Nouvelles du 30-01- 2008
Texte Pris sur le site Zénit

2008-01-31

« Le Christ pour vous s’est fait pauvre » : Message de carême 2008 de Benoît XVI

La pratique de l’aumône chrétienne


ROME, Mardi 29 janvier 2008 (ZENIT.org) - La pratique de l'aumône chrétienne fait l'objet de ce message de Benoît XVI pour le carême 2008.

MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2008

« Le Christ pour vous s'est fait pauvre » (2 Cor 8,9)

Chers frères et sœurs !

1. Chaque année, le Carême nous offre une occasion providentielle pour approfondir le sens et la valeur de notre identité chrétienne, et nous stimule à redécouvrir la miséricorde de Dieu pour devenir, à notre tour, plus miséricordieux envers nos frères. Pendant le temps du Carême, l'Église propose certains engagements spécifiques pour accompagner concrètement les fidèles dans ce processus de renouvellement intérieur : ce sont la prière, le jeûne et l'aumône. Cette année, en ce traditionnel Message pour le Carême, je voudrais m'arrêter pour réfléchir sur la pratique de l'aumône : elle est une manière concrète de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, et, en même temps, un exercice ascétique pour se libérer de l'attachement aux biens terrestres. Combien forte est l'attirance des richesses matérielles, et combien doit être ferme notre décision de ne pas l'idolâtrer ! Aussi Jésus affirme-t-il d'une manière péremptoire : « Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent » (Lc 16,13).

L'aumône nous aide à vaincre cette tentation permanente : elle nous apprend à aller à la rencontre des besoins de notre prochain et à partager avec les autres ce que, par grâce divine, nous possédons. C'est à cela que visent les collectes spéciales en faveur des pauvres, qui sont organisées pendant le Carême en de nombreuses régions du monde. Ainsi, à la purification intérieure s'ajoute un geste de communion ecclésiale, comme cela se passait déjà dans l'Église primitive. Saint Paul en parle dans ses Lettres à propos de la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem (cf. 2 Cor 8-9 ; Rm 15, 25-27).

2. Selon l'enseignement de l'Évangile, nous ne sommes pas propriétaires mais administrateurs des biens que nous possédons : ceux-ci ne doivent donc pas être considérés comme notre propriété exclusive, mais comme des moyens à travers lesquels le Seigneur appelle chacun d'entre nous à devenir un instrument de sa providence envers le prochain. Comme le rappelle le Catéchisme de l'Église Catholique, les biens matériels ont une valeur sociale, selon le principe de leur destination universelle (cf. n° 2404).

Dans l'Évangile, l'avertissement de Jésus est clair envers ceux qui possèdent des richesses terrestres et ne les utilisent que pour eux-mêmes. Face aux multitudes qui, dépourvues de tout, éprouvent la faim, les paroles de saint Jean prennent des accents de vive remontrance : « Si quelqu'un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jn 3, 17). Cet appel au partage résonne avec plus de force dans les pays dont la population est formée d'une majorité de chrétiens, car plus grave encore est leur responsabilité face aux multitudes qui souffrent de l'indigence et de l'abandon. Leur porter secours est un devoir de justice avant même d'être un acte de charité.

3. L'Évangile met en lumière un aspect caractéristique de l'aumône chrétienne : elle doit demeurer cachée. « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite », dit Jésus, « afin que ton aumône se fasse en secret » (Mt 6, 3-4). Et juste avant, il avait dit qu'il ne faut pas se vanter de ses bonnes actions, pour ne pas risquer d'être privé de la récompense céleste (cf. Mt 6, 1-2). La préoccupation du disciple est de tout faire pour la plus grande gloire de Dieu. Jésus avertit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 16). Ainsi, tout doit être accompli pour la gloire de Dieu et non pour la nôtre. Ayez-en conscience, chers frères et sœurs, en accomplissant chaque geste d'assistance au prochain, tout en évitant de le transformer en un moyen de se mettre en évidence. Si, en faisant une bonne action, nous ne recherchons pas la gloire de Dieu et le vrai bien de nos frères, mais nous attendons plutôt en retour un avantage personnel ou simplement des louanges, nous nous situons dès lors en dehors de l'esprit évangélique. Dans la société moderne de l'image, il importe de rester attentif, car cette tentation est récurrente. L'aumône évangélique n'est pas simple philanthropie : elle est plutôt une expression concrète de la charité, vertu théologale qui exige la conversion intérieure à l'amour de Dieu et des frères, à l'imitation de Jésus Christ, qui, en mourant sur la Croix, se donna tout entier pour nous. Comment ne pas rendre grâce à Dieu pour les innombrables personnes qui, dans le silence, loin des projecteurs de la société médiatique, accomplissent dans cet esprit des actions généreuses de soutien aux personnes en difficulté ? Il ne sert pas à grand chose que de donner ses biens aux autres si, à cause de cela, le cœur se gonfle de vaine gloire : voilà pourquoi celui qui sait que Dieu « voit dans le secret » et dans le secret le récompensera, ne cherche pas de reconnaissance humaine pour les œuvres de miséricorde qu'il accomplit.

4. En nous invitant à considérer l'aumône avec un regard plus profond, qui transcende la dimension purement matérielle, les Saintes Écritures nous enseignent qu'il y a plus de joie à donner qu'à recevoir (cf. Act 20, 35). Quand nous agissons avec amour, nous exprimons la vérité de notre être : nous avons en effet été créés non pour nous-mêmes, mais pour Dieu et pour nos frères (cf. 2 Cor 5, 15). Chaque fois que, par amour pour Dieu, nous partageons nos biens avec notre prochain qui est dans le besoin, nous expérimentons que la plénitude de la vie vient de l'amour et que tout se transforme pour nous en bénédiction sous forme de paix, de satisfaction intérieure et de joie. En récompense de nos aumônes, le Père céleste nous donne sa joie. Mais il y a plus encore : saint Pierre cite parmi les fruits spirituels de l'aumône, le pardon des péchés. « La charité - écrit-il - couvre une multitude de péchés » (1 P 4, 8). La liturgie du Carême le répète souvent, Dieu nous offre, à nous pécheurs, la possibilité d'être pardonnés. Le fait de partager ce que nous possédons avec les pauvres, nous dispose à recevoir un tel don. Je pense en ce moment au grand nombre de ceux qui ressentent le poids du mal accompli et qui, précisément pour cela, se sentent loin de Dieu, apeurés et pratiquement incapables de recourir à Lui. L'aumône, en nous rapprochant des autres, nous rapproche de Dieu, et elle peut devenir l'instrument d'une authentique conversion et d'une réconciliation avec Lui et avec nos frères.

5. L'aumône éduque à la générosité de l'amour. Saint Joseph-Benoît Cottolengo avait l'habitude de recommander : « Ne comptez jamais les pièces que vous donnez, parce que, je le dis toujours : si en faisant l'aumône la main gauche ne doit pas savoir ce que fait la droite, de même la droite ne doit pas savoir ce qu'elle fait elle-même » (Detti e pensieri, Edilibri, n. 201). À ce propos, combien significatif est l'épisode évangélique de la veuve qui, dans sa misère, jette dans le trésor du Temple « tout ce qu'elle avait pour vivre » (Mc 12, 44). Sa petite monnaie, insignifiante, devint un symbole éloquent : cette veuve donna à Dieu non de son superflu, et non pas tant ce qu'elle a, mais ce qu'elle est. Elle, tout entière.

Cet épisode émouvant s'insère dans la description des jours qui précèdent immédiatement la passion et la mort de Jésus, Lui qui, comme le note saint Paul, s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Cor 8, 9) ; Il s'est donné tout entier pour nous. Le Carême nous pousse à suivre son exemple, y compris à travers la pratique de l'aumône. À son école, nous pouvons apprendre à faire de notre vie un don total ; en l'imitant, nous réussissons à devenir disposés, non pas tant à donner quelque chose de ce que nous possédons, qu'à nous donner nous-mêmes. L'Évangile tout entier ne se résume-t-il pas dans l'unique commandement de la charité ? La pratique quadragésimale de l'aumône devient donc un moyen pour approfondir notre vocation chrétienne. Quand il s'offre gratuitement lui-même, le chrétien témoigne que c'est l'amour et non la richesse matérielle qui dicte les lois de l'existence. C'es donc l'amour qui donne sa valeur à l'aumône, lui qui inspire les diverses formes de don, selon les possibilités et les conditions de chacun.

6. Chers frères et sœurs, le Carême nous invite à nous « entraîner » spirituellement, notamment à travers la pratique de l'aumône, pour croître dans la charité et reconnaître Jésus lui-même dans les pauvres. Les Actes des Apôtres racontent que l'apôtre Pierre s'adressa ainsi au boiteux de naissance qui demandait l'aumône à la porte du Temple : « Je n'ai ni argent, ni or ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche » (Act 3, 6). Par l'aumône, nous offrons quelque chose de matériel en signe de ce don plus grand que nous pouvons offrir aux autres, l'annonce et le témoignage du Christ : en son Nom est la vraie vie. Que ce temps soit donc caractérisé par un effort personnel et communautaire d'adhésion au Christ pour que nous soyons des témoins de son amour. Que Marie, Mère et Servante fidèle du Seigneur, aide les croyants à livrer le « combat spirituel » du Carême avec les armes de la prière, du jeûne et de la pratique de l'aumône, afin de parvenir aux célébrations des fêtes pascales en étant entièrement renouvelés en esprit. En formulant ces vœux, j'accorde volontiers à tous la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 30 octobre 2007

BENEDICTUS PP. XVI



site Zenit

Date: 2008-01-31

Benedict XVI's Lenten Address 2008

"Almsgiving, According to the Gospel, Is Not Mere Philanthropy"

VATICAN CITY, JAN. 29, 2008 (Zenit.org).- Here is the text of Benedict XVI's message for Lent, dated Oct. 30 and released today by the Vatican.

Ash Wednesday is Feb. 6.

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MESSAGE OF HIS HOLINESS BENEDICT XVI FOR LENT 2008

"Christ made Himself poor for you" (2 Cor 8,9)

Dear Brothers and Sisters!

1. Each year, Lent offers us a providential opportunity to deepen the meaning and value of our Christian lives, and it stimulates us to rediscover the mercy of God so that we, in turn, become more merciful toward our brothers and sisters. In the Lenten period, the Church makes it her duty to propose some specific tasks that accompany the faithful concretely in this process of interior renewal: these are prayer, fasting and almsgiving. For this year's Lenten Message, I wish to spend some time reflecting on the practice of almsgiving, which represents a specific way to assist those in need and, at the same time, an exercise in self-denial to free us from attachment to worldly goods. The force of attraction to material riches and just how categorical our decision must be not to make of them an idol, Jesus confirms in a resolute way: "You cannot serve God and mammon" (Lk 16,13). Almsgiving helps us to overcome this constant temptation, teaching us to respond to our neighbor's needs and to share with others whatever we possess through divine goodness. This is the aim of the special collections in favor of the poor, which are promoted during Lent in many parts of the world. In this way, inward cleansing is accompanied by a gesture of ecclesial communion, mirroring what already took place in the early Church. In his Letters, Saint Paul speaks of this in regard to the collection for the Jerusalem community (cf. 2 Cor 8-9; Rm 15, 25-27).

2. According to the teaching of the Gospel, we are not owners but rather administrators of the goods we possess: these, then, are not to be considered as our exclusive possession, but means through which the Lord calls each one of us to act as a steward of His providence for our neighbor. As the Catechism of the Catholic Church reminds us, material goods bear a social value, according to the principle of their universal destination (cf. n. 2404)

In the Gospel, Jesus explicitly admonishes the one who possesses and uses earthly riches only for self. In the face of the multitudes, who, lacking everything, suffer hunger, the words of Saint John acquire the tone of a ringing rebuke: "How does God's love abide in anyone who has the world's goods and sees a brother or sister in need and yet refuses to help?" (1 Jn 3,17). In those countries whose population is majority Christian, the call to share is even more urgent, since their responsibility toward the many who suffer poverty and abandonment is even greater. To come to their aid is a duty of justice even prior to being an act of charity.

3. The Gospel highlights a typical feature of Christian almsgiving: it must be hidden: "Do not let your left hand know what your right hand is doing," Jesus asserts, "so that your alms may be done in secret" (Mt 6,3-4). Just a short while before, He said not to boast of one's own good works so as not to risk being deprived of the heavenly reward (cf. Mt 6,1-2). The disciple is to be concerned with God's greater glory. Jesus warns: "In this way, let your light shine before others, so that they may see your good works and give glory to your Father in heaven" (Mt 5,16). Everything, then, must be done for God's glory and not our own. This understanding, dear brothers and sisters, must accompany every gesture of help to our neighbor, avoiding that it becomes a means to make ourselves the center of attention. If, in accomplishing a good deed, we do not have as our goal God's glory and the real well being of our brothers and sisters, looking rather for a return of personal interest or simply of applause, we place ourselves outside of the Gospel vision. In today's world of images, attentive vigilance is required, since this temptation is great. Almsgiving, according to the Gospel, is not mere philanthropy: rather it is a concrete expression of charity, a theological virtue that demands interior conversion to love of God and neighbor, in imitation of Jesus Christ, who, dying on the cross, gave His entire self for us. How could we not thank God for the many people who silently, far from the gaze of the media world, fulfill, with this spirit, generous actions in support of one's neighbor in difficulty? There is little use in giving one's personal goods to others if it leads to a heart puffed up in vainglory: for this reason, the one, who knows that God "sees in secret" and in secret will reward, does not seek human recognition for works of mercy.

4. In inviting us to consider almsgiving with a more profound gaze that transcends the purely material dimension, Scripture teaches us that there is more joy in giving than in receiving (cf. Acts 20,35). When we do things out of love, we express the truth of our being; indeed, we have been created not for ourselves but for God and our brothers and sisters (cf. 2 Cor 5,15). Every time when, for love of God, we share our goods with our neighbor in need, we discover that the fullness of life comes from love and all is returned to us as a blessing in the form of peace, inner satisfaction and joy. Our Father in heaven rewards our almsgiving with His joy. What is more: Saint Peter includes among the spiritual fruits of almsgiving the forgiveness of sins: "Charity," he writes, "covers a multitude of sins" (1 Pt 4,8). As the Lenten liturgy frequently repeats, God offers to us sinners the possibility of being forgiven. The fact of sharing with the poor what we possess disposes us to receive such a gift. In this moment, my thought turns to those who realize the weight of the evil they have committed and, precisely for this reason, feel far from God, fearful and almost incapable of turning to Him. By drawing close to others through almsgiving, we draw close to God; it can become an instrument for authentic conversion and reconciliation with Him and our brothers.

5. Almsgiving teaches us the generosity of love. Saint Joseph Benedict Cottolengo forthrightly recommends: "Never keep an account of the coins you give, since this is what I always say: if, in giving alms, the left hand is not to know what the right hand is doing, then the right hand, too, should not know what it does itself" (Detti e pensieri, Edilibri, n. 201). In this regard, all the more significant is the Gospel story of the widow who, out of her poverty, cast into the Temple treasury "all she had to live on" (Mk 12,44). Her tiny and insignificant coin becomes an eloquent symbol: this widow gives to God not out of her abundance, not so much what she has, but what she is. Her entire self.

We find this moving passage inserted in the description of the days that immediately precede Jesus' passion and death, who, as Saint Paul writes, made Himself poor to enrich us out of His poverty (cf. 2 Cor 8,9); He gave His entire self for us. Lent, also through the practice of almsgiving, inspires us to follow His example. In His school, we can learn to make of our lives a total gift; imitating Him, we are able to make ourselves available, not so much in giving a part of what we possess, but our very selves. Cannot the entire Gospel be summarized perhaps in the one commandment of love? The Lenten practice of almsgiving thus becomes a means to deepen our Christian vocation. In gratuitously offering himself, the Christian bears witness that it is love and not material richness that determines the laws of his existence. Love, then, gives almsgiving its value; it inspires various forms of giving, according to the possibilities and conditions of each person.

6. Dear brothers and sisters, Lent invites us to "train ourselves" spiritually, also through the practice of almsgiving, in order to grow in charity and recognize in the poor Christ Himself. In the Acts of the Apostles, we read that the Apostle Peter said to the cripple who was begging alms at the Temple gate: "I have no silver or gold, but what I have I give you; in the name of Jesus Christ the Nazarene, walk" (Acts 3,6). In giving alms, we offer something material, a sign of the greater gift that we can impart to others through the announcement and witness of Christ, in whose name is found true life. Let this time, then, be marked by a personal and community effort of attachment to Christ in order that we may be witnesses of His love. May Mary, Mother and faithful Servant of the Lord, help believers to enter the "spiritual battle" of Lent, armed with prayer, fasting and the practice of almsgiving, so as to arrive at the celebration of the Easter Feasts, renewed in spirit. With these wishes, I willingly impart to all my Apostolic Blessing.

From the Vatican, 30 October 2007

BENEDICTUS PP. XVI