Dao, évêque de Kayes, est venu à Bamako signer la convention entre son diocèse et la Société. Il avait été prévu qu'à l'occasion de ma visite au Mali, la Société signerait une convention avec des diocèses.
À Bamako, un évènement imprévu a retardé la signature. La démolition brutale au bulldozer d'une partie du grand séminaire, suite à une
revendication malhonnête de terrain, a secoué tout le diocèse. Même le président des Associations musulmanes s'est rendu chez Mgr Zerbo, l'archevêque de la capitale, pour lui manifester sa solidarité contre les spoliateurs. Ceci a fait remettre à plus tard notre rendez-vous. ", vous êtes de la famille, nous a dit Mgr Zerbo, je sais que vous comprenez que je dois recevoir en priorité cet hôte venu nous soutenir dans cette malheureuse affaire." Nous avons donc signé des conventions avec les diocèses de Kayes, Mopti et Bamako.
Les confrères d'abord
Mais la principale raison de la visite d'un Assistant Général est certainement la rencontre des confrères et de leurs projets missionnaires. Ainsi à Bamako, avec Jupp Stamer, Alain Fontaine et Élie Arrivé, nous nous sommes penchés sur le berceau de l'Institut de formation islamo-chrétienne. En effet l'IFIC est né. Il a une maison pour l'accueillir, le Centre Foi et rencontre, mais il se cherche des parents adoptifs. Les choses avancent.
Le dimanche 27 novembre, les confrères de la région de Bamako se sont réunis pour une rencontre fraternelle. Patient Nshombo, l'assistant provincial, était allé représenter les confrères du Mali au 40e anniversaire du diocèse de Nouakchott.
Mardi 29, direction Sikasso ! Je suis parti avec José Morales, Provincial, pour visiter les confrères et d'abord ceux de Fantarela, un village planté au milieu de nulle part. Des maisonnettes qui forment la mission, nous voyons sortir Ange Le Merrer, Fridolin Bogenrieder et Fernando Sanzberro. On sent trois compères liés par le même souci de pénétrer la culture sénoufo sous toutes ses formes pour y porter l'Évangile. Avec eux, nous continuons vers Sikasso où nous rencontrons Emilio Escudero, Gilles Graffin de Koutiala et les trois mousquetaires de Dyou, Oskar Geisseler, Christian Nkulu et José Marques, accompagnés du stagiaire Dominic Dery.
Le lendemain, à la St André, nous avons fait une récollection ensemble pour voir les signes que Dieu nous fait aujourd'hui. J'ai noté ceci : - À Dyou, le problème c'est la langue : les gens parlent entre eux en sénoufo et nous en bambara. On est tenté de se déplacer vers Kadjolo et Segma mais ne faut-il pas continuer et durer là où nous sommes ? - Justice et paix : nous ne pouvons limiter notre pastorale à la liturgie ou à des célébrations de jubilés. Il faut qu'elle déborde dans la vie des gens. L'injustice couvre de la chape de la coutume de vieilles habitudes touchant les rapports hommes-femmes, parents-enfants, mari-femme(s). Comment faire évoluer des mentalités liées à une situation sociale et économique très précaire ? Notre présence peut aider : être là parmi les gens, mieux les connaître pour mieux les aimer et, en union avec l'Église locale, aider l'évolution dans le bon sens.
Avant de partir, nous avons eu droit à une visite guidée par Emilio du Centre de promotion de la culture sénoufo. Ce centre avec fresques et figurines de bouffons dans la pure tradition sénoufo conserve les souvenirs d'une culture qui a traversé les siècles. Avant de quitter Sikasso, nous avons rendu visite à l'évêque, Mgr Jean-Baptiste Tiama.
Jeudi 1 er décembre, nous prenons la route de Koutiala en compagnie de Gilles Graffin. Nous y visitons la famille de notre confrère Antoine Dembele qui termine sa formation à Toulouse. À San, nous passons la nuit à l'évêché et nous rencontrons Mgr Jean-Gabriel Diarra.
Le 2 décembre, nous partons pour le Centre de formation des catéchistes à Dobwo. Joseph Verdeyen nous fait visiter le Centre où vivent et se forment pendant deux ans une dizaine de foyers chrétiens avec leurs enfants. Le directeur, un prêtre diocésain, vit en communauté avec Joseph. À Mandiakwi, il est malheureusement trop tard pour aller voir la famille de Cyriaque Mounkoro, en mission au Nigeria.
Sur la terre des Dogons
Alberto, Yves et José Moralès, Provincial, à Bandiagara, diocèse de Mopti.Samedi 3 décembre, départ pour Sévaré et Mopti, en passant par le petit séminaire de Togo où Gérard Chabanon a fait deux ans de coopération de 1970 à 1972. Nous sommes arrivés à Bandiagara en fin d'après midi. Sur le terrain de la mission, près de l'église, flottaient deux drapeaux, celui du Mali et celui... du Vatican. Nous étions attendus par le sourire d'Yves Pauwels et d'Alberto Rovelli, deux rescapés de ces lieux qui ont vu passer tant de confrères.
Avec les Surs, ils forment une équipe soudée par la foi et la conviction de leur apostolat sur la terre des Dogons. À peine arrivé, on me remet les grandes lignes de l'homélie que je devrai prononcer le lendemain devant l'assemblée dominicale. Je pourrai le faire en français, avec interprète. À la sortie de la messe, le Conseil paroissial vient s'assurer que la convention pour trois ans que nous allons signer avec Mgr Fonghoro est bien renouvelable. Les chrétiens apprécient notre présence.
Le soir même, nous repartons pour Sévaré, invités par le Frère Wilfried, l'homme au bon cur et au franc parler. J'avoue que j'ai plus appris en une soirée que tout ce que j'aurais pu lire en plusieurs jours sur l'histoire de la Société, la situation géographique et socio-économique de la région, la solidarité, le sens du devoir...
Ewans Kapungwe Chama, Zambien, stagiaire, en plein désert au bord du fleuve Niger, tout près de Gao.Lundi 5 décembre, voyage Sévaré-Gao, près de 600 km, avec halte à mi-chemin chez Sur Anne-Marie, médecin du corps et des âmes. À Gao, nous sommes accueillis par " quintessence de la Société" m'a dit le doyen de cette commuanauté : Jean-Pierre Delpech, Maurice Cadilhac, Didier Sawadogo, Anselm Mahwera et le stagiaire Ewans Chama. Il y a là une palette colorée de caractères bien trempés. En fin de journée, une réunion de communauté permet à chacun de s'exprimer. Le lendemain, de Gao nous avons rejoint les confrères de Bandiagara au pied du mont Hombori pour une réflexion et l'eucharistie. Comment mieux célébrer le 8 décembre ? Nous avons partagé tous nos soucis pastoraux et les projets qui commencent à se formuler.
Paroisse de Bandiagara en pays dogon : sortie de messeLa communauté de Bandiagara : Ce qui préoccupe ici c'est le phénomène du trafic d'enfants. Dans certaines médersas, des marabouts recueillent chez eux des enfants pour les éduquer. Loin de leurs familles et de leurs villages, ils sont parfois conduits à mendier au profit des marabouts et seraient victimes de sévices. Des ONG se sont inquiétés et le gouvernement a pris des mesures.
À cela s'ajoute un islam intégriste qui vient de l'extérieur et qui cherche à déstabiliser l'islam traditionnel beaucoup plus populaire. Pour lutter contre le drame que vivent ces enfants l'évêque de Mopti, Mgr Fongoro, préconise la création de centres d'hébergement avec cantine. Yves et Alberto ainsi que les Surs, veulent travailler à ce projet en collaboration avec la communauté chrétienne et les associations existantes. La communauté chrétienne doit aussi apprendre à mieux connaître sa foi ainsi que celle des musulmans pour éviter syncrétismes, malentendus et amalgames.
Vous faites les choses en règle
La communauté de Gao : Comme à Bandiagara, la priorité des confrères va à l'approfondissement de la foi des chrétiens. En face de l'islam, ils ont besoin de se sentir forts dans leur foi pour dialoguer dans la vie de tous les jours, dans le travail, dans les cas de mariages mixtes...
La justice est une autre priorité. "J'avais faim, j'étais un étranger, j'étais un prisonnier.". Comment contacter les filières des immigrants, des refoulés aux frontières, le trafic de femmes conduites à se prostituer ? - Une autre injustice criante est celle du décalage entre la vie en ville et la vie en brousse. Comment soutenir les gens cultivés qui sont à l'âge de l'internet et répondre en même temps aux urgences des familles qui en sont à chercher leur pain ? - Nos confrères de Gao ont été encouragés par un groupe de musulmans venus demander que les médicaments envoyés à l'hôpital par une association française soient distribués par la mission. "Nous sommes venus chez vous, car nous savons que vous faites les choses en règle."
Freddy, Raphaël, Wim et Darek à la mission de Kolongotomo, diocèse de Ségou (Photos Raphaël Deillon).Vendredi 9 décembre, José et moi rejoignons Mopti. Nous visitons Mgr Fonghoro et signons la convention avec ce diocèse. À midi, nous sommes accueillis par les confrères de Kolongotomo : Darek Zielinski, Freddy Mwamba et Wim Schakenraad. On nous attendait et la table est parée. Dans cet oasis de fraîcheur, l'eau coule à flots dans les rizières.
Dimanche, messe à Fana pour José avec sermon de Wim en bambara. Freddy est allé à Kolongo, tandis que Darek m'a emmené tombeau ouvert sur Macina pour une messe dans la petite chapelle devant une vingtaine de chrétiens. M. Vincent, président du comité paroissial, m'invite à visiter la prison toute proche. En un instant, les quarante occupants de cette bâtisse en banco sortent pour nous tendre la main. Beaucoup attendent un jugement et parmi eux un enfant de treize ans.
En partant Darek laisse un matelas pour un prisonnier malade. Darek, Wim et Freddy ont bien vu que cette prison à quelques kilomètres de chez eux, c'est aussi l'évangile qui les interpelle : 'J'étais en prison et vous m'avez visité'... C'est Freddy qui l'a découverte le premier quand il a dû aller l'essayer quelques nuits après un quiproquo incroyable suite à un accident pourtant sans gravité. Les affaires depuis se sont arrangées, mais Freddy avait vu 'la misère de son peuple' et partagé ce souci en communauté.
Lundi 12 décembre, nous quittons les rizières arrosées par le Niger pour Bamako où nous arrivons avec au compteur 3250 kilomètres. Patient Nshombo m'accompagne pour la visite des dernières communautés, mais pas les moindres. Me voici sur la piste qui mène à Falajè, une paroisse et un centre de langues. À la paroisse, une équipe toute nouvelle, Michel Robin, Jean Bévand et Ascensio Iguaran. À vin nouveau, outre neuve ! Au centre de langues, Vittorio Bonfanti initie au bambara Patrick Odhiembo, confrère du Burkina, deux stagiaires, Alphonse Adropeni et Didacio Mwanza, un Missionnaire de Jarumal et trois Surs du Cur Immaculé de Marie du Sénégal.
Ascensio Iguaran devant l'église de falajéÀ Kati, je rencontre Yves Jaouen, John Asanyire et Jesús Martinez. Après la création d'écoles, ils viennent de construire des boutiques le long de la route, un moyen pratique d'auto-financement, m'a-t-on dit. Arvedo Godina est venu nous rejoindre venant du centre catéchétique de Ntonimba.
Bamako-ville
Restait Bamako-ville, pour les derniers jours. Notre visite à Djalibougou est trop courte, Rudi Pint devant quitter pour raison de santé. Avec Rudi, Jan van Haandel et Pierre Landereau, je vois le travail que cette équipe assume.
J'ai vu Jean-Pierre Bondue en plein travail de catéchèse à Badialan. J'ai échangé avec Aldo Giannasi sur la douzaine de lycées répertoriés sur Bamako et qu'il voudrait sensibiliser au Centre culturel diocésain.
Revenu à la maison provinciale, je prends connaissance des services : Manolo Gallego, économe, Michel Côté, animateur spirituel, et Charles Bailleul, docteur en bambara, dont la science n'a pas encore pu s'inscrire entièrement dans ses ouvrages et que chacun consulte avec respect.
J'ai aussi rencontré les Surs Blanches en allant saluer d'abord, à la périphérie de Bamako, une communauté animée comme une ruche par des jeunes professes et étudiantes et, ensuite, oeuvrant dans un quartier populaire, deux autres Surs qui m'ont réservé un accueil fraternel.
J'ai admiré tout le travail des confrères du Mali pour l'approche des gens et des cultures dans des conditions climatiques et sociales souvent difficiles, en des régions si enclavées que l'isolement exige une foi bien ancrée. Merci aux confrères d'avoir su lire les signes que Dieu nous fait aujourd'hui au Mali !
Que Dieu leur rende grâce sur grâce ! J'ai, bien sûr, un merci tout particulier pour l'équipe provinciale. Non seulement elle a tout fait pour me rendre la tâche facile et le voyage instructif, mais le parfait duo que forme José et Patient inspire confiance et invite l'Assistant que je suis à me faire en haut lieu l'avocat des attentes qu'ils formulent pour leur Province.
Raphaël Deillon