St François de Sales
Texte Pris sur le site Fides


MESSAGE DU SAINT-PÈRE BENOÎT XVI
POUR LA 46ème JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES

le 20 Mai 2012

Silence et Parole: chemin d’évangélisation

Message pour la prochaine Journée mondiale des communications sociales


ROME, mardi 24 janvier 2012 (ZENIT.org) – "Silence et Parole: chemin d’évangélisation": c'est le thème du Message de Benoît XVI pour la Journée mondiale des Communications sociales (20 mai 2012). "Le silence fait partie intégrante de la communication et sans lui aucune parole riche de sens ne peut exister", explique Benoît XVI.

Chers frères et sœurs,

A l’approche de la Journée Mondiale des Communications Sociales 2012, je désire partager avec vous quelques réflexions sur un aspect qui malgré son importance, est quelquefois négligé dans le processus humain de la communication. Il s’agit du rapport entre silence et parole dont l’importance doit être particulièrement soulignée aujourd’hui. Silence et parole sont deux moments de la communication qui doivent s'équilibrer, se succéder et se compléter pour parvenir à un dialogue authentique et à une profonde proximité entre les personnes. Lorsque parole et silence s'excluent mutuellement, la communication se détériore, soit parce qu’elle provoque un certain étourdissement, soit au contraire parce qu’elle crée un climat de froideur; lorsque, en revanche, ils se complètent harmonieusement, la communication acquiert valeur et cohérence.

Le silence fait partie intégrante de la communication et sans lui aucune parole riche de sens ne peut exister. Dans le silence nous écoutons et nous nous connaissons mieux nous-mêmes ; dans le silence, la pensée naît et s’approfondit, nous comprenons avec une plus grande clarté ce que nous voulons dire ou ce que nous attendons de l'autre, nous choisissons comment nous exprimer. Se taire permet à l'autre personne de parler, de s’exprimer elle-même, et à nous de ne pas rester, sans une utile confrontation, seulement attachés à nos paroles ou à nos idées. Ainsi s’ouvre un espace d’écoute mutuelle et une relation humaine plus profonde devient possible. Dans silence, par exemple, se saisissent les instants les plus authentiques de la communication entre ceux qui s'aiment : le geste, l'expression du visage, le corps comme signes qui révèlent la personne. Dans silence, la joie, les préoccupations, la souffrance parlent et trouvent vraiment en lui une forme d'expression particulièrement intense. Le silence permet donc une communication bien plus exigeante, qui met en jeu la sensibilité et cette capacité d'écoute qui révèle souvent la mesure et la nature des liens. Là où les messages et l'information sont abondants, le silence devient essentiel pour discerner ce qui est important de ce qui est inutile ou accessoire. Une réflexion profonde nous aide à découvrir la relation existante entre des événements qui à première vue semblent indépendants les uns des autres, à évaluer, à analyser les messages ; et cela permet de partager des opinions pondérées et pertinentes, donnant vie à une connaissance authentique partagée. Il est donc nécessaire de créer une atmosphère propice, comme une sorte d'« écosystème » qui sache équilibrer silence, parole, images et sons.

Une grande partie de la dynamique actuelle de la communication est orientée par des questions en quête de réponses. Les moteurs de recherche et les réseaux sociaux sont le point de départ de la communication pour beaucoup de personnes qui cherchent des conseils, des suggestions, des informations, ou des réponses. De nos jours, le Réseau devient toujours plus le lieu des questions et des réponses; bien plus, l'homme contemporain est souvent bombardé de réponses à des questions qu’il ne s’est jamais posées et soumis à des besoins qu’il n'aurait pas ressentis. Le silence est précieux pour favoriser le nécessaire discernement parmi tant de sollicitations et tant de réponses que nous recevons, précisément pour reconnaître et focaliser les questions vraiment importantes. De toute façon, dans le monde complexe et varié de la communication, l'attention d’un grand nombre se concentre sur les questions ultimes de l'existence humaine : Qui suis-je ? Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que puis-je espérer ? Il est important d’accueillir les personnes qui formulent ces interrogations, en ouvrant la possibilité d’un dialogue profond, fait de parole, de confrontation, mais également d'invitation à la réflexion et au silence. Parfois, celui-ci peut être bien plus éloquent qu’une réponse hâtive et permettre à qui s’interroge de descendre au plus profond de lui-même et de s'ouvrir à ce chemin de réponse que Dieu a inscrit dans le cœur de l'homme.

Ce flux incessant de questions manifeste, au fond, l'inquiétude de l'être humain toujours à la recherche de vérités, petites ou grandes, qui donnent un sens et une espérance à l'existence. L'homme ne peut se contenter d'un simple et tolérant échange d’opinions sceptiques et d’expériences de vie : tous, nous sommes des chercheurs de vérité et partageons ce profond désir, spécialement à notre époque où « lorsque les personnes s'échangent des informations, déjà elles partagent d'elles-mêmes, leur vision du monde, leurs espoirs, leurs idéaux » (Message pour la Journée Mondiale des Communications Sociales 2011).

Il faut considérer avec intérêt les diverses formes de sites, d'applications et de réseaux sociaux qui peuvent aider l'homme d'aujourd'hui à vivre des moments de réflexion et d’interrogation authentique, mais qui peuvent aussi l’aider à trouver des espaces de silence, des occasions de prière, de méditation ou de partage de la Parole de Dieu. Dans la substance de brefs messages, souvent pas plus longs qu'un verset biblique, on peut exprimer des pensées profondes à condition que personne ne néglige le soin de cultiver sa propre intériorité. Il n'y a pas lieu de s'étonner que, dans les différentes traditions religieuses, la solitude et le silence soient des espaces privilégiés pour aider les personnes non seulement à se retrouver elles-mêmes mais aussi à retrouver la Vérité qui donne sens à toutes choses. Le Dieu de la révélation biblique parle également sans paroles : « Comme le montre la croix du Christ, Dieu parle aussi à travers son silence. Le silence de Dieu, l’expérience de l’éloignement du Tout-Puissant et du Père est une étape décisive du parcours terrestre du Fils de Dieu, Parole incarnée. (…) Le silence de Dieu prolonge ses paroles précédemment énoncées. Dans ces moments obscurs, il parle dans le mystère de son silence » (Exhortation apostolique postsynodale, Verbum Domini, 30 septembre 2010, n. 21). Dans le silence de la Croix, l'éloquence de l'amour de Dieu vécu jusqu'au don suprême, parle. Après la mort du Christ, la terre demeure en silence et le Samedi Saint, lorsque « le Roi dort et le Dieu fait chair réveille ceux qui dorment depuis des siècles » (cf. Office des Lectures du Samedi Saint), résonne la voix de Dieu remplie d’amour pour l'humanité.

Si Dieu parle à l'homme aussi dans le silence, de même l'homme découvre dans le silence la possibilité de parler avec Dieu et de Dieu. « Nous avons besoin de ce silence qui devient contemplation et qui nous fait entrer dans le silence de Dieu pour arriver ainsi au point où naît la Parole, la Parole rédemptrice. » (Homélie du Pape Benoit XVI à la concélébration avec la Commission Théologique Internationale, Chapelle Redemptoris Mater, 6 octobre 2006). Pour parler de la grandeur de Dieu, notre langage se révèle toujours inadéquat et ainsi s’ouvre l'espace de la contemplation silencieuse. De cette contemplation naît dans toute sa force intérieure l'urgence de la mission, la nécessité impérieuse « de communiquer ce que nous avons vu et entendu », pour que tous soient en communion avec Dieu (cf. 1 Jn 1,3). La contemplation silencieuse nous immerge dans la source de l’Amour, qui nous conduit vers notre prochain, pour sentir sa douleur et lui offrir la lumière du Christ, son Message de vie, son don d’amour total qui sauve.

Dans la contemplation silencieuse se révèle ensuite, encore plus fortement, cette Parole Eternelle par laquelle le monde fut créé, et l’on comprend le dessein de salut que Dieu réalise à travers ses paroles et ses gestes dans toute l'histoire de l'humanité. Comme le rappelle le Concile Vatican II, la Révélation divine « se réalise par des actions et des paroles intrinsèquement liées entre elles, si bien que les œuvres, accomplies par Dieu dans l’histoire du salut, manifestent et corroborent la doctrine et les réalités signifiées par les paroles, et que les paroles de leur côté, proclament les œuvres et élucident le mystère qui y est contenu ». (Dei Verbum, n. 2). Et ce dessein de salut culmine dans la personne de Jésus de Nazareth, médiateur et plénitude de toute la Révélation. Il nous a fait connaître le vrai Visage de Dieu Père et par sa Croix et sa Résurrection, il nous a fait passer de l'esclavage du péché et de la mort à la liberté des enfants de Dieu. La question fondamentale sur le sens de l'homme trouve dans le Mystère du Christ la réponse capable d’apaiser l'inquiétude du cœur humain. C’est de ce Mystère que naît la mission de l'Église, et c’est ce Mystère qui pousse les chrétiens à se faire messagers d’espérance et de salut, témoins de cet amour qui promeut la dignité de l'homme et construit justice et paix.

Silence et parole. S'éduquer à la communication veut dire apprendre à écouter, à contempler, bien plus qu'à parler, et ceci est particulièrement important pour les acteurs de l’évangélisation : silence et parole sont les deux éléments essentiels et parties intégrantes de l’action de communiquer de l'Église, pour un renouveau de l’annonce du Christ dans le monde contemporain. À Marie, dont le silence « écoute et fait fleurir la Parole » (Prière pour l'Agora des Jeunes à Lorette, 1-2 septembre 2007), je confie toute l'œuvre d'évangélisation que l'Église accomplit à travers les moyens de communication sociale.

Du Vatican, le 24 janvier 2012, Fête de saint François de Sales

BENEDICTUS PP XVI

 


site Fides

St François de Sales


MESSAGE OF THE HOLY FATHER BENEDICT XVI
FOR THE 46th WORLD COMMUNICATIONS DAY 2012

20th May 2012

Silence and Word: Path of Evangelization

"When Messages and Information Are Plentiful, Silence Becomes Essential"


VATICAN CITY, JAN. 24, 2012 (Zenit.org).- Here is a Vatican translation of Benedict XVI's message for World Communications Day 2012.

* * *

Dear Brothers and Sisters,

As we draw near to World Communications Day 2012, I would like to share with you some reflections concerning an aspect of the human process of communication which, despite its importance, is often overlooked and which, at the present time, it would seem especially necessary to recall. It concerns the relationship between silence and word: two aspects of communication which need to be kept in balance, to alternate and to be integrated with one another if authentic dialogue and deep closeness between people are to be achieved. When word and silence become mutually exclusive, communication breaks down, either because it gives rise to confusion or because, on the contrary, it creates an atmosphere of coldness; when they complement one another, however, communication acquires value and meaning.

Silence is an integral element of communication; in its absence, words rich in content cannot exist. In silence, we are better able to listen to and understand ourselves; ideas come to birth and acquire depth; we understand with greater clarity what it is we want to say and what we expect from others; and we choose how to express ourselves. By remaining silent we allow the other person to speak, to express him or herself; and we avoid being tied simply to our own words and ideas without them being adequately tested. In this way, space is created for mutual listening, and deeper human relationships become possible. It is often in silence, for example, that we observe the most authentic communication taking place between people who are in love: gestures, facial expressions and body language are signs by which they reveal themselves to each other. Joy, anxiety, and suffering can all be communicated in silence – indeed it provides them with a particularly powerful mode of expression. Silence, then, gives rise to even more active communication, requiring sensitivity and a capacity to listen that often makes manifest the true measure and nature of the relationships involved. When messages and information are plentiful, silence becomes essential if we are to distinguish what is important from what is insignificant or secondary. Deeper reflection helps us to discover the links between events that at first sight seem unconnected, to make evaluations, to analyze messages; this makes it possible to share thoughtful and relevant opinions, giving rise to an authentic body of shared knowledge. For this to happen, it is necessary to develop an appropriate environment, a kind of ‘eco-system’ that maintains a just equilibrium between silence, words, images and sounds.

The process of communication nowadays is largely fuelled by questions in search of answers. Search engines and social networks have become the starting point of communication for many people who are seeking advice, ideas, information and answers. In our time, the internet is becoming ever more a forum for questions and answers – indeed, people today are frequently bombarded with answers to questions they have never asked and to needs of which they were unaware. If we are to recognize and focus upon the truly important questions, then silence is a precious commodity that enables us to exercise proper discernment in the face of the surcharge of stimuli and data that we receive. Amid the complexity and diversity of the world of communications, however, many people find themselves confronted with the ultimate questions of human existence: Who am I? What can I know? What ought I to do? What may I hope? It is important to affirm those who ask these questions, and to open up the possibility of a profound dialogue, by means of words and interchange, but also through the call to silent reflection, something that is often more eloquent than a hasty answer and permits seekers to reach into the depths of their being and open themselves to the path towards knowledge that God has inscribed in human hearts.

Ultimately, this constant flow of questions demonstrates the restlessness of human beings, ceaselessly searching for truths, of greater or lesser import, that can offer meaning and hope to their lives. Men and women cannot rest content with a superficial and unquestioning exchange of skeptical opinions and experiences of life – all of us are in search of truth and we share this profound yearning today more than ever: "When people exchange information, they are already sharing themselves, their view of the world, their hopes, their ideals" (Message for the 2011 World Day of Communications).

Attention should be paid to the various types of websites, applications and social networks which can help people today to find time for reflection and authentic questioning, as well as making space for silence and occasions for prayer, meditation or sharing of the word of God. In concise phrases, often no longer than a verse from the Bible, profound thoughts can be communicated, as long as those taking part in the conversation do not neglect to cultivate their own inner lives. It is hardly surprising that different religious traditions consider solitude and silence as privileged states which help people to rediscover themselves and that Truth which gives meaning to all things. The God of biblical revelation speaks also without words: "As the Cross of Christ demonstrates, God also speaks by his silence. The silence of God, the experience of the distance of the almighty Father, is a decisive stage in the earthly journey of the Son of God, the incarnate Word …. God’s silence prolongs his earlier words. In these moments of darkness, he speaks through the mystery of his silence" (Verbum Domini, 21). The eloquence of God’s love, lived to the point of the supreme gift, speaks in the silence of the Cross. After Christ’s death there is a great silence over the earth, and on Holy Saturday, when "the King sleeps and God slept in the flesh and raised up those who were sleeping from the ages" (cf.Office of Readings, Holy Saturday), God’s voice resounds, filled with love for humanity.

If God speaks to us even in silence, we in turn discover in silence the possibility of speaking with God and about God. "We need that silence which becomes contemplation, which introduces us into God’s silence and brings us to the point where the Word, the redeeming Word, is born" (Homily, Eucharistic Celebration with Members of the International Theological Commission, 6 October 2006). In speaking of God’s grandeur, our language will always prove inadequate and must make space for silent contemplation. Out of such contemplation springs forth, with all its inner power, the urgent sense of mission, the compelling obligation "to communicate that which we have seen and heard" so that all may be in communion with God (1 Jn 1:3). Silent contemplation immerses us in the source of that Love who directs us towards our neighbours so that we may feel their suffering and offer them the light of Christ, his message of life and his saving gift of the fullness of love.

In silent contemplation, then, the eternal Word, through whom the world was created, becomes ever more powerfully present and we become aware of the plan of salvation that God is accomplishing throughout our history by word and deed. As the Second Vatican Council reminds us, divine revelation is fulfilled by "deeds and words having an inner unity: the deeds wrought by God in the history of salvation manifest and confirm the teaching and realities signified by the words, while the words proclaim the deeds and clarify the mystery contained in them" (Dei Verbum, 2). This plan of salvation culminates in the person of Jesus of Nazareth, the mediator and the fullness of all revelation. He has made known to us the true face of God the Father and by his Cross and Resurrection has brought us from the slavery of sin and death to the freedom of the children of God. The fundamental question of the meaning of human existence finds in the mystery of Christ an answer capable of bringing peace to the restless human heart. The Church’s mission springs from this mystery; and it is this mystery which impels Christians to become heralds of hope and salvation, witnesses of that love which promotes human dignity and builds justice and peace.

Word and silence: learning to communicate is learning to listen and contemplate as well as speak. This is especially important for those engaged in the task of evangelization: both silence and word are essential elements, integral to the Church’s work of communication for the sake of a renewed proclamation of Christ in today’s world. To Mary, whose silence "listens to the Word and causes it to blossom" (Private Prayer at the Holy House, Loreto, 1 September 2007), I entrust all the work of evangelization which the Church undertakes through the means of social communication.

From the Vatican, 24 January 2012, Feast of Saint Francis de Sales

BENEDICTUS PP XVI