Message de Noël 2007
Cardinal Gabriel Zubeir Wako, Archevêque de Khartoum

" Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur " (Lc 2,11)

Le Verbe, le Fils de Dieu s'est fait chair et est né de la Vierge Marie. Il a habité parmi nous. C'est ainsi que Dieu dans son amour infini et fidèle a réalisé les plans et les promesses qu'il avait faits dès le commencement pour le salut de la race humaine.
" Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle " (Jn 3,16 ). Dieu couvre toute notre histoire. Depuis le commencement il nous a promis le salut. Dans son amour infini il a réalisé ses promesses par son Fils unique devenu homme et né de la Vierge Marie, pour habiter parmi nous, en témoin fidèle de cet amour ; il mènera toutes choses à leur plénitude avec notre participation " afin que tout homme qui croit en lui…ait la vie éternelle " (cf Jn 3,16). Nous devons remercier Dieu pour son plan d'amour, nous réjouir aujourd'hui de sa réalisation, attendre dans l'espérance son parfait accomplissement.

Noël n'est pas une simple commémoraison. C'est un événement d'aujourd'hui, comme la bonne nouvelle qui est pour tout le peuple. Et cela continuera d'être " aujourd'hui " pour toutes les générations jusqu'à la fin des temps et spécialement pour ceux qui veulent bien écouter. L'Enfant naît aujourd'hui pour ouvrir une porte vers l'avenir,- un avenir où il est le Sauveur pour toujours. Cet " aujourd'hui " tient en lui notre plus grand espoir, aspiration et désir : la vie éternelle. Entre aujourd'hui et l'éternel demain la naissance du Christ nous laisse un mot qui attire tous les hommes à lui : le salut en lui. Ce n'est donc pas un salut anonyme, mais le salut dans un nom et un visage, une personne. C'est Jésus Christ et Il veut que ce salut continue dans l'avenir, dans l'éternité, avec un nom et un visage, nos noms et nos visages. En réalité le Verbe de Dieu en devenant homme s'est uni à toutes et à chacune de nos personnes. Jésus Christ se multiplie lui-même en nous et à travers nous, si nous acceptons de coopérer avec lui. Notre foi en lui attire sa puissance en nous, la puissance qui nous fait enfants de Dieu " nés non pas d'un vouloir d'homme…mais de Dieu " (cf Jn 1,11).

Pendant tout l'Avent nous avons prié : " Seigneur, viens nous sauver ". A Noël nous espérons la réponse aimante de notre Dieu à cette prière. Certes nous sommes conscients de nos péchés et de notre mal et Dieu connaît tout cela. C'est pourquoi il nous a envoyé une Personne, son propre fils en chair et en os, pour expérimenter avec nous ces maux, hormis le péché, pour nous sauver de l'intérieur, grâce à son amour, sa miséricorde, sa compassion et sa solidarité qu'il nous communique.

Noël est un " nouveau " commencement pour nous. Le Seigneur donne à chacun de nous un nouveau nom et une nouvelle identité, celle d'enfants de Dieu dans le Christ. Notre société et notre monde sont maintenant une famille : la famille de Dieu où tous sont enfants de Dieu et, en conséquence, frères et sœurs les uns des autres. Notre espérance de salut se réalise en acceptant honnêtement de vivre en frères et sœurs. Les gens qui disent " Notre Père… " déclarent ainsi qu'ils sont frères et sœurs - et doivent vivre selon ce qu'ils disent.

Frères et sœurs, voyez vous combien nous sommes tentés d'ignorer cette vérité fondamentale, à savoir que nous sommes frères et sœurs les uns des autres ? L'argent, les richesses, le pouvoir et l'orgueil…nous amènent à ignorer les autres et parfois à les traiter en ennemis, à les éliminer, à nous adonner à de violentes confrontations. Le frère tue son frère, vole son frère, hait son frère. La sécurité des membres de la famille de Dieu est menacée. Tout le monde vit dans la peur. Nos leaders politiques, nos outils de communication sociale, nos forces militaires et de sécurité, qui devraient créer une atmosphère de confiance, d'unité et de dialogue entre les personnes, deviennent souvent des forces de division, de haine, de soupçon, de méfiance et de violence. Et combien de discours et de déclarations fracassantes ne servent qu'à justifier l'oppression des pauvres, la marginalisation de certains groupes ethniques, la violence et la cruauté des forts, la souffrance de plus en plus lourde des victimes.

Nous devons aussi être attentifs à l'idée de développement qui se répand dans notre pays. Beaucoup d'efforts sont consacrés à divers types de constructions et à des projets ostentatoires. On fait beaucoup moins attention, et dans certains endroits, pas du tout, à la promotion du bien-être et du développement des personnes en tant que communautés et individus. La réponse effective aux besoins humains fondamentaux des gens ordinaires est bien faible, que ce soit pour la nourriture, l'habillement, la santé, le travail, l'éducation, la culture, l'information adéquate, le droit et la possibilité de fonder et d'élever une famille, et, aujourd'hui plus que jamais et pour beaucoup de gens, la sécurité physique. Les conséquences prévisibles en sont la division, la marginalisation de large secteurs de notre société, et une menace grandissante de confrontation violente entre les couches sociales que nous sommes en train de créer, peut-être inconsciemment. Nous sommes un pays qui a encore beaucoup à faire pour restaurer et vivre une paix durable sur l'ensemble du territoire. Il n'y a pas d'espoir de paix sans une réelle fraternité qui transcende les frontières des tribus, langues, religions, ethnies et statuts sociaux. Il ne peut pas y avoir de paix sans de grands efforts pour la promotion du bien commun de tous. Pourquoi ne sommes nous pas capables de mettre davantage nos efforts à créer un esprit de famille de fraternité, plutôt que de préparer et d'entraîner pour la guerre, de justifier des façons de parler et d'agir injustes et discriminatoires, et de chercher les querelles ?

Le principe et la pratique d'une réelle fraternité entre les personnes, voilà ce que Noël exige de nous et nous offre comme " une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple "(Lc 2,10) Pouvons nous vivre cette vraie fraternité ? Noël nous dit que oui, parce que " l'Emmanuel ", Dieu, est avec nous. Il continue de nous remplir de son amour et c'est dans et par la force de cet amour que nous pouvons et devons nous aimer les uns les autres comme des frères et des sœurs.

Que les souhaits et les vœux que nous échangeons à Noël nous aident à nous considérer les uns les autres comme des personnes qui méritent le bonheur, la reconnaissance, le respect, la paix et l'amour parce que nous sommes tous les enfants du :même Père. C'est là le véritable esprit de Noël. Dans cet esprit, et pour renforcer cet esprit, il nous faut rendre nos souhaits de Noël plus personnels. Un simple " Joyeux Noël " ne suffit pas. Soyons plus vrais et personnels, disons " FRERE,(ou SŒUR), joyeux Noël ! avec l'accent mis sur " Frère " ou " Sœur "

Que la lumière et la grâce de l'Enfant nouveau-né brillent sur nos visages tandis que nous échangeons ces souhaits. Que Dieu notre Père qui a ouvert pour nous la porte de sa propre famille nous rassemble en une famille aimante. Que Marie Mère de Jésus et notre Mère intercède pour nous afin que la bénédiction du Sauveur qu'elle a porté change nos cœurs et nous inspire de vivre en union les uns avec les autres comme Lui même s'est uni à chacun de nous.

Joyeux Noël à tous.

Cardinal Gabriel Zubeir Wako, archevêque de Khartoum
Noël 2007

 


Le Cardinal avec le Pape Jean Paul II lors de sa visite pastorale à Khartoum le 10 février 1993



 

In English

CHRISTMAS MESSAGE - 2007
Gabriel Cardinal Zubeir Wako, Archbishop of Khartoum

"Today in the town of David, a Savior has been born to you; he is Christ the Lord." (Lk. 2:11)

The Word, the Son of God, became flesh and was born of the Virgin Mary. He lived among us. - That is how God in his infinite, faithful and great love fulfilled the plans and promises he made since the beginning for the salvation of the human race. "For this is how God loved the world: he gave his only Son, so that everyone who believes in him may not perish but may have eternal life." (Jn. 3:16) God has covered the whole of our history. From the beginning he promised us salvation. In his faithful love he brought his promises to fulfillment through his only Son made man and born of the Virgin Mary, to dwell among us, as the faithful witness to that love, and who will bring everything to completion through our involvement "so that everyone who believes in him . . . may have eternal life". (cf. Jn: 3:16). We ought to thank God for his loving plan, to rejoice now in its realization, to look forward in hope for its definitive fulfillment in eternal life.

Christmas is not a mere commemoration. It is the event of today as the good news that shall be for the whole people. It will continue to be "today" for all generations until the end of time and particularly for all who care to listen,. The Child is born today to open a door into the future, - a future in which he remains the Savior forever. This "today" holds our greatest hope, longing and desire: eternal life. From today into the eternal tomorrow the birth of Christ has left one word that draws all people to him: salvation in him. Hence it is not a unanimous salvation, but Salvation with a name and face, a Person. It is Jesus Christ. Who wills that his salvation should continue into the future, into eternity, with a name and a face, our names and faces. Indeed the Word of God by his becoming man, has united himself to each and every person. Jesus Christ has multiplied himself through and in us, if we are willing to cooperate with him. Our faith in him draws his power into us, the power that makes us children of God, "born not from human stock . . . but from God himself." (cf. Jn. 1:3).

Throughout Advent we prayed: "Come, Lord, to save us." At Christmas we hope in the loving response of our God to that prayer. Indeed we are aware of our sinfulness and many other God knows all this. That is why he sent us a Person, His only Son in our flesh and bones, to experience with us those very evils, except sin, in order to save us from within through his love, mercy, compassion and solidarity, which he communicates to us.

Christmas is a "new" beginning for us. God gives each of us a new name and identity: Children of God in Christ. Our society and world is now one family: the family of God in which all are children of God and as a consequence, brothers and sisters to one another. Our hope of salvation will be realized in our honest accepting and living as brothers and sisters. People who pray "Our Father . . ." declare that they are brothers and sisters - and ought to treat one another accordingly.

Brothers and Sisters, do you realize how much we are tempted to ignore this basic truth - the truth that we are brothers and sisters to one another? - Money and riches, power and pride . . . lead us to ignore the others and at times to treat them as enemies, to eliminate them, and to resort to violent confrontations. Brother kills brother. Brother robs brother. Brother hates brother. The security of membership in the family of God is endangered. Everyone lives in fear. Our Political Leaders, our organs of Social Communications, our organized and security forces, which should create an atmosphere of trust, unity and dialogue among the people, often become sources of division, hatred, suspicion, mistrust and violence. And how many high sounding speeches and declarations do nothing but justify the oppression of the poor, the marginalization of certain ethnic groups, the violence and cruelty of the strong, the further victimization of the victimized. -

We need also to be alert to the notion of development that is spreading in our country. Much effort has gone into various types of construction and other pompous projects. Relatively less importance, and in some areas, practically none, is given to the promotion of the well-being and development of the people as communities and individuals. There is weak effective response to the basic human needs of the "common" people, such as: food, clothing, health, work, education and culture, suitable information, the right and the capacity to establish and raise a family, and today, more than ever and for many people, physical security for life. - The foreseeable consequence is division, marginalization of large sectors of our society, and increasing threat of violent confrontation between the social strata we have we are, perhaps unconsciously, building.- We are a country that still has much to do to restore and live real and lasting peace on its entire territory. - There is no hope of peace without real brotherhood that transcends the boundaries of tribe, language, religion, region, ethnicity and social status. There can be no peace unless great effort is put into the promotion of the common good of all. Why can't we put more effort into creating the family spirit of brotherhood than into preparing and training for war, and justifying unjust and discriminating ways of talking and acting, and picking up quarrels?

The principle and practice of real brotherhood among all peoples is what Christmas demands of us and offers us as the "news of great joy, a joy to be shared by the whole people" (Lk. 2:10)
Can we live true brotherhood? Christmas says: "Yes". Because "Emmanuel" - God is with us. He continues to fill us with his love and it is through and in the power of that love that we can and must love one another as brothers and sisters.

May the greetings and wishes we exchange at Christmas help us to acknowledge one another as persons that deserve happiness, recognition, respect, peace and love: because we are all Children of one Father, and so, brothers and sisters to one another. That is the true spirit of Christmas. In that spirit and in order to consolidate it we need to make our Christmas wishes more personal. A mere "Happy Christmas" will not do. Make it real and personal. Say: "BROTHER, (or, SISTER,), Happy Christmas!" with emphasis on "Brother, or "Sister".

May the light and grace of the new born Child shine on our faces as we make these wishes. May God our Father who has opened us the door into His own family, gather us together into one loving family.
May Mary the mother of Jesus and our mother intercede for us that the blessing of the Saviour she bore for us may change our hearts and inspire us to live in union with one another as He united himself with each one of us.

Happy Christmas to you all.

Gabriel Cardinal Zubeir Wako
Archbishop of Khartoum
Christmas, 2007.




Cardinal Zubeir Wako with John-Paul II in Khartoum 10 February 1993