Nouvelles du 26-12- 2005
Texte Pris sur le site Zénith

MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES MIGRANTS (2006)

15 Janvier 2006

Les migrations: signe des temps


Chers frères et soeurs!

Il y a quarante ans, se concluait le Concile oecuménique Vatican II, dont le riche enseignement s'étend à de nombreux domaines de la vie ecclésiale. En particulier, la Constitution pastorale Gaudium et spes développa une analyse attentive sur la réalité complexe du monde contemporain, en recherchant les façons opportunes d'apporter le message évangélique aux hommes d'aujourd'hui. Dans ce but, en accueillant l'invitation du Bienheureux Jean XXIII, les Pères conciliaires s'engagèrent à scruter les signes des temps, les interprétant à la lumière de l'Evangile, pour offrir aux nouvelles générations la possibilité de répondre de façon adéquate aux interrogations éternelles sur le sens de la vie présente et future et sur la juste organisation des relations sociales (cf. Gaudium et spes, n. 4). Parmi les signes des temps que l'on peut aujourd'hui reconnaître, figurent certainement les migrations, un phénomène qui a pris au cours du siècle qui vient de se conclure une forme pour ainsi dire structurelle, devenant une caractéristique importante du marché du travail au niveau mondial, étant une conséquence, entre autres, de la profonde influence exercée par la mondialisation. Naturellement, des éléments divers confluent dans ce "signe des temps". Celui-ci comprend en effet les migrations tant intérieures qu'internationales, les migrations forcées ou volontaires, les migrations légales ou irrégulières, sujettes également à la plaie du trafic d'êtres humains. On ne peut pas non plus oublier la catégorie des étudiants étrangers, dont le nombre s'accroît chaque année dans le monde.

En ce qui concerne les personnes qui émigrent pour des raisons économiques, il vaut la peine de souligner la récente "féminisation" de ce phénomène, c'est-à-dire la présence croissante de la composante féminine dans celui-ci. En effet, par le passé, ce sont surtout les hommes qui émigraient, même si les femmes n'ont jamais non plus été totalement absentes; mais à l'époque, elles se déplaçaient surtout pour accompagner leur mari ou leur père, ou pour les rejoindre là où ils se trouvaient. Aujourd'hui, bien que les situations de ce genre soient encore nombreuses, l'émigration des femmes tend à devenir de plus en plus autonome: la femme franchit seule les frontières de son pays, à la recherche d'un emploi dans le pays de destination. Souvent, la femme qui émigre devient même la principale source de revenus pour sa famille. La présence des femmes se constate de fait principalement dans les secteurs qui offrent de bas salaires. Si les travailleurs migrants sont donc particulièrement vulnérables, parmi eux, les femmes le sont encore davantage. Les secteurs d'emploi les plus fréquents, pour les femmes, sont constitués, non seulement par le travail domestique, mais également par l'assistance aux personnes âgées, le soin des personnes malades, les services liés à l'activité hôtelière. Il s'agit d'autant de domaines dans lesquels les chrétiens sont appelés à manifester leur engagement pour que les migrantes soient traitées de façon juste, afin que leur condition de femme soit respectée et que l'égalité de leurs droits soit reconnue.

Il faut mentionner, dans ce contexte, le trafic d'êtres humains - et surtout de femmes - qui se développe là où les possibilités d'améliorer ses conditions de vie, ou même de survie, sont rares. Il devient facile pour le trafiquant d'offrir ses "services" aux victimes, qui souvent, n'ont pas le moindre soupçon de ce qu'elles devront ensuite affronter. Dans certains cas, des femmes et des jeunes filles sont destinées à être ensuite exploitées sur le lieu de travail comme des esclaves, et souvent également dans l'industrie du sexe. Bien que ne pouvant pas approfondir ici l'analyse des conséquences d'une telle migration, je fais mienne la condamnation, déjà exprimée par Jean-Paul II de "la culture hédoniste et mercantile fort répandue qui prône l'exploitation systématique de la sexualité" (Lettre aux femmes, 29 juin 1995, n. 5). Il existe ici tout un programme de rédemption et de libération, auquel les chrétiens ne peuvent se soustraire.

En ce qui concerne l'autre catégorie de migrants, celles des demandeurs d'asile et des réfugiés, je voudrais souligner qu'en général, on s'arrête sur le problème soulevé par leur entrée, et l'on ne s'interroge pas également sur les raisons qui les poussent à fuir leur pays d'origine. L'Eglise regarde tout ce monde de souffrance et de violence avec les yeux de Jésus, qui s'émouvait devant le spectacle des foules errant comme des brebis sans pasteur (cf. Mt 9, 36). Espérance, courage, amour et également "imagination de la charité" (Lettre apost. Novo millennio ineunte, n. 50) doivent inspirer l'engagement humain et chrétien nécessaire pour venir à l'aide de ces frères et soeurs qui souffrent. Leurs Eglises d'origine ne manqueront pas de manifester leur sollicitude à travers l'envoi d'assistants de leur propre langue et culture, dans un dialogue de charité avec les Eglises particulières d'accueil. A la lumière des "signes des temps" actuels, une attention particulière doit être enfin portée au phénomène des étudiants étrangers. Grâce également aux "échanges" entre les diverses Universités, en particulier en Europe, leur nombre enregistre une croissance constante, entraînant aussi des problèmes pastoraux, que l'Eglise ne peut négliger. Cela vaut en particulier pour les étudiants provenant des pays en voie de développement, pour lesquels l'expérience universitaire peut constituer une occasion extraordinaire d'enrichissement spirituel.

En invoquant l'assistance divine sur tous ceux qui, poussés par le désir de contribuer à la promotion d'un avenir de justice et de paix dans le monde, dépensent leurs énergies dans le domaine de la pastorale au service de la mobilité humaine, j'envoie à tous, en gage d'affection, une Bénédiction apostolique particulière.

Du Vatican, le 18 octobre 2005

BENEDICTUS PP. XVI


 

TOUTE PERSONNE EST UNE HISTOIRE SACREE
Les catholiques sont invités, chaque année, à célébrer la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié en une même date. En 2006, la Journée a lieu le 15 janvier, deuxième dimanche après le " 6 janvier ".
Dans une histoire

Souhaitée en 1914 par Benoît XV, la date de la célébration de la Journée mondiale du migrant et du réfugié a été laissée à la convenance des Conférences épiscopales (et en France au choix des diocèses) pendant quatre-vingt onze ans. La décision
prise, en 2004, par le Pape Jean-Paul II, de la célébrer partout à une même date fixe vient donner de l'ampleur aux initiatives diocésaines qui se sont développées un peu partout en France : messes des nations, tètes des peuples, journées de partage et d'accueil. En mai 2004, l'Instruction Erga Migrantes Caritas Christi (n° 72) réaffirme l'importance de cette date:
" La célébration annuelle de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié sera l'occasion de redoubler d'efforts ... afin que nous puissions être aidés à vivre ensemble devant Dieu - au même moment - un jour de prière, d'action et de sacrifice pour la cause des migrants et des réfugiés ".

Des fêtes des peuples à une Journée mondiale de l'Eglise catholique
L'Eglise catholique rappelle le même jour, de par le monde, ses convictions et ses engagements pour que soient respectés et reconnus dans leurs droits et dignité les migrants, les réfugiés, les demandeurs d'asile et tous les hommes et femmes de la migration. Cette journée sera mise à profit par les catholiques pour renouveler dans la foi leur confiance en Jésus Christ visage d'un Dieu Père de tous les hommes, de toutes langues, origines et cultures. Elle vient donner une nouvelle vigueur à toutes les initiatives diocésaines habituelles qui continuent de constituer la colonne vertébrale de l'attention de l'Eglise au
devenir avec les migrants et manifestent, à leur manière, la richesse diversifiée de la catholicité de l'Eglise. Bien évidemment, toute l'année et chaque jour davantage, les actions et les engagements des chrétiens continueront de rejoindre les actions et les engagements de tous les militants de la solidarité.

Toute personne est une histoire sacrée
Pour nourrir la réflexion, la prière, les échanges et l'engagement des communautés chrétiennes et en attendant le Message traditionnel du Saint Père pour cette journée, le Service National de la Pastorale des Migrants, avec la Commission nationale de la Pastorale des Migrants, propose pour la Journée 2006 un thème rassembleur suggéré par les conditions de vie des familles de la migration et de l'exil aujourd'hui en France. Les textes liturgiques de la Fête du Baptême du Seigneur, qui peut être célébrée ce 15 janvier 2006, nous suggèrent de regarder dans la foi la sacralité de la personne humaine : " Tu es mon Fils bien-aimé, en Toi j'ai mis tout mon amour" (Mc 1, 11).

Regarder humainement et dans la foi la vie des migrants et des exilés, c'est accepter de porter attention aux blessures vécues par ces hommes, ces femmes, ces enfants... et elles sont nombreuses: droit d'asile maltraité par des procédures expéditives; liens familiaux brisés par des difficultés imposées au regroupement familial, par des arrestations et des reconduites aux frontières; plans de lutte contre l'immigration irrégulière qui sèment la peur, lancent sur ces personnes l'opprobre de la
suspicion, font d'elles les boucs émissaires de tous les maux de la société, favorisent les marchands de sommeil et de travail clandestin; maintien et développement des causes inacceptables qui poussent des millions de personnes à quitter leur terre.

Regarder humainement et dans la foi la vie des migrants et des exilés, c'est accepter de chercher ensemble les chemins de vie suscités par les migrants, par leurs richesses culturelles, par leur travail quotidien, par leur témoignage de foi au sein de notre société et de nos communautés chrétiennes.

Cette Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié souhaitée par l'Eglise catholique est une occasion annuelle à saisir
- comme celle des Nations Unies (le 18 décembre) et celle du Haut Commissariat aux Réfugiés (le 20 juin) - pour que les chrétiens s'interrogent sur leur engagement face à l'inacceptable déshumanisation de la personne, pour que chaque personne soit reconnue et respectée dans sa sacralité.

Service National de la Pastorale des Migrants 269 bis, rue du Fg Saint Antoine - 75011 Paris
Tel. 01 43 72 47 21 1 Fax 01 46 59 04 89 / snpm@eglisemigrations.org / www.eglisemigrations.org


site Zenith

MESSAGE OF HIS HOLINESS BENEDICT XVI
FOR THE 92nd WORLD DAY OF MIGRANTS AND REFUGEES (2006)

15th January 2006

"Migrations: a sign of the times'


Dear Brothers and Sisters,

Forty years ago the Second Vatican Ecumenical Council was closed, whose rich teaching covers many areas of ecclesial life. In particular the Pastoral Constitution Gaudium et Spes made a careful analysis of the complexities of the world today, seeking the ways best suited to bring the Gospel message to the men and women of today.

To this end the Council Fathers in response to the appeal of Bl. John XXIII undertook to examine the signs of the times and to interpret them in the light of the Gospel so as to offer the new generations the possibility of responding adequately to the eternal questions about this life and the life "to come and about just social relations" (cf. Gaudium et Spes, n. 4).

One of the recognizable signs of the times today is undoubtedly migration, a phenomenon which during the century just ended can be said to have taken on structural characteristics, becoming an important factor of the labour market worldwide, a consequence among other things of the enormous drive of globalization.

Naturally in this "sign of the times" various factors play a part. They include both national and international migration, forced and voluntary migration, legal and illegal migration, subject also to the scourge of trafficking in human beings.

Nor can the category of foreign students, whose numbers increase every year in the world, be forgotten.

With regard to those who emigrate for economic reasons, a recent fact deserving mention is the growing number of women involved ("feminization"). In the past it was mainly men who emigrated, although there were always women too, but these emigrated in particular to accompany their husbands or fathers or to join them wherever they were.

Today, although numerous situations of this nature still exist, female emigration tends to become more and more autonomous. Women cross the border of their homeland alone in search of work in another country. Indeed, it often happens that the migrant woman becomes the principal source of income for her family. It is a fact that the presence of women is especially prevalent in sectors that offer low salaries. If, then, migrant workers are particularly vulnerable, this is even more so in the case of women.

The most common employment opportunities for women, other than domestic work, consist in helping the elderly, caring for the sick and work in the hotel sector. These, too, are areas where Christians are called to dedicate themselves to assuring just treatment for migrant women out of respect for their femininity in recognition of their equal rights.

In this context it is necessary to mention trafficking in human beings - especially women - which flourishes where opportunities to improve their standard of living or even to survive are limited. It becomes easy for the trafficker to offer his own "services" to the victims, who often do not even vaguely suspect what awaits them. In some cases there are women and girls who are destined to be exploited almost like slaves in their work, and not infrequently in the sex industry, too.

Though I cannot here closely examine the analysis of the consequences of this aspect of migration, I make my own the condemnation voiced by John Paul II against "the widespread hedonistic and commercial culture which encourages the systematic exploitation of sexuality" (Letter of Pope John Paul II to Women, 29 June 1995, n. 5). This outlines a whole programme of redemption and liberation from which Christians cannot withdraw.

Speaking of the other category of migrants - asylum seekers and refugees - I wish to underline how the tendency is to stop at the question of their arrival while disregarding the reasons for which they left their native land.

The Church sees this entire world of suffering and violence through the eyes of Jesus, who was moved with pity at the sight of the crowds wandering as sheep without a shepherd (cf. Mt 9: 36). Hope, courage, love and ""creativity' in charity" (Apostolic Letter Novo Millennio Ineunte, n. 50) must inspire the necessary human and Christian efforts made to help these brothers and sisters in their suffering. Their native Churches will demonstrate their concern by sending pastoral agents of the same language and culture, in a dialogue of charity with the particular Churches that welcome them.

In light of today's "signs of the times", particular attention should be paid to the phenomenon of foreign students. Thanks among other factors to foreign exchange programmes between universities, especially in Europe, their number is growing, with consequent pastoral problems the Church cannot ignore. This is especially true in the case of students coming from developing countries, whose university experience can become an extraordinary occasion for spiritual enrichment.

As I invoke divine assistance on those who, moved by the desire to contribute to the promotion of a future of justice and peace in the world, spend their energies in the field of pastoral care at the service of human mobility, I impart to all as a sign of affection a special Apostolic Blessing.

From the Vatican, 18 October 2005

BENEDICTUS PP. XVI