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Texte Pris sur le site AGENCE ZENIT


C'est le Christ, et non un autre, qui guide l'Eglise et qui la sauve

Homélie pour la béatification de Paul VI (texte intégral)
Pape François

ROME, 19 octobre 2014 (Zenit.org) - C’est le Christ, et non un autre, qui guide l'Egllise et qui la sauve": le pape François a prononcé cette homélie lors de la messe de béatification du pape Paul VI (1897-1978), en ce 19 octobre, jour de conclusion du synode extraordinaire pour la famille, également journée mondiale des missions, en présence du pape émérite Benoît XVI et de deux autres cardinaux créés cardinaux par Paul VI.

Le bienheureux Paul VI a été proclamé bienheureux par le pape François à 10h48. Il sera fêté liturgiquement le 26 septembre, en la date de sa naissance. La relique apportée près de l'autel après la formule de béatification est la chemise teintée de son sang, à l'occasion de l'attentat au poignard aux Philippines, à l'aéroport de Manille, le 27 novembre 1970, par la main du peintre bolivien Benjamin Mendoza.

Sous un soleil éclatant - plus de 30° C - et un ciel d'azur limide, la foule de quelque 70 000 personnes (30 000 places assises) a interrompu le pape deux fois par des applaudissements lorsqu'il a remercié Paul VI: "À l’égard de ce grand Pape, de ce courageux chrétien, de cet apôtre infatigable, nous ne pouvons dire aujourd’hui devant Dieu qu’une parole aussi simple que sincère et importante : merci ! Merci! [applaudissements] Merci à notre cher et bien-aimé Pape Paul VI ! Merci pour ton témoignage humble et prophétique d’amour du Christ et de son Église !" [applaudissements]

La foule, dont quelque 3 000 pèlerins de Milan, où il avait été archevêque, a aussi applaudi cette citation de Paul VI: "Dans son journal personnel, le grand timonier du Concile, au lendemain de la clôture des Assises conciliaires, a noté : « Peut-être n’est-ce pas tant en raison d’une aptitude quelconque ou afin que je gouverne et que je sauve l’Église de ses difficultés actuelles, que le Seigneur m’a appelé et me garde à ce service, mais pour que je souffre pour l’Église, et qu’il soit clair que c’est Lui, et non un autre, qui la guide et qui la sauve »."

Voici la traduction officielle de l'homélie, prononcée en italien, sans modifications.

A.B.

Homélie du pape François

Nous venons d’entendre une des phrases les plus célèbres de tout l’Évangile : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). À la provocation des pharisiens qui, pour ainsi dire, voulaient lui faire passer l’examen de religion et le prendre en défaut, Jésus répond avec cette phrase ironique et géniale. C’est une réponse à effet que le Seigneur livre à tous ceux qui se posent des problèmes de conscience, surtout quand entrent en jeu leurs intérêts, leurs richesses, leur prestige, leur pouvoir et leur réputation. Et cela arrive de tout temps, depuis toujours. L’accent de Jésus retombe sûrement sur la seconde partie de la phrase : “Et (rendez) à Dieu ce qui est à Dieu”.

Cela signifie reconnaître et professer – face à n’importe quel type de pouvoir – que seul Dieu est le Seigneur de l’homme, et qu’il n’y en a pas d’autre. C’est la nouveauté éternelle à découvrir chaque jour, en vainquant la peur que nous éprouvons souvent devant les surprises de Dieu. Lui n’a pas peur de la nouveauté ! C’est pourquoi, il nous surprend continuellement, nous ouvrant et nous conduisant par des chemins imprévus. Il nous renouvelle, c’est-à-dire qu’il nous fait “nouveaux”, continuellement. Un chrétien qui vit l’Évangile est “la nouveauté de Dieu” dans l’Église et dans le monde. Et Dieu aime beaucoup cette “nouveauté” ! « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu », signifie s’ouvrir à sa volonté, lui consacrer notre vie et coopérer à son Royaume de miséricorde, d’amour et de paix.

Là se trouve notre force véritable, le ferment qui la fait lever et le sel qui donne saveur à chaque effort humain contre le pessimisme dominant que nous propose le monde. Là se trouve notre espérance parce que l’espérance en Dieu n’est donc pas une fuite de la réalité, elle n’est pas un alibi : c’est rendre à Dieu d’une manière active ce qui lui appartient. C’est pour cela que le chrétien regarde la réalité future, celle de Dieu, pour vivre pleinement la vie – les pieds bien plantés sur la terre – et répondre, avec courage, aux innombrables nouveaux défis.

Nous l’avons vu ces jours-ci durant le Synode extraordinaire des Évêques – “Synode” signifie « marcher ensemble ». Et en effet, pasteurs et laïcs de chaque partie du monde ont apporté ici à Rome la voix de leurs Églises particulières pour aider les familles d’aujourd’hui à marcher sur la route de l’Évangile, le regard fixé sur Jésus.

Ce fut une grande expérience dans laquelle nous avons vécu la synodalité et la collégialité, et nous avons senti la force de l’Esprit Saint qui guide et renouvelle toujours l’Église appelée, sans délai, à prendre soin des blessures qui saignent et à rallumer l’espérance pour beaucoup de gens sans espérance. Pour le don de ce Synode et pour l’esprit constructif offert par tous, avec l’apôtre Paul : « À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières » (1 Th 1, 2).

Et que l’Esprit Saint qui, en ces jours laborieux nous a donné de travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité, accompagne encore la marche qui, dans les Églises de toute la terre, nous prépare au prochain Synode Ordinaire des Évêques d’octobre 2015. Nous avons semé et nous continuerons à semer avec patience et persévérance, dans la certitude que c’est le Seigneur qui fait croître tout ce que nous avons semé (cf. 1 Co 3, 6).

En ce jour de la béatification du Pape Paul VI, me reviennent à l’esprit ses paroles, par lesquelles il a institué le Synode des Évêques : « En observant attentivement les signes des temps, nous nous efforçons d’adapter les orientations et les méthodes … aux besoins croissants de notre époque et à l’évolution de la société » (Lett. ap. Motu proprio Apostolica sollicitudo).

À l’égard de ce grand Pape, de ce courageux chrétien, de cet apôtre infatigable, nous ne pouvons dire aujourd’hui devant Dieu qu’une parole aussi simple que sincère et importante : merci ! Merci! [applaudissements] Merci à notre cher et bien-aimé Pape Paul VI ! Merci pour ton témoignage humble et prophétique d’amour du Christ et de son Église ! [applaudissements]

Dans son journal personnel, le grand timonier du Concile, au lendemain de la clôture des Assises conciliaires, a noté : « Peut-être n’est-ce pas tant en raison d’une aptitude quelconque ou afin que je gouverne et que je sauve l’Église de ses difficultés actuelles, que le Seigneur m’a appelé et me garde à ce service, mais pour que je souffre pour l’Église, et qu’il soit clair que c’est Lui, et non un autre, qui la guide et qui la sauve » [applaudissements] (P. Macchi, Paul VI à travers son enseignement, de Guibert 2005, p. 105).

Dans cette humilité resplendit la grandeur du Bienheureux Paul VI qui, alors que se profilait une société sécularisée et hostile, a su conduire avec une sagesse clairvoyante – et parfois dans la solitude – le gouvernail de la barque de Pierre sans jamais perdre la joie ni la confiance dans le Seigneur.

Paul VI a vraiment su “rendre à Dieu ce qui est à Dieu” en consacrant sa vie tout entière à « l’engagement sacré, solennel et très grave : celui de continuer dans le temps et d’étendre sur la terre la mission du Christ » (Homélie pour le rite du couronnement, Documentation catholique n. 1404 [1963], col. 932), en aimant l’Église et en la guidant pour qu’elle soit « en même temps mère aimante de tous les hommes et dispensatrice du salut » (Lett. ap. Ecclesiam Suam, Prologue).


 




AGENCY ZENIT


Pope's Homily at the Beatification Mass of Paul VI

"When we look to this great Pope, this courageous Christian, this tireless apostle, we cannot but say in the sight of God a word as simple as it is heartfelt and important: thanks!"

VATICAN CITY, October 19, 2014 (Zenit.org) - Here is the translation of the Holy Father’s homily at the Celebration of Mass for the Closing of the Synod of Bishops and the Beatification of Pope Paul VI.

* * *

We have just heard one of the most famous phrases in the entire Gospel: "Render to Caesar the things that are Caesar’s, and to God the things that are God’s" (Mt22:21).

Goaded by the Pharisees who wanted, as it were, to give him an exam in religion and catch him in error, Jesus gives this ironic and brilliant reply. It is a striking phrase which the Lord has bequeathed to all those who experience qualms of conscience, particularly when their comfort, their wealth, their prestige, their power and their reputation are in question. This happens all the time; it always has.

Certainly Jesus puts the stress on the second part of the phrase: "and [render] to God the things that are God’s". This calls for acknowledging and professing – in the face of any sort of power – that God alone is the Lord of mankind, that there is no other. This is the perennial newness to be discovered each day, and it requires mastering the fear which we often feel at God’s surprises.

God is not afraid of new things! That is why he is continually surprising us, opening our hearts and guiding us in unexpected ways. He renews us: he constantly makes us "new". A Christian who lives the Gospel is "God’s newness" in the Church and in the world. How much God loves this "newness"!

"Rendering to God the things that are God’s" means being docile to his will, devoting our lives to him and working for his kingdom of mercy, love and peace.

Here is where our true strength is found; here is the leaven which makes it grow and the salt which gives flavour to all our efforts to combat the prevalent pessimism which the world proposes to us. Here too is where our hope is found, for when we put our hope in God we are neither fleeing from reality nor seeking an alibi: instead, we are striving to render to God what is God’s. That is why we Christians look to the future, God’s future. It is so that we can live this life to the fullest – with our feet firmly planted on the ground – and respond courageously to whatever new challenges come our way.

In these days, during the extraordinary Synod of Bishops, we have seen how true this is. "Synod" means "journeying together". And indeed pastors and lay people from every part of the world have come to Rome, bringing the voice of their particular Churches in order to help today’s families walk the path the Gospel with their gaze fixed on Jesus. It has been a great experience, in which we have lived synodality and collegiality, and felt the power of the Holy Spirit who constantly guides and renews the Church. For the Church is called to waste no time in seeking to bind up open wounds and to rekindle hope in so many people who have lost hope.

For the gift of this Synod and for the constructive spirit which everyone has shown, in union with the Apostle Paul "we give thanks to God always for you all, constantly mentioning you in our prayers" (1 Th 1:2). May the Holy Spirit, who during these busy days has enabled us to work generously, in true freedom and humble creativity, continue to guide the journey which, in the Churches throughout the world, is bringing us to the Ordinary Synod of Bishops in October 2015. We have sown and we continued to sow, patiently and perseveringly, in the certainty that it is the Lord who gives growth to what we have sown (cf.1 Cor 3:6).

On this day of the Beatification of Pope Paul VI, I think of the words with which he established the Synod of Bishops: "by carefully surveying the signs of the times, we are making every effort to adapt ways and methods… to the growing needs of our time and the changing conditions of society" (Apostolic Letter Motu Proprio Apostolica Sollicitudo).

When we look to this great Pope, this courageous Christian, this tireless apostle, we cannot but say in the sight of God a word as simple as it is heartfelt and important: thanks! Thank you, our dear and beloved Pope Paul VI! Thank you for your humble and prophetic witness of love for Christ and his Church!

In his personal journal, the great helmsman of the Council wrote, at the conclusion of its final session: "Perhaps the Lord has called me and preserved me for this service not because I am particularly fit for it, or so that I can govern and rescue the Church from her present difficulties, but so that I can suffer something for the Church, and in that way it will be clear that he, and no other, is her guide and saviour" (P. Macchi, Paolo VI nella sua parola, Brescia, 2001, pp. 120-121). In this humility the grandeur of Blessed Paul VI shines forth: before the advent of a secularized and hostile society, he could hold fast, with farsightedness and wisdom – and at times alone – to the helm of the barque of Peter, while never losing his joy and his trust in the Lord.

Paul VI truly "rendered to God what is God’s" by devoting his whole life to the "sacred, solemn and grave task of continuing in history and extending on earth the mission of Christ" (Homily for the Rite of Coronation: Insegnamenti I, 1963, p. 26), loving the Church and leading her so that she might be "a loving mother of the whole human family and at the same time the minister of its salvation" (Encyclical Letter Ecclesiam Suam, Prologue).