Texte Pris sur l'Agence Zenit

Rome, 2 février 2015 (Zenit.org)

La joie des consacrés c'est de s'abaisser en se faisant serviteurs

Journée de la vie consacrée, à Saint-Pierre (texte intégral)

"S’abaisser en se faisant serviteur pour servir", comme le Christ, voilà la source de la joie des consacrés, explique le pape François.

Le pape a en effet présidé à Saint-Pierre, ce 2 février, à 17h30, la messe de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple de Jérusalem, une fête qui est aussi l'occasion de la Journée mondiale de la vie consacrée. Le pape était entouré de milliers de personnes consacrées présentes à Rome.

Le pape a proposé une homélie centrée notamment sur un des trois conseils évangéliques qui marquent la vie consacrée: l'obéissance, la docilité spirituelle à l'Esprit Saint.

Une obéissance et une docilité "concrètes" qu'il décline en quatre points: "docilité et obéissance à un fondateur, docilité et obéissance à une règle concrète, docilité et obéissance à un supérieur, docilité et obéissance à l’Église".

Il a insisté sur le chemin du service comme source de "sagesse" dans l'Esprit Saint: "Pour un religieux, progresser c’est s’abaisser dans le service. Un chemin comme celui de Jésus (...). S’abaisser en se faisant serviteur pour servir."

Pour le pape, c'est l'origine de la "joie": "La joie du religieux est la conséquence de cette voie d’abaissement avec Jésus…"

"La revitalisation et le renouveau de la vie consacrée se produisent à travers un grand amour de la règle et aussi à travers la capacité à contempler et à écouter les personnes âgées de la congrégation", explique le pape François. Commentant l'Evangile de la Présentation au Temple, le pape a insisté sur les deux vieillards Siméon et Anne: ce sont eux, dit le pape, les "créatifs".

Au contraire, il y a une "caricature" de la vie consacrée dont le pape signale 5 symptômes: quand "on vit une « sequela » sans renoncement, une prière sans rencontre, une vie fraternelle sans communion, une obéissance sans confiance, une charité sans transcendance".

Les intentions de la prière universelle ont été dites en tamil, en chinois, en anglais, en tagalog (Philippines), en swahili.

A.B.

Homélie du pape François

Nous avons sous les yeux la représentation de notre Mère, Marie, qui marche avec l’Enfant Jésus dans les bras. Elle l’introduit dans le Temple, elle l’introduit dans le peuple, elle l’amène rencontrer son peuple.

Les bras de notre Mère sont comme l’ « échelle » par laquelle le Fils de Dieu descend vers nous, l’échelle de la condescendance de Dieu. Nous l’avons entendu dans la première lecture, de la Lettre aux Hébreux : Le Christ s’est rendu « en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi » (2,17). C’est la double voie de Jésus : il est descendu, il s’est fait comme nous, pour monter vers le Père avec nous, nous faisant comme lui.

Nous pouvons contempler dans notre cœur ce mouvement, en imaginant la scène évangélique de Marie qui entre dans le Temple avec son Enfant dans les bras. La Vierge Marie marche, mais c’est son Fils qui marche devant elle. Elle le porte, mais c’est lui qui la porte dans ce chemin de Dieu qui vient à nous afin que nous puissions aller à lui.

Jésus a marché sur la même route que nous, et il nous a indiqué la route nouvelle, un « chemin nouveau et vivant » (cf. He 10,20) qui est lui-même. Pour nous aussi, consacrés, il a ouvert une voie. (...)

L’Évangile insiste bien cinq fois sur l’obéissance de Marie et Joseph à la « Loi du Seigneur » (cf. Lc 2,22.23.24.27.39). Jésus n’est pas venu faire sa volonté, mais la volonté de son Père ; et cela, a-t-il dit, était sa « nourriture » (cf. Jn 4,34). Ainsi, celui qui suit Jésus se met sur la voie de l’obéissance, comme pour imiter la « condescendance » du Seigneur, s’abaissant et faisant sienne la volonté de son Père, y compris jusqu’à l’anéantissement et l’humiliation de soi-même (cf. Ph 2,7-8). Pour un religieux, progresser c’est s’abaisser dans le service. Un chemin comme celui de Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph 2,6). S’abaisser en se faisant serviteur pour servir.

Et ce chemin prend la forme de la règle, caractérisée par le charisme du fondateur. La règle irremplaçable, pour tous, est toujours l’Évangile, cet abaissement du Christ, mais l’Esprit-Saint, dans son infinie créativité, l’exprime aussi dans différentes règles de vie consacrée, mais toutes naissent de la « sequela Christi », de ce chemin qui consiste à s’abaisser en servant.

À travers cette « loi », les consacrés peuvent atteindre la sagesse, qui n’est pas une attitude abstraite, mais l’œuvre et le don de l’Esprit-Saint, et son signe évident est la joie. Oui, la joie du religieux est la conséquence de cette voie d’abaissement avec Jésus… Et, quand nous sommes tristes, cela nous fera du bien de nous demander comment nous vivons cette dimension de kénose.

Dans le récit de la Présentation de Jésus, la sagesse est représentée par deux personnes âgées, Siméon et Anne : des personnes dociles à l’Esprit-Saint (il est nommé 4 fois), guidées par lui, animées par lui. Le Seigneur leur a donné la sagesse à travers un long chemin sur la voie de l’obéissance à sa loi, obéissance qui, d’une part humilie et anéantit, mais obéissance qui, d’autre part garde et garantit l’espérance ; et maintenant, ils sont créatifs, parce que remplis d’Esprit-Saint. Il créent même une sorte de liturgie autour de l’Enfant qui entre dans le Temple : Siméon loue le Seigneur et Anne « prédit » le salut (cf. Lc 2,28-32.38). Comme dans le cas de Marie, le vieillard porte aussi l’Enfant mais, en réalité, c’est l’Enfant qui conduit la personne âgée. La liturgie des premières vêpres de la fête de ce jour l’exprime d’une manière claire et belle : « senex puerum portabat, puer autem senem regebat » ("le vieillard portait l'enfant, mais l'enfant dirigeait le vieillard", ndlr). Marie, la jeune mère, comme Siméon, le vieux « grand-père », portent l’Enfant dans leurs bras, mais c’est l’Enfant qui les conduit tous les deux.

C’est curieux, ici, ce ne sont pas les jeunes qui sont créatifs : les jeunes, comme Marie et Joseph, suivent la loi du Seigneur, la voie de l’obéissance. Et le Seigneur transforme l’obéissance en sagesse, par l’action de son Saint-Esprit. Parfois, Dieu peut donner le don de la sagesse à un jeune, mais toujours à travers la voie de l’obéissance et de la docilité à l’Esprit. Cette obéissance, cette docilité n’est pas quelque chose de théorique, mais elle aussi est soumise au régime de l’incarnation du Verbe : docilité et obéissance à un fondateur, docilité et obéissance à une règle concrète, docilité et obéissance à un supérieur, docilité et obéissance à l’Église. Il s’agit d’une docilité et d’une obéissance concrètes.

À travers le cheminement persévérant dans l’obéissance, la sagesse personnelle et communautaire mûrit, et il devient alors possible aussi d’adapter les règles aux temps : la véritable « mise à jour », en effet, est l’œuvre de la sagesse, forgée dans la docilité et l’obéissance.

La revitalisation et le renouveau de la vie consacrée se produisent à travers un grand amour de la règle et aussi à travers la capacité à contempler et à écouter les personnes âgées de la congrégation. Ainsi, le « dépôt », le charisme de toute famille religieuse est gardé par l’obéissance et par la sagesse ensemble. Et, à travers se chemin, nous sommes préservés de vivre notre consécration à la légère, de manière désincarnée, comme s’il s’agissait d’une gnose qui se réduirait à une « caricature » de la vie religieuse, dans laquelle on vit une « sequela » sans renoncement, une prière sans rencontre, une vie fraternelle sans communion, une obéissance sans confiance, une charité sans transcendance.

Nous aussi, aujourd’hui, comme Marie et comme Siméon, nous voulons prendre Jésus dans nos bras pour qu’il rencontre son peuple et nous l’obtiendrons certainement si nous entrons dans le mystère par lequel c’est Jésus lui-même qui nous conduit. Nous menons à Jésus mais nous nous laissons guider. C’est ce que nous devons être : des guides guidés.

Que le Seigneur, par l’intercession de notre Mère, de saint Joseph et des saints Siméon et Anne, nous accorde ce que nous lui avons demandé dans la prière de la Collecte : de lui « être présentés pleinement renouvelés dans l’Esprit ». Ainsi soit-il.

Traduction de Zenit, Constance Roques



Zenit Agency

Pope's Homily for World Day of Consecrated Life

"Both Mary, young Mother, as well as Simeon, elderly 'grandfather,' carry the Child in their arms, but it is the Child himself that leads them both"

Vatican City, February 02, 2015 (Zenit.org)


Here is a translation of the text of the Pope’s homily given today in St. Peter's Basilica at a Mass for the feast of the Presentation of the Lord, marking the World Day of Consecrated Life.


* * *

We have before our mind’s eye the icon of Mother Mary walking with the Child Jesus in her arms. She takes him to the Temple, introduces him to the people, carries him to encounter his people. The Mother’s arms are like the stairs the Son of God comes down to us, the stairs of God’s condescension. We heard this in the First Reading of the Letter to the Hebrews: Christ “had to be made like his brethren in every respect, so that he might become a merciful and faithful high priest “ (2:17). It is the twofold way of Jesus: He came down, made himself like us, to ascend to the Father together with us, making us like himself. We can contemplate this movement in our heart imagining the Gospel scene of Mary, who enters the Temple with the Child in her arms. Our Lady walks, but it is the Son who walks before her. She carries him, but it is He who carries her in this way of God, who comes to us so that we can go to Him. Jesus has followed our same path, and has indicated to us the new path, a “new and living way” (Hebrews 10:20), which He Himself is. He has also opened a way for us, the consecrated. The Gospel emphasizes a good five times Mary’s and Joseph’s obedience to the Law of the Lord” (Cf. Luke 2: 22.23.24.27.39).

Jesus did not come to do his will, but the will of the Father: and this, he said, was his “food” (Cf. John 4:34). Thus he who follows Jesus puts himself in the way of obedience, as if imitating the “condescension of the Lord, who humbled himself and made the Father’s will his own, even to the annihilation and humiliation of himself” (Cf. Philippians 2:7-8). For a Religious, to progress is to lower himself in service. A way like that of Jesus, “who did not count equality with God” (Philippians 2:6). To lower oneself, making oneself servant to serve. And this way takes the form of the Rule, marked by the Founder’s charism. The irreplaceable Rule for all is always the Gospel, this abasement of Christ, but in his infinite creativity, the Holy Spirit expresses it also in different rules of consecrated life, however, they are all born of the following of Christ, of this way of abasing oneself to serve.

Through this “Law” the consecrated can attain wisdom, which is not an abstract attitude but work and gift of the Holy Spirit, and its evident sign is joy. Yes, the joy of the Religious is the consequence of this way of abasement with Jesus … And when we are sad, it will do us good to ask ourselves how we are living this kenotic dimension. In the account of the Presentation of Jesus, wisdom is represented by two elderly: Simeon and Anna: persons docile to the Holy Spirit (this is mentioned three times), guided by Him, animated by Him. The Lord gave them wisdom through a long journey in the way of obedience to his law, obedience that, on one hand, humiliates and annihilates, but on the other hand, obedience that guards and guarantees hope, and so they are creative because full of the Holy Spirit. They also create a sort of liturgy around the Child who enters the Temple: Simeon praises the Lord and Anna “preaches” salvation ( Cf. Luke 2:28-32.38). As in Mary’s case, the elderly man carries the Child but, in reality, it is the Child who leads the elderly one. The liturgy of the First Vespers of today’s feast expresses it in a clear and beautiful way: “senex puerum portabat, puer autem senem regebat.”

Both Mary, young Mother, as well as Simeon, elderly “grandfather,” carry the Child in their arms, but it is the Child himself that leads them both. It is curious, it is not the young, here, who are creative: the young, like Mary ands Joseph, follow the Lord’s law, the way of obedience. And the Lord transforms obedience into wisdom, with the action of his Holy Spirit. Sometimes God can give the gift of wisdom to a youth, but always through the way of obedience and docility to the Spirit. This obedience and docility is not something theoretic, it is also under the regime of the Incarnation of the Word: docility and obedience to a founder, docility and obedience to a concrete Rule, docility and obedience to a Superior, docility and obedience to the Church. It is about concrete docility and obedience. Personal and community wisdom matures through perseverant way of obedience, and thus it becomes possible also to adapt the rules to the times: true “modernization” in fact is the work of wisdom, forged in docility and obedience. The reinvigoration and renewal of consecrated life occur through great love of the Rule, and also through the capacity to contemplate and to listen to the elderly of the Congregation. Thus the “deposit”, the charism of every Religious family is guarded by obedience and wisdom together. And, through this way, we are preserved from living our consecration in a light and disincarnated way, as if it were a gnosis, which would be reduced to a “caricature” of religious life, in which one engages in a following without renunciation, a prayer without encounter, a fraternal life without communion, obedience without trust, charity without transcendence.

Today, as Mary and Simeon, we want to take Jesus in our arms so that he encounters his people, and we will certainly succeed if we enter in the mystery where it is Jesus himself who leads us. We take Jesus but we let ourselves be guided. Through the intercession of our Mother, of Saint Joseph and of Saints Simeon and Anna, may the Lord grant us what we asked him in the Collect Prayer: to “be presented [to Him] fully renewed in the spirit.” So be it.

[Original text: Italian]

[Translation by ZENIT]